Cour pénale internationale : La procureure fait appel de l’acquittement de Gbagbo

JUSTICE Des partisans de l'ancien président ont dénoncé un «acharnement politique»

Philippe Berry

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Laurent Gbagbo, acquitté par la Cour pénale internationale de crimes contre l'humanité, a été libéré le 1er février 2019 sous conditions.
Laurent Gbagbo, acquitté par la Cour pénale internationale de crimes contre l'humanité, a été libéré le 1er février 2019 sous conditions. — AFP

Laurent Gbagbo n’est pas tiré d’affaires. La procureure de la Cour pénale internationale (CPI) a fait appel lundi contre l’acquittement de crimes contre l’humanité prononcé en janvier à l’encontre de l’ancien président ivoirien et de l’un de ses proches, Charles Blé Goudé. Cette décision a provoqué à Abidjan les protestations de proches des deux hommes qui dénoncent un « acharnement politique » pour les maintenir loin de la Côte d’Ivoire où l’élection présidentielle doit avoir lieu l’an prochain.

« L’appel démontrera que la chambre de première instance a commis des erreurs de droit et de procédure qui ont abouti à l’acquittement de M. Gbagbo et de M. Blé Goudé pour tous les chefs d’accusation », a écrit dans un communiqué le bureau de la procureure, Fatou Bensouda.

En liberté conditionnelle à Bruxelles

Laurent Gbagbo avait été reconnu non coupable de crimes contre l’humanité commis en 2010 et 2011 au cours des violences post-électorales en Côte d’Ivoire, et libéré en février sous conditions.

Les juges ont acquitté les deux hommes « sans formuler correctement et sans appliquer de manière cohérente une norme de preuve clairement définie », a ajouté la procureure de la CPI.

La Belgique avait accepté d’accueillir Laurent Gbagbo, 73 ans, libéré en février. Il est actuellement en liberté conditionnelle à Bruxelles en attendant un éventuel procès en appel. M. Blé Goudé, 47 ans, vit aux Pays-Bas dans des conditions similaires. Maintenu en détention pendant plus de sept ans, Laurent Gbagbo était jugé pour des crimes commis pendant la crise de 2010-2011, née de son refus de céder le pouvoir à son rival, l’actuel président ivoirien Alassane Ouattara. Les violences avaient fait plus de 3.000 morts en cinq mois. Il avait été arrêté en avril 2011 par les forces du président Ouattara, soutenues par l’ONU et la France. Il est le premier ancien chef d’Etat à avoir été remis directement à la CPI. Les deux hommes avaient été accusés de quatre chefs de crimes contre l’humanité : meurtres, viols, persécutions et autres actes inhumains, pour lesquels ils ont toujours plaidé non coupable.

« Acharnement »

A Abidjan, Pascal Affi N’Guessan, président d’une tendance du Front populaire ivoirien (FPI), le parti de M. Gbagbo, a attaqué la décision : « C’est du dilatoire juridique et de l’acharnement politique pour maintenir le plus longtemps possible loin de leur pays Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, et les empêcher de prendre part à la vie politique de la Côte d’Ivoire. »

Georges Armand Ouegnin, président d’Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS), coalition pro-Gbgabo qui regroupe des partis politiques d’opposition et des associations de la société civile, a lui aussi fait part de sa « déception » et dénoncé un « acharnement ». « Je suis profondément déçu, mais je garde espoir ».