Spacecom : « La guerre spatiale n’aura pas les airs qu’on lui prête »

INTERVIEW Philippe Droneau, chargé de mission à la Cité de l’espace de Toulouse, estime la guerre spatiale inévitable dans le futur, mais rappelle qu’elle ne prendrait pas du tout la forme qu’on imagine généralement

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

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Un vaisseau spatial de « Star Wars ».
Un vaisseau spatial de « Star Wars ». — SIPA
  • Donald Trump a annoncé la création d’un commandement de l’espace.
  • De nombreux pays se penchent sur les conflits spatiaux à venir.
  • 20 Minutes a interrogé Philippe Droneau, chargé de mission à la Cité de l’espace de Toulouse, sur cette guerre de l’espace à venir.

La guerre des étoiles aura-t-elle lieu ? Est-ce qu’un jour, au lieu de se contenter de la station spatiale internationale et de quelques satellites, nous aurons dans notre espace des chasseurs X-Wing, des étoiles de la mort et autres croiseurs interstellaires ? Tant de fantasmes de fans de science-fiction qui se réactivent à chaque fois qu’une armée spatiale est évoquée. La dernière en date est le fait de  Donald Trump. Le président américain a en effet annoncé à Washington ce jeudi  la création d'un commandement de l'espace. Baptisé « Spacecom », il devra « s’assurer que la domination américaine dans l’espace ne soit jamais remise en question ou menacée », a déclaré le locataire de l’espace. De quoi laisser présager de grosses tensions au-dessus de nos têtes prochainement. Mais pour Philippe Droneau, chargé de mission à la Cité de l’espace de Toulouse, la guerre spatiale n’aura pas les airs qu’on lui prête.

Pourquoi les différents gouvernements se préparent à une guerre spatiale, alors qu’il n’y a pas de signe avant-coureur dans ce sens ?

Il faut bien comprendre l’importance qu’ont pris les satellites dans l’usage militaire aujourd’hui. Dès les années 1960, les premiers satellites ont eu une grande portée dans l’espionnage et la prise d’information : l’idée était qu’on pouvait désormais tout voir, tout photographier sans risque. Cette importance géostratégique déjà grande s’est encore amplifiée dans les années 1970 et 1980, où les satellites ont également permis de se repérer, se géolocaliser, déplacer les troupes, contrôler les avions, les missiles… Dans les opérations militaires, le satellite occupe donc désormais une place cruciale et vitale. De fait, les pays travaillent avant tout à protéger leurs satellites, car si la nation adverse avait de quoi les rendre inopérants, elle prendrait un avantage majeur.
 

Y a-t-il des signes allant vers ce genre de capacité ?

Chaque pays accuse les autres d’avancer sur ce genre de recherches pour justifier les siennes. Les Etats-Unis répètent depuis les années 1980 que d’autres nations travaillaient à rendre inefficace leur couverture satellite. C’est notamment ce qui a motivé la « guerre des étoiles » de Ronald Reagan. Mais surtout, chaque pays n’a qu’une crainte, c’est de louper le coche et d’être rendu inefficace en cas de conflit. Du coup, chacun se prépare « au cas où ». Ne pas avoir de défense spatiale en cas de guerre moderne, ce serait comme ne pas avoir d’avion en 1914-1918. Il y a la peur d’avoir cette « guerre » de retard fatale. Aux Etats-Unis, plus encore que cette crainte d’avoir du retard, il y a même une réelle volonté d’avoir plusieurs longueurs d’avance. D’où les déclarations publiques de Donald Trump, ainsi que de nombreuses recherches.

Et cette guerre spatiale, elle ressemblerait à quoi ?

Il ne faut pas s’imaginer des vaisseaux de guerre, des chasseurs stellaires ou des soldats dans l’espace. Tout l’objectif serait, dans un premier temps, de protéger ses satellites. Et éventuellement, dans un second temps, d’attaquer ceux des ennemis. Mais la plupart de ces opérations se feraient depuis le sol, même si on peut imaginer des robots spatiaux conçus pour attaquer les satellites, par exemple. Enfin, dans un dernier temps, les pays mettraient probablement en place des services de remplacement rapides des satellites, afin d’être toujours efficace en cas de perte. Pour l’instant, tout cela n’est qu’à l’état de projets et d’idées. Mais au vu de l’importance qu’a pris l’espace dans la guerre sur terre, il faut bien comprendre que cela va se concrétiser, au moins les systèmes défensifs.