Françoise Barré-Sinoussi: «Cette récompense, c'est tous les chercheurs qui la méritent»

RECOMPENSE Le prix Nobel de médecine s'est exprimée à Phnom Penh au Cambodge...

A Phnom Penh, Corinne Callebaut

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Le prix Nobel de médecine a récompensé lundi les travaux de chercheurs sur deux grandes maladies des temps modernes: le sida avec les Français Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, et le cancer avec l'Allemand Harald zur Hausen.
Le prix Nobel de médecine a récompensé lundi les travaux de chercheurs sur deux grandes maladies des temps modernes: le sida avec les Français Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, et le cancer avec l'Allemand Harald zur Hausen. — Stéphane de Sakutin AFP/Archives

On pouvait entendre des trémolos dans sa voix… Françoise Barré-Sinoussi n’avait pas prévu de prendre la parole ce lundi soir à l’ambassade de France de Phnom Penh, au Cambodge. Elle était juste présente pour assister à une soirée donnée dans le cadre du cinquième congrès de la santé qui se tient actuellement dans la capitale. Mais le sort en a décidé autrement et de «simple» chercheuse émérite le matin, elle était devenue Prix Nobel de médecine le soir.

«Je l’ai appris ce matin quand Daniel Messager, de France Inter, m’a appelée pour me demander ce que cela me faisait d’avoir remporté ce prix. Le hasard a voulu que je sois à ce moment-là à l’institut Pasteur, où nous faisions un bilan de différents programmes d’envergure sur le sida au Cambodge, a declaré Françoise Barré-Sinoussi. C’est d’ailleurs incroyable que cette nouvelle me soit parvenue alors que je me trouve au Cambodge.»

Elle est toujours restée dans l'ombre du professeur Montagnier

En effet, recompensée, avec le professeur Luc Montagnier, pour la découverte du virus du sida le 20 janvier 1983, cette chercheuse participe depuis 1995 à des programmes de recherches et de prévention contre le sida au Cambodge dans le cadre de l’ANRS, l’Agence nationale de recherche sur le sida, dont elle dirige le site d’Asie du Sud-Est.

Specialisée dans les médicaments anti-retroviraux, cette sexagénaire, Chevalier de l’ordre du mérite et de la légion d’honneur, est toujours restée dans l’ombre du professeur Montagnier, son nom ayant rarement été cité lors quand le VIH a été découvert.

«Vous savez, c’est d’abord le travail d’une équipe, cette récompense, c’est tous les chercheurs qui la méritent, considère-t-elle. J’espère en tout cas que ce prix encouragera les jeunes chercheurs à rester en France. Ils partent tellement ils sont mal payés!»

«La polémique autour de la paternité du virus du sida est terminée depuis longtemps»

Pourtant, loin d’elle l’idée de fustiger le gouvernement français: «Avec les Etats-Unis, nous sommes en tête des pays dans la recherche contre le sida. Depuis 1988, notre gouvernement finance un pôle de recherches contre le VIH et l’ANRS est devenu un modèle dans le monde entier», souligne-t-elle.

Si la scientifique chante les louanges de la France, elle est loin de fustiger les Etats-Unis et estime que «la polémique autour de la paternité du virus du sida est terminée depuis longtemps». Et si tel n’était pas le cas, gageons que ce Prix Nobel saura faire taire les dernières mauvaises langues.