Ils font l'Amérique: «Taxer les riches n'est pas la solution miracle»

USA 2008 A l'occasion de l'élection présidentielle, 20minutes.fr dessine le portrait des Etats-Unis au travers de ses habitants. Aujourd'hui, un ancien directeur de PME à la retraite, qui vit dans l'une des villes les plus chères des Etats-Unis...

Propos recueillis par Philippe Berry

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Rancho Santa Fe, l'une des villes les plus chères des Etats-Unis
Rancho Santa Fe, l'une des villes les plus chères des Etats-Unis — DR

De notre correspondant à Los Angeles

A l'occasion de l'élection présidentielle, 20minutes.fr dessine le portrait des Etats-Unis au travers de ses habitants. Aujourd’hui, Ron Monark, entrepreneur et libéral dans l’âme, qui a dirigé une PME pendant plus de 10 ans. Désormais à la retraite, il vit à Rancho Santa Fe (Californie du sud), la 2e ville la plus chère des Etats-Unis (d’après le classement Forbes 2006, le prix moyen d’une maison y était de 2,5 millions de dollars et le salaire médian de 330.000 dollars annuels). Il a deux enfants (42 et 17 ans) et une petite fille (18 ans).

Interview réalisée le 28 septembre


Ca vous manque, de diriger une entreprise?

Prendre des décisions au plus haut niveau qui font grandir une entreprise est excitant et stimulant. Quand je suis devenu directeur général de Mitchel (une PME qui fournit des cotes aux assureurs automobiles) en 1989, nous n’étions qu’à 10% électronique. Huit ans plus tard, parce que nous avions su anticiper le changement de paradigme de l’informatique dans notre industrie, nous étions passés à 67% électronique avec des bénéfices en hausse de 400%.

Aujourd’hui, je suis à la retraite mais je m’occupe. J’enseigne à l’université, je siège dans plusieurs conseils d'administration d’entreprises et d’organisations à but non lucratif, ainsi que dans ma paroisse, avec ma femme. C’est une manière de rendre à la communauté tout ce qu’elle m’a donné.

 

Vous avez voyagé dans plus de 30 pays et fait du commerce sur tous les continents. Quelle est la plus grande qualité et le plus grand défaut des Américains dans le monde du business?

Un esprit entrepreneurial couplé à un optimisme et une grande créativité. Beaucoup créent une entreprise, et si ça ne marche pas, recommencent. Et même si des scandales comme Enron ou Worldcom sont regrettables, les entreprises américaines ont un souci de l’éthique assez prononcé, notamment face à la corruption. Le plus grand défaut est probablement une grande naïveté et méconnaissance des autres cultures pour faire du business à l’international. Beaucoup restent trop Américains et veulent aller vite là où il faut du temps et de la finesse pour construire une relation, surtout avec l’Asie.


 

Quel regard avez-vous sur la crise actuelle et les responsabilités de huit années de Bush?

Malheureusement, la présidence de Bush a été définie par le 11-Septembre. Mais je la sépare en deux périodes: les cinq premières années, plutôt positives sur l’économie et les trois dernières. Dans la crise actuelle, nos mécanismes de surveillance et de contrôle nous ont fait défaut, et la responsabilité en incombe d’abord au Congrès. Je suis un fervent partisan du libre marché, mais parfois, il faut davantage de régulations pour le bien de la société. Le plan de sauvetage finira sûrement par être adopté après de longues négociations. C’est un mal nécessaire.


 

Le programme d’Obama concentre ses baisses d’impôts sur la classe moyenne, estimant que la croissance se construit du bas vers le haut. McCain, lui, favoriserait davantage les plus riches et les entrepreneurs. Qui a raison?

C’est une grande simplification. Mais Obama veut taxer davantage les plus riches, contre la promesse d’avoir une couverture maladie pour tous et d’autres programmes gouvernementaux. Le concept semble attractif. Malheureusement, je n’ai jamais vu de détails expliquant [a] combien d’argent cela rapporterait exactement et [b] de preuves que cela serait suffisant pour tous ses projets de dépenses. Taxer les plus riches n’est pas la solution miracle. Les républicains, de l’autre côté, comprennent que le capital est nécessaire pour créer une entreprise ou des emplois, et qu’il faut un encouragement pour cela.


 

McCain pour vous donc?

Absolument. Vu la crise actuelle, il faut un président fort qui saura s’imposer face au Congrès.