Manifestations interdites à Hong Kong: De violents heurts autour du Parlement

MANIFESTATION Tirs de lacrymogènes, jets de pierres, incendie… La situation est tendue entre manifestants et forces de l’ordre

20 Minutes avec AFP

— 

La police hongkongaise a tiré des gaz lacrymogènes pour tenter de disperser une manifestation prodémocratie interdite près des bâtiments du gouvernement local.
La police hongkongaise a tiré des gaz lacrymogènes pour tenter de disperser une manifestation prodémocratie interdite près des bâtiments du gouvernement local. — AFP

Cocktails Molotov, barricade incendiée et lacrymogènes… Le cœur de Hong Kong a encore plongé samedi dans le chaos avec de violents affrontements entre policiers et manifestants qui ont bravé un déluge et les interdictions pour envahir à nouveau les rues de l’ex-colonie britannique.

Pas d’autorisation de manifester

La police avait justifié le fait de ne pas autoriser une nouvelle manifestation monstre samedi en raison de risques de violences et en rappelant les échauffourées de dimanche dernier, parmi les plus graves depuis le début de la contestation en juin.

Mais dès le début d’après-midi, des foules de manifestants vêtus de noir – la couleur emblématique du mouvement – se sont répandues dans les rues de plusieurs quartiers au cœur de la région semi-autonome. « Reprendre Hong Kong, la révolution de notre temps », scandaient-ils.

La tension est montée en fin d’après-midi, quand un petit groupe de radicaux a commencé à jeter des pierres contre des policiers disposés autour du complexe abritant le Conseil législatif, le « Parlement » local, et le siège de l’exécutif hongkongais, qui avait été mis à sac le 1er juillet.

Un mystérieux liquide bleu

Ils ont brièvement réussi à enfoncer les barrières protégeant le LegCo, avant d’être promptement repoussés par les forces de l’ordre à grand renfort de lacrymogènes, avec l’intervention des canons projetant notamment un liquide bleu. Des médias locaux rapportent que ce colorant doit permettre d’identifier ensuite les suspects.

« Les manifestations pacifistes ne fonctionnent pas », a dénoncé une manifestante de 22 ans se faisant appeler Stone. « Les radicaux doivent faire parler la colère pour obtenir quelque chose. » « Nous ne nous rendrons pas », disait un graffiti sur un mur de la station de métro voisine d’Admiralty.

Les manifestants se sont ensuite déplacés en direction de l’Est. Ils ont notamment incendié une énorme barricade constituée de sièges arrachés sur les gradins d’un terrain de sport, près du quartier général de la police, dans le secteur de Wanchai (centre). Les flammes ont été éteintes au bout d’une demi-heure.

« Des manifestants radicaux ont lancé des bombes incendiaires et corrosives » contre les policiers, a dénoncé la police dans un communiqué, parlant de « menace grave » pour tout le monde autour.

Défilé près de chez Carrie Lam

Auparavant, un groupe a défilé près de la résidence de la cheffe de l'exécutif locale Carrie Lam, ancienne résidence du gouverneur britannique perchée sur les premières pentes de Victoria Peak.

Carrie Lam concentre l’ire des manifestants pour ne pas avoir formellement retiré son projet de loi controversé sur les extraditions qui avait été en juin l’élément déclencheur de la mobilisation.

Un autre groupe s’est retrouvé dans le quartier très commerçant de Causeway Bay, bondé comme tous les samedis. « Je suis prêt à faire face aux conséquences du fait de manifester », a déclaré un manifestant se faisant appeler Jay. « Mais nous, Hongkongais, avons la liberté de réunion. »

Hong Kong traverse depuis près de trois mois sa pire crise depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des actions quasi-quotidiennes qui ont parfois dégénéré. Une situation inédite à laquelle les autorités de la région semi-autonome peinent à répondre.

Cinq ans après le « Mouvement des parapluies »

La contestation a élargi ses revendications à la dénonciation de l’influence grandissante de la Chine sur sa région semi-autonome et au recul des libertés.

« C’est maintenant ou jamais », explique une comptable qui se fait appeler Wong. « J’ai deux enfants qui ne sont pas venus, mais leur grand-mère est là. Nous défendons le maintien du droit de manifester pour la prochaine génération. »

Ce samedi marque le cinquième anniversaire du refus par Pékin d’organiser des élections au suffrage universel à Hong Kong. Cette décision fut le déclencheur du « Mouvement des parapluies » de 2014, marqué par 79 jours d’occupation du cœur financier et politique de la ville.

Au final, cette mobilisation alors historique s’était achevée sans aucune concession de la part du gouvernement central chinois. Et les manifestants actuels sont déterminés à ne pas laisser leur mouvement mourir à petit feu, d’où la créativité de leurs modes d’action.

Arrestation de plusieurs figures

La mouvance prodémocratie était aussi samedi sous le choc de l'arrestation la veille de trois députés et de de cinq militants de premier plan.

Parmi eux, deux représentants de premier plan du « Mouvement des parapluies », Joshua Wong et Agnes Chow, âgés de 22 ans, ont été interpellés vendredi à l’aube, et inculpés ensuite, notamment pour « incitation à participer à un rassemblement non autorisé ». Ils ont été ensuite libérés sous caution.