Indra, nouveau coordinateur de l'industrie espagnole... Airbus ne décolère pas contre le gouvernement

BRAS DE FER Airbus Espagne a-t-il été lésé ?

20 Minutes avec AFP

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Guillaume Faury, le nouveau grand patron du groupe Airbus.
Guillaume Faury, le nouveau grand patron du groupe Airbus. — F. Scheiber - Sipa

Pas content ! Le groupe aéronautique Airbus a durement critiqué ce samedi la décision du gouvernement espagnol de lui avoir préféré l’électronicien de défense Indra comme coordinateur de l’industrie espagnole au sein du programme du futur avion de combat européen.

« On ne demande pas à un fabricant de roues ou d’ordinateurs de concevoir une voiture. Ce qu’il faut c’est un constructeur automobile », dit-il. Dans une interview au journal économique en ligne El Confidencial, Guillaume Faury, nouveau directeur exécutif du groupe européen, rappelle qu’Airbus, qui assemble en Espagne la plupart de ses avions militaires, travaille sur le projet SCAF depuis ses débuts.

Bras de fer engagé

Il trouve « difficile d’imaginer » qu’on introduise dans la phase de conception du SCAF un industriel comme Indra, qui contrairement à Airbus « n’a pas de compétences en avions, en drones, en satellites mais en équipements et en senseurs ».

L’Espagne a rejoint en juin dernier le programme franco-allemand de Système de Combat Aérien Futur (SCAF) qui doit intégrer à l’horizon 2040 un nouvel avion de combat, des satellites, des drones et d’autres appareils militaires. A la fin août, il a confié la coordination des industriels espagnols au sein du SCAF au groupe d’électronique de défense Indra aux dépens d’Airbus Espagne.

Pas de changement envisageable à court terme

Guillaume Faury a entrepris cette semaine une tournée en Espagne pour tenter de faire revenir le gouvernement sur sa décision. Mais dans une interview croisée au Confidencial, réalisée mercredi au début de cette tournée, le secrétaire d’Etat espagnol à la Défense, Angel Olivares, laisse peu d’espoir d’un revirement, au moins à court terme. « Ce n’est pas une décision conjoncturelle, qui puisse être changée du jour au lendemain, dit-il. Nous avons décidé que ce serait Indra, et nous continuons à insister pour qu’il travaille main dans la main avec Airbus et les autres industriels ».

Angel Olivares expose d’ailleurs les griefs de l’Etat espagnol envers le groupe européen, dont il détient 4 % du capital, contre 12 % chacun pour la France et l’Allemagne. « Le poids relatif de l’Espagne au sein du groupe est en diminution », tant au conseil d’administration qu’au comité exécutif, estime-t-il. Au conseil d’administration, l’Espagne a depuis 2015 une représentante choisie par la direction d’Airbus contre l’avis du gouvernement espagnol, Amparo Moraleda, venue d’IBM. Et « depuis la dernière restructuration, Airbus Espagne n’est plus membre du comité exécutif, pour la première fois », souligne le secrétaire d’Etat.

Le groupe Airbus a réalisé en 2018 63,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, Indra systems 3 milliards d’euros.