Brexit : Boris Johnson prudent mais « optimiste » avant de rencontre Juncker

NEGOCIATIONS Le Premier ministre britannique va tenter de négocier un nouvel accord à partir de lundi

20 Minutes avec AFP

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Boris Johnson lors d'un déplacement à Doncaster le 13 septembre 2019.
Boris Johnson lors d'un déplacement à Doncaster le 13 septembre 2019. — Jon Super/AP/SIPA

Boris Johnson se veut « prudemment optimiste » de parvenir à un accord sur le Brexit avec Bruxelles, avant de rencontrer pour la première fois lundi le président de la Commission Jean-Claude Juncker, à l’approche d’échéances cruciales. « Il y a les contours d’un accord qui reste à faire. Je suis prudemment optimiste », a assuré le Premier ministre conservateur, en évoquant « beaucoup de progrès », lors d’un discours vendredi à Rotherham (nord de l’Angleterre).

Johnson et Juncker se retrouveront pour un « déjeuner de travail » lundi au Grand-Duché du Luxembourg. Une rencontre décidée d’un « commun accord », selon une porte-parole de la Commission européenne, qui sera la première entre les deux dirigeants depuis l’arrivée de Boris Johnson à Downing Street fin juillet. Un entretien entre le Britannique et son homologue luxembourgeois Xavier Bettel est également programmé, suivi d’une conférence de presse. Le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, assistera lui au déjeuner de travail.

« La porte du président Juncker, et la nôtre, ont toujours été ouvertes à M. Johnson. Pas de problème », a commenté Barnier. La rencontre signifie-t-elle qu’il y a un déblocage ? « Nous sommes encore en train de travailler », a répondu le négociateur européen.

« Un très grand fossé »

La rencontre de Luxembourg survient alors que Boris Johnson dit vouloir conclure un accord avec Bruxelles avant la date fatidique du Brexit le 31 octobre. Des discussions ont eu lieu cette semaine dans la capitale européenne. Jeudi, Michel Barnier avait déclaré n’avoir « pas de raisons d’être optimiste » sur les chances d’aboutir à une solution avant le Conseil européen des 17 et 18 octobre à Bruxelles, considéré par beaucoup comme le sommet de la dernière chance.

Quoi qu’il arrive, le Premier ministre britannique est déterminé à ce que le Royaume-Uni quitte l’Union le 31 octobre – avec ou sans accord. Et il a exclu de réclamer à Bruxelles un report de trois mois du Brexit -- « plutôt être mort au fond d’un fossé » ! – comme l’y oblige une loi votée la semaine dernière par le Parlement britannique pour empêcher un départ de l’UE sans accord. A Dublin, le Premier ministre Leo Varadkar, qui a rencontré son homologue britannique en début de semaine, a averti vendredi que « le fossé reste très grand » entre Bruxelles et Londres.

L’Irlande est le pays de l’UE qui a le plus à perdre du Brexit en raison de ses liens économiques et commerciaux étroits avec le Royaume-Uni. Son ministre des Finances Paschal Donohoe prépare d’ailleurs un budget 2020 fondé sur l’hypothèse d’un « no deal ». « Nous explorons ce qui est possible », a assuré Varadkar, jurant de « lutter et travailler pour un accord jusqu’au dernier moment ». « Mais pas à n’importe quel prix ».

Ça coince sur l’Irlande du Nord

Londres et Bruxelles ne parviennent toujours pas à s’entendre sur la manière d’éviter le rétablissement d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord, province britannique et la République d’Irlande, Etat membre de l’UE, après le Brexit. La frontière a été abolie par l’accord de paix du Vendredi saint (1998) qui a mis fin à trois décennies de guerre civile en Irlande du Nord.

Boris Johnson rejette l’option dite du « backstop » («filet de sécurité »), négociée par sa prédécesseure Theresa May, qui prévoit que l’ensemble du Royaume-Uni reste dans un « territoire douanier unique » avec l’UE si une meilleure solution n’est pas trouvée à l’issue d’une période transitoire.

A ses yeux, et à ceux des unionistes pro-Brexit à Belfast, cette disposition empêcherait le Royaume-Uni de conduire une politique commerciale indépendante une fois sorti de l’Union. Mais pour l’UE, faute de solution alternative crédible, pas question de revenir sur cette clause de sauvegarde.

Selon le quotidien The Times, le parti unioniste nord-irlandais DUP, allié de Boris Johnson, aurait mis de l’eau dans son vin et serait prêt à assouplir sa position sur la question du « backstop » – ce qu’a catégoriquement démenti sa dirigeante Arlene Foster.