Crise à Hong Kong : Des milliers de manifestants dans les rues malgré l’interdiction

INTEMPERIES Pour contourner l’interdiction de manifester, les militants ont lancé des appels à des rassemblements religieux qui ne nécessitent pas les mêmes autorisations

20 Minutes avec AFP

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Des manifestants pro-démocratie défilent avec un drapeau chinois et ses étoiles dorées en forme de croix gammée dans le centre de Hong Kong, samedi 31 août 2019.
Des manifestants pro-démocratie défilent avec un drapeau chinois et ses étoiles dorées en forme de croix gammée dans le centre de Hong Kong, samedi 31 août 2019. — Jae C. Hong/AP/SIPA

Des milliers de militants prodémocratie hongkongais ont bravé samedi l’interdiction de manifester et sont descendus dans les rues de l’ex-colonie britannique, au lendemain de l’arrestation de plusieurs figures du mouvement.

C’est en citant les échauffourées de dimanche dernier, parmi les plus graves depuis le début de la contestation en juin, que la police a justifié la décision d’interdire la manifestation prévue samedi. Les autorités ont cependant averti la population contre le risque de « graves perturbations ».

Barrières et canons à eau

Pour contourner l’interdiction, des appels avaient été lancés à organiser sur l’île de Hong Kong des rassemblements religieux, qui ne nécessitent pas les mêmes autorisations. Et en début d’après-midi, plusieurs milliers de personnes étaient notamment réunies dans un stade du quartier de Wanchai (centre).

En prévision de heurts, la police a érigé de nouvelles barrières autour du Bureau de liaison, qui regroupe les antennes du gouvernement central chinois dans l’ex-colonie britannique. Elle a également déployé des canons à eau.

Police Officers are seen in Hong Kong on August 31, 2019. A current-suspended extradition Bill has angered the people to demand for democracy in Hong Kong since three months before and has become the biggest political crisis since its handover from British to Chinese rule in 1997. ( The Yomiuri Shimbun via AP Images )/YOMIU/19243250003995/JAPAN OUT/1908310900
Police Officers are seen in Hong Kong on August 31, 2019. A current-suspended extradition Bill has angered the people to demand for democracy in Hong Kong since three months before and has become the biggest political crisis since its handover from British to Chinese rule in 1997. ( The Yomiuri Shimbun via AP Images )/YOMIU/19243250003995/JAPAN OUT/1908310900 - Koki Kataoka/AP/SIPA

Des actions quasi-quotidiennes

Hong Kong traverse depuis près de trois mois sa pire crise depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des actions quasi-quotidiennes qui ont parfois dégénéré. Une situation inédite à laquelle les autorités de la région semi-autonome peinent à répondre.

Ce samedi marquait le cinquième anniversaire du refus par Pékin d’organiser des élections au suffrage universel à Hong Kong. Cette décision fut le déclencheur du « Mouvement des parapluies » de 2014, qui avait été marqué par 79 jours d’occupation du cœur financier et politique de la ville.

La manifestation était convoquée par le Front civil des droits de l’homme (FCDH), organisation non violente qui a été à l’origine des plus grands rassemblements de ces derniers mois. En particulier de celui du 18 août qui avait réuni 1,7 million de personnes selon les organisateurs, sans aucun débordement.

Coup de filet vendredi

En plus de l’interdiction de manifester, la mouvance prodémocratie était samedi sous le choc du coup de filet de la veille, dans lequel cinq militants de premiers plans et trois députés ont été interpellés.

Parmi eux, deux représentants de premier plan du « Mouvement des parapluies », Joshua Wong et Agnes Chow, âgés de 22 ans, ont été arrêtés vendredi à l’aube, et inculpés ensuite, notamment pour « incitation à participer à un rassemblement non autorisé ». Ils ont été ensuite libérés sous caution.

« Nous poursuivrons le combat », a promis Joshua Wong tout en fustigeant « l’effet glaçant » des arrestations d’opposants.

Soutenir le mouvement sans risque d’arrestation

En marge d’une réunion à Helsinki, la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a jugé la situation « extrêmement préoccupante ». A Washington, le président américain Donald Trump a lancé un appel au calme, exhortant Pékin à agir « avec humanité » à l’égard des contestataires. Amnesty International a dénoncé des « tactiques visant à semer la peur tout droit sorties des manuels chinois ».

Le FCDH a retiré vendredi son appel à manifester pour ne pas jeter d’huile sur le feu. Mais de nombreux militants ont discuté en ligne de la façon de continuer à soutenir le mouvement sans risquer d’être arrêté.

Les manifestants, qui se sont illustrés depuis trois mois par une créativité surprenante quant à leurs modes d’action, ont suggéré tout un tas d’initiatives, comme le fait d’aller « faire du shopping en masse » ou de participer à des rassemblements religieux pour prier pour les « pécheurs hongkongais ».

A man dressed as 'Moses' shows a placard with the 'Five Commandments' referring to anti-government protesters' demands during a protest at Southorn Playground in Hong Kong on August 31, 2019. - Thousands of pro-democracy protesters defied a police ban on rallying in Hong Kong on August 31, a day after several leading activists and lawmakers were arrested in a sweeping crackdown. (Photo by Lillian SUWANRUMPHA / AFP)
A man dressed as 'Moses' shows a placard with the 'Five Commandments' referring to anti-government protesters' demands during a protest at Southorn Playground in Hong Kong on August 31, 2019. - Thousands of pro-democracy protesters defied a police ban on rallying in Hong Kong on August 31, a day after several leading activists and lawmakers were arrested in a sweeping crackdown. (Photo by Lillian SUWANRUMPHA / AFP) - AFP

Samedi matin, LIHKG, un forum prisé des manifestants, a annoncé sur Twitter que son application avait été la cible de « la pire attaque qu’elle ait jamais essuyée ». Un haut responsable de la police a annoncé que ses effectifs demeuraient mobilisés dans l’éventualité de nouveaux affrontements avec la frange radicale du mouvement.

Un autre militant, Andy Chan, fondateur d’une minuscule formation indépendantiste interdite par les autorités, a également été arrêté, de même que deux autres contestataires connus, Rick Hui et Althea Suen.

Trois députés arrêtés

Et pour la première fois depuis le début en juin de la mobilisation, trois députés ont aussi été arrêtés vendredi : Cheng Chung-tai, Au Nok-hin et Jeremy Tam.

Plus de 900 personnes ont au total été interpellées depuis juin. La police a cependant nié vouloir saper les manifestations du week-end. « C’est totalement faux », a déclaré aux journalistes son porte-parole, John Tse.