Brexit: Les scénarios possibles après la double défaite de Boris Johnson

ANALYSE Les députés ont voté contre des élections anticipées mais ils devraient changer d’avis une fois le texte contre un « no deal » adopté

20 Minutes avec AFP

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Des manifestants pro-Europe rassemblés devant le Parlement britannique le 4 septembre 2019 après une double défaite de Boris Johnson.
Des manifestants pro-Europe rassemblés devant le Parlement britannique le 4 septembre 2019 après une double défaite de Boris Johnson. — Matt Dunham/AP/SIPA

La partie de billard à trois bandes du Brexit continue. Mercredi soir, Boris Johnson a essuyé une double défaite plongeant le Royaume-Uni dans l’incertitude. Le Parlement britannique a d’abord adopté un texte de loi réclamant le report du Brexit de trois mois avant de rejeter des élections générales convoquées par le Premier ministre conservateur le 15 octobre.

Selon toute vraisemblance, il s’agit d’un coup de poker des travaillistes, qui sont favorables à la tenue d’un scrutin mais veulent d’abord que le texte empêchant un « no deal » soit entériné par la Chambre des lords, pour empêcher tout passage en force de Boris Johnson. Voici les scénarios possibles.

Un nouveau report : Boris Johnson est contre

Prévu initialement le 29 mars 2019, le Brexit a été déjà reporté à deux reprises, faute d’unanimité du Parlement sur les formes qu’il doit prendre. La loi votée mercredi par les députés contraint Boris Johnson, qui y est farouchement opposé, à demander à l’UE un report de trois mois, jusqu’à la fin janvier 2020. Une « capitulation » à ses yeux. Boris Johnson a aussi affirmé haut et fort qu’en « aucune circonstance » il ne demanderait un tel report, et compte sur des élections anticipées pour le sortir de ce mauvais pas.

Des élections anticipées : sans doute, après un dernier vote

Même après le rejet du projet de Boris Johnson, elles apparaissent comme une option probable pour sortir de l’impasse. L’opposition travailliste ne voulait pas de la date du 15 octobre car elle craignait que le Premier ministre, usant de ses prérogatives, ne les repousse après le 31 octobre, ouvrant ainsi la possibilité d’une sortie de l’UE sans accord.

Mais en fait, les travaillistes sont en faveur de la tenue d’élections une fois leur loi sur un report du Brexit entérinée par la chambre des Lords. Elles sont aussi dans l’intérêt de Boris Johnson, qui a perdu mardi sa majorité au Parlement. Le scrutin sera dans tous les cas un pari risqué pour les deux grands partis de gouvernement, qui ne sont pas assurés d’une majorité absolue, dans un paysage politique bouleversé par les clivages sur le Brexit.

Un Brexit sans accord : le scénario redouté

Les discussions engagées entre Londres et Bruxelles n’aboutissent pas et Bruxelles, à bout de patience, refuse de reporter une troisième fois le Brexit. Le Royaume-Uni quitte l’Union européenne sans accord de retrait le 31 octobre. Ce scénario est particulièrement redouté par les milieux économiques, qui craignent une dégringolade de la livre, une envolée de l’inflation, voire une récession, avec le rétablissement de droits de douane et le spectre de pénuries de produits alimentaires, d’essence et de médicaments.

Le gouvernement de Boris Johnson se prépare activement à ce scénario et multiplie les annonces de milliards destinés à encaisser le choc du Brexit. Même après une sortie sans accord, il devra retourner à la table des négociations avec les Européens pour définir leurs futures relations.

Brexit avec accord : le scénario le plus improbable

Un scénario très improbable en l’état. Londres et Bruxelles parviennent à décrocher un accord et à s’entendre sur la question cruciale du filet de sécurité irlandais, ou « backstop », mécanisme visant à éviter le retour d’une frontière en Irlande entre la province britannique du Nord et la république membre de l’UE au sud.

Londres devait présenter de nouvelles propositions pour remplacer le « backstop » mais, selon le chef de la diplomatie irlandaise Simon Coveney, n’en a rien fait. L’UE a d’ailleurs souligné mercredi que le « risque » d’un « no deal » s’était accru et qu’elle ne croyait pas à un accord avec Londres d’ici le 31 octobre.