Andorre: Emmanuel Macron en visite princière

VOYAGE OFFICIEL Le chef de l’Etat a principalement abordé les questions portant sur les retraites, la fiscalité et l’avortement

20 Minutes avec AFP

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Les coprinces d'Andorre Emmanuel Macron et Joan-Enric Gives y Sicilia, en Andorre le 13 septembre 2019.
Les coprinces d'Andorre Emmanuel Macron et Joan-Enric Gives y Sicilia, en Andorre le 13 septembre 2019. — J.M. HAEDRICH/SIPA

« Vive le prince ! » : accueilli par une foule d’enfants agitant des drapeaux andorrans, Emmanuel Macron a fait vendredi la tournée des sept paroisses (communes) d’Andorre, minuscule Etat entre la France et l’Espagne qui allie avantages fiscaux, interdiction de l’avortement et retraite à 65 ans. Coprince d’Andorre au nom d’une tradition qui remonte à Charlemagne, le chef de l’Etat a fait référence à l’autre Coprince, l’archevêque d’Urgell (Catalogne), en lançant : « il y aura pendant longtemps deux visages bienveillants qui vous regardent », en référence aux portraits qui ornent les mairies.

Macron critique sur la fiscalité allégée de la principauté

Mais très vite, l’actualité française l’a rattrapé lorsqu’un couple de retraités l’a interpellé pour lui vanter le régime de retraites d’Andorre, un système à points avec un âge de départ à 65 ans. « Le système a été créé en 1968, avec l’aide d’experts français qui sont venus en Andorre et ont dit qu’il ne fallait pas répéter les erreurs du système français. Et qu’il était préférable d’avoir un âge de départ à 65 ans et un système à points », ont-ils expliqué. « Et vous vous en portez bien ? Et c’est lisible pour les gens ? », leur a demandé avec intérêt le Président. « Oui oui », lui a assuré le mari, « et c’est très équitable ».

Tout en couvrant ses hôtes de louanges sur la beauté de leur territoire, le chef de l’Etat, qui se définit comme « un enfant des Pyrénées », s’est permis une critique voilée de la fiscalité très allégée que continue à appliquer Andorre, même si l’OCDE l’a rayée de sa « liste grise » des paradis fiscaux depuis 2010. Il les a aussi encouragés à « choisir l’Europe » en menant à terme les difficiles négociations engagées depuis 2015 sur un accord d’association avec l’UE, la voie vers « un nouveau modèle, qui ne repose pas sur des exemptions et des facilités mais sur la beauté des paysages, la force du tissu économique ». Avant lui, Nicolas Sarkozy en 2009 avait mis la pression pour que la principauté cesse son dumping fiscal, menaçant même de démissionner de sa charge de coprince. Andorre a depuis introduit des taxes modestes sur les sociétés et les revenus et signé une convention fiscale avec l’OCDE. L’Etat a également levé le secret bancaire pour les ressortissants européens.

La France n’interviendra pas dans le débat sur l’avortement

Quant à l’interdiction de l’avortement, qui oblige les Andorranes à se rendre en Espagne ou en France pour interrompre une grossesse, ce n’est pas au coprince de décider, a plaidé Emmanuel Macron sous les applaudissements de la population. La députée du Val-de-Marne Albane Gaillot, qui vient de se mettre en retrait de LREM, l’avait pourtant interpellé jeudi pour lui demander d’intervenir sur ce sujet. « J’ai toujours défendu le droit des femmes à disposer de leur corps et en tant que président français j’ai fait de l’égalité hommes-femmes une priorité », mais « en tant que coprince, qui serais-je pour dire à votre peuple ce qu’il convient de faire, vous qui démocratiquement choisissez vos lois ? ». « Nous continuerons dans les hôpitaux en France à accueillir les situations qui nécessitent cet engagement », a-t-il toutefois précisé.

Enfin, avant de rentrer en France, le chef de l’Etat souhaité soutenir la langue française en Andorre. Il a également promis de rétablir des services consulaires pour les résidents français.