Nissan : Qui est Hiroto Saikawa, le patron sur le point de démissionner ?

JAPON L'ancien dauphin de Carlos Ghosn, dont une partie des actionnaires souhaitait le départ, a été rattrapé par un scandale de prime

M.C.

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Hiroto Saikawa et Carlos Ghosn à Yokohama, le 26 juin 2018.
Hiroto Saikawa et Carlos Ghosn à Yokohama, le 26 juin 2018. — JIJI PRESS / AFP

Début 2017, Carlos Ghosn s’apprête à transmettre les rênes de Nissan à son dauphin Hiroto Saikawa. Le patron français, à la tête de l’entreprise nipponne depuis 1999, loue « la compétence et l’expérience » du manager de Nissan, qu’il a « formé pendant dix-huit ans » et qui sera à même de conduire les affaires et réaliser les stratégies de l’entreprise. Hiroto Saikawa remercie son mentor et cadet de quatre mois, et s’engage à œuvrer au développement et au « maintien des bons résultats » du constructeur automobile.

Deux ans et demi plus tard, Hiroto Saikawa, rattrapé par une affaire de prime indûment perçue, s’apprête à quitter ses fonctions à la tête de l’entreprise où il a fait toute sa carrière, après être sorti en 1977 diplômé d’économie de la prestigieuse Université de Tokyo. Un départ précipité qui sera effectif dès lundi prochain.

Entre temps, l’affaire Carlos Ghosn est passée par là. Peu après ses débuts à la direction exécutive du groupe, le poulain du « redresseur de Nissan » prend peu à peu ses distances avec le patron français, dont il n’a notamment pas apprécié qu’il n'assume pas le scandale de contrôles illicites de véhicules au Japon. Puis, après l’arrestation de Carlos Ghosn en novembre dernier, Hiroto Saikawa n’a pas de mots assez durs pour dénoncer le « côté obscur » de son ex-mentor, disant ressentir « une profonde déception, de la frustration, du désespoir, de l'indignation et du ressentiment ».

Ombre de Carlos Ghosn et mauvais résultats

Hiroto Saikawa ne parvient cependant pas à se détacher de l’ombre de celui que les médias japonais appellent alors « le suspect Ghosn ». Une partie des actionnaires de Nissan réclame son départ, et en juin dernier, deux influentes sociétés les appellent à voter contre son maintien en fonction, regrettant des manquements à son rôle de supervision à l’époque des malversations reprochées à Carlos Ghosn.

Les résultats en berne de Nissan jouent aussi contre Saikawa : entre avril et juin derniers, le bénéfice net de l’entreprise a dégringolé de près de 95% et son chiffre d'affaires reculé de 12,7%, poussant le constructeur a annoncer la suppression de 12.500 postes d’ici à 2023. Accusé par Greg Kelly, l’ancien bras de Carlos Ghosn, d’avoir contresigné la minoration de revenus de celui-ci, mais aussi d’avoir enfreint les règles de la compagnie pour s'offrir une propriété à Tokyo, Hiroto Saikawa a dû s’expliquer en juin devant le conseil d’administration.

C’est dans ce contexte qu’un audit interne à Nissan a révélé qu’en 2013, le patron japonais de 65 ans s’était arrangé pour que ses « share appreciation rights », une prime correspondant à une plus-value liée à la hausse de l'action Nissan sur une période définie, soient gonflées de 47 millions de yens (400.000 euros au cours actuel). L’affaire de trop pour celui qui avait déjà évoqué son possible départ, mais affirmait vouloir « redresser Nissan » auparavant. Cruel signe de soulagement des marchés après l’annonce de l'éviction de l’ancien dauphin de Carlos Ghosn, l'action de Nissan a bondi de 4% mardi matin.