Nucléaire iranien : Rohani fait sauter de nouvelles limites sur l'enrichissement

BRAS DE FER Alors qu’Emmanuel Macron tente de jouer les médiateurs, Téhéran passe à la troisième phase de son retrait de l’accord sur le nucléaire

20 Minutes avec AFP

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Le président iranien Hassan Rohani à Téhéran le 27 août 2019.
Le président iranien Hassan Rohani à Téhéran le 27 août 2019. — /AP/SIPA

Voilà qui ne va pas aider la médiation d’Emmanuel Macron. Mercredi soir, le président iranien Hassan Rohani a annoncé qu’il ordonnait « l’abandon » de toute limite en recherche et développement nucléaire. Traduction : Téhéran passe à la troisième phase de son désengagement progressif de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien.

Dans une allocution télévisée vers 23h00, le président iranien Hassan Rohani a annoncé avoir « donné l’ordre » à l’Organisation de l’énergie atomique iranienne « de prendre toute mesure nécessaire en matière de recherche et de développement et d’abandonner tous les engagements en place dans ce domaine », de façon à doter le pays de tout ce dont il a « besoin pour l’enrichissement » de l’uranium.

Une rencontre Trump-Rohani ? « Tout est possible »

Cette mesure est prise car « nous ne sommes pas parvenus au résultat que nous désirions » dans le cadre de la récente tentative diplomatique emmenée par la France pour tenter d’éviter que l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en juillet 2015 à Vienne ne vole en éclats, a-t-il ajouté.

Téhéran a donc ignoré l’appel du gouvernement français, qui avait averti que Téhéran enverrait « clairement un mauvais signal » en rognant encore un peu plus ses engagements. Rohani affirme de son côté que la diplomatie a encore sa chance.

La France voudrait créer les conditions pour une rencontre entre Donald Trump et Hassan Rohani en marge de l’Assemblée générale de l’ONU fin septembre à New York. « Tout est possible », a lancé mercredi le président américain, interrogé sur une telle possibilité, alors même que son homologue iranien exclut une telle hypothèse.

Une ligne de 15 milliards de dollars de crédit de Paris ?

Concrètement, Paris tente d’offrir à l’Iran une ligne de crédit de 15 milliards de dollars pour lui apporter une partie de la bouffée d’oxygène financière que l’accord de 2015 était censé lui procurer mais que les sanctions américaines lui ont retirée. Selon une source diplomatique française, ce montant correspond à environ un tiers des exportations iraniennes d’hydrocarbures en 2017, et les fonds avancés grâce à la ligne de crédit en cours de négociation seraient remboursés via des ventes futures de pétrole.

« Nous n’entendons pas accorder d’exceptions ou de dérogations », a néanmoins martelé mercredi l’émissaire américain pour l’Iran, Brian Hook, compliquant ainsi les efforts de Paris. Mais il n’a pas totalement fermé la porte à la proposition de la France, dont le ministre de l’Economie Bruno Le Maire est venu mardi discuter à Washington. Donald Trump a dit qu’il était prêt à envisager un geste « quand les conditions seront réunies », a expliqué l’émissaire américain, mais pour l’instant, « il n’y a pas de proposition concrète ».