Brexit : La classe politique britannique fait-elle blocage à la sortie de l'UE ?

ROYAUME UNI Le Premier ministre britannique Boris Johnson reste sur ses positions en matière de Brexit, mais se heurte à l’opposition des parlementaires britanniques

T.L.G.

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Boris Johnson, le 28 août 2018 à Biarritz.
Boris Johnson, le 28 août 2018 à Biarritz. — LUDOVIC MARIN / AFP
  • Boris Johnson, qui n’a plus de majorité au Parlement, a vu sa ministre du Travail et des Retraites annoncer sa démission.
  • Alors qu’un nouveau vote en faveur d’élections anticipées est prévu lundi, le pays s’englue un peu plus dans la crise politique.
  • Le Premier ministre britannique accuse une partie de la classe politique britannique de faire blocage au Brexit.

La situation reste toujours aussi tendue au Royaume-Uni. Boris Johnson, qui n’a plus de majorité au Parlement, a connu un nouveau coup dur samedi. Le chef du gouvernement britannique a vu sa ministre du Travail et des Retraites annoncer sa démission. Amber Rudd a justifié son départ par le désaccord avec la stratégie de Brexit du Premier ministre.

Alors qu’un nouveau vote en faveur d’élections anticipées est prévu lundi, le pays s’englue un peu plus dans la crise politique, sans savoir comment il mettra en œuvre la sortie de l’Union européenne, votée par 51.9 % des Britanniques en juin 2016. « Sur le fond, il y a une espèce de conflit de légitimité entre le peuple qui, par la voie du référendum, a dit ‘je veux sortir’[…] et le Parlement, expression du peuple aussi, qui ne sait pas comment sortir », a résumé le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian ce dimanche sur Europe 1.

Boris Johnson contre le Parlement britannique

Depuis plusieurs jours, la stratégie du Premier ministre a été court-circuitée par le Parlement. Les députés puis les Lords ont adopté cette semaine une proposition de loi qui contraint Boris Johnson à repousser de trois mois la date du Brexit, prévu le 31 octobre, s’il ne trouve pas un accord de divorce avec l’Union européenne d’ici le 19 octobre. Le chef du parti conservateur, qui a décidé de suspendre le Parlement pendant plusieurs semaines, souhaite donner une « dernière chance » lundi à l’opposition de voter en faveur d’élections anticipées.

« Chaque camp essaye de trouver des astuces, des outils institutionnels pour atteindre leurs objectifs sur le Brexit », assure Olivier de France, responsable du programme Europe à l’Iris. « Boris Johnson se dit qu’un retour aux urnes pour obtenir une nouvelle majorité est la seule manière de sortir du blocage institutionnel ». Le leader britannique reste sur la même ligne : il dit préférer « mourir au fond d’un fossé » plutôt que de repousser une fois encore la sortie du pays. Et accuse ses adversaires, notamment Jeremy Corbyn, le chef du Labour, principal parti d’opposition, de vouloir « bloquer le Brexit ».

Référendum sur le Brexit, « le piège de Tocqueville »

Votée il y a plus de trois ans, la sortie du Royaume-Uni de l’UE reste toujours aussi floue et incertaine. Le Premier ministre britannique accuse, en creux, une partie de la classe politique britannique, jouant la souveraineté populaire contre les institutions.

« C’est un débat infini et inextricable. Le peuple a parlé via le référendum, un outil peu classique au Royaume-Uni même s’il s’est multiplié ces dernières années, mais le Parlement reste souverain, et c’est par lui, que la voix populaire se fait classiquement entendre », assure Emmanuelle Saulnier-Cassia, professeure de droit public et spécialiste du Brexit. « Les parlementaires étaient certes en majorité pour le remain [maintien dans l’UE], mais même ceux favorables au Brexit n’étaient pas favorables à une sortie abrupte. Le problème est que la question de la sortie, avec accord ou non, ne faisait même pas partie des débats en 2016 ».

« En décidant de soumettre le Brexit par référendum, David Cameron a mis le doigt dans l’engrenage : Il a alors opposé la légitimité populaire et la légitimité parlementaire. Depuis, le piège de Tocqueville -qui avait analysé ces tensions entre démocratie directe et représentative- s’est refermé sur la plus vieille démocratie parlementaire, qui ne se fait plus confiance », poursuit Olivier de France. « Cette opposition des légitimités a polarisé encore plus le pays. Chaque camp se pose maintenant comme plus démocrate que l’autre. Boris Johnson veut faire respecter la volonté du peuple, alors que paradoxalement, il n’est pas élu, et le Parlement élu dit que les Britanniques n’ont pas voté pour une sortie sans accord ».