Etats-Unis: L'Idaho condamné à fournir une opération de «réassignation sexuelle» à une détenue transgenre

JUSTICE Incarcérée depuis 2012, Adree Edmo souffre d’une « dysphorie de genre sévère », un profond sentiment d’inadéquation entre son corps et son identité

20 Minutes avec agences

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Illustration prison américaine
Illustration prison américaine — Eric Risberg/AP/SIPA

Elle est née homme pour l’état civil mais elle explique se sentir femme depuis l’âge de cinq ou six ans. Une cour d’appel fédérale a ordonné à l’Etat américain de l’Idaho de fournir à Adree Edmo, une détenue transgenre de 31 ans, les traitements chirurgicaux nécessaires pour une « réassignation sexuelle ».

En détention depuis 2012 pour avoir commis des abus sexuels sur un adolescent de 15 ans, elle souffre aujourd’hui de graves troubles de l’identification et risque de s’automutiler. Pour les juges, lui refuser les soins revient à infliger une forme de « punition cruelle et inhabituelle », ce qui est formellement interdit par la Constitution américaine.

Mutilations et risques de suicide

Durant son incarcération, Adree Edmo a obtenu son changement de sexe sur son certificat de naissance. Malgré un traitement hormonal consenti par l’administration pénitentiaire dès 2012, elle souffre toujours d’une « dysphorie de genre sévère », un profond sentiment d’inadéquation entre son corps et son identité notamment alimenté par ses attributs sexuels masculins.

Selon les documents examinés par la justice, la détenue a tenté par deux fois de se castrer à l’aide d’une lame de rasoir. « Je ne veux pas mourir, mais je suis une femme, et les femmes n’ont pas ça », avait-elle écrit lors de sa première tentative, en 2015. Elle continue depuis à s’infliger des mutilations sur les bras et présente des risques de suicide. Après avoir demandé en vain durant des années à l’administration pénitentiaire une opération chirurgicale de « réassignation sexuelle », Adree Edmo a fini par saisir la justice en 2018.

L’affaire devant la Cour suprême

La cour d’appel du 9e circuit, basée à San Francisco et compétente pour une partie de l’Ouest américain vient donc de lui donner gain de cause, confirmant le jugement prononcé en première instance. Mais le gouverneur républicain de l’Idaho, Brad Little, a annoncé son intention de porter l’affaire devant la Cour suprême. L’Etat « ne peut pas détourner un argent public crucial pour ses missions de sécurité publique et de réinsertion des délinquants », a-t-il déclaré selon NBC News, se disant « extrêmement déçu » du jugement.

En mars 2019, la cour d’appel du 5e circuit (compétente pour le Texas, la Louisiane et le Mississippi) avait rendu une décision diamétralement opposée à celle du 9e circuit, estimant qu'« un Etat n’inflige (ait) pas une punition cruelle et inhabituelle en refusant de fournir une opération de réassignation sexuelle à un détenu transgenre ».