VIDEO. L'Amazonie en feu, un désastre aussi pour l'image du Brésil

DIPLOMATIE «La crise amazonienne est le plus grand désastre de l'Histoire de la diplomatie brésilienne depuis des décennies, se désolent de nombreux commentateurs. Le président Bolsonaro se retrouve de plus en plus isolé, y compris à l'intérieur de son pays  

20 Minutes avec AFP

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Vendredi, le président Jair Bolsonaro a autorisé le déploiement de l’armée brésilienne pour aider à combattre les incendies dans la forêt amazonienne. Ici dans la région d’Abuna, dans l’État de Rondônia.
Vendredi, le président Jair Bolsonaro a autorisé le déploiement de l’armée brésilienne pour aider à combattre les incendies dans la forêt amazonienne. Ici dans la région d’Abuna, dans l’État de Rondônia. — CARL DE SOUZA / AFP

Forêts calcinées, inaction du gouvernement puis insultes présidentielles, les incendies en Amazonie ont un effet désastreux pour l'image du Brésil à l'étranger, s'alarment de nombreux commentateurs.

«C'est la pire crise de son image que le Brésil traverse en 50 ans», a déclaré l'ancien ministre et ambassadeur Rubens Ricupero au quotidien O Globo. La crise amazonienne est «le plus grand désastre de l'Histoire de la diplomatie brésilienne depuis des décennies», se désolait également le quotidien Folha de S.Paulo, «nous nous retrouvons seuls et couverts de honte».

Bolsonaro jugé très sévèrement par la presse internationale... et brésilienne

Si des bataillons d'internautes bolsonaristes soutiennent activement Jair Bolsonaro, une partie de la twittosphère se déchaîne contre le chef d'Etat d'extrême droite, jugé aussi très sévèrement par la presse brésilienne et internationale pour sa gestion des incendies depuis une semaine.

«A force de gaffes, d'idiotie, de chauvinisme, d'ignorance, et avec des coups de pied, Bolsonaro façonne son image dans le monde et détruit celle du Brésil», écrit ainsi un internaute.

Les incendies ont pris une dimension internationale avec la décision du président français Emmanuel Macron de les faire figurer au menu du Sommet du G7 à Biarritz (sud-ouest), le week-end dernier, en tweetant: «Notre maison brûle».

Un « paria international »

Le soir-même, sous la pression, Jair Bolsonaro convoquait une réunion de crise puis mobilisait par décret l'armée contre les incendies. Mais le président a ensuite brusquement élevé le ton à l'égard de Paris, sortant sérieusement des limites convenues de la diplomatie

Alors qu’Emmanuel Macron souhaitait aux Brésiliens d'avoir «très rapidement» un «président qui se comporte à la hauteur», leurs ministres multipliaient les saillies méprisantes et provocantes contre la France. Mardi, Jair Bolsonaro demandait à Emmanuel Macron de «retirer ses insultes», en vain.

«Je n'ai jamais vu un président du Brésil s'exprimer d'une telle manière», dit Gaspard Estrada, spécialiste de l'Amérique latine à Sciences Po, «cela va laisser des traces». Si c'est avec la France qu'on a vu un grave dérapage, Brasilia s'est fâché avec beaucoup de monde autour de la crise amazonienne.

Des aides financières gelées, le Mercosur en question

Pour Robert Muggah, de l'Institut Igarapé à Rio de Janeiro, «le président (brésilien) a endommagé les relations du pays avec ses alliés, comme la France, l'Allemagne et la Norvège».

Berlin puis Oslo ont suspendu leurs subventions à des fonds de préservation de l'Amazonie. Jair Bolsonaro a même conseillé à la Norvège d'envoyer ses subventions à la chancelière Angela Merkel pour qu'«elle reboise l'Allemagne».

Comme la France, l'Irlande a menacé de ne pas signer l'accord de libre-échange UE-Mercosur. La Finlande envisage de boycotter des produits brésiliens.

«Le Brésil, qui était un modèle dans le monde de la préservation des forêts, est devenu un paria international. Le président ne peut que s'en prendre à lui-même», dit Robert Muggah.

Bolsonaro a mis tous ses œufs dans le panier américain

Le pays, qui avait accueilli en 1992 le Sommet de la Terre à Rio, a fait des efforts loués par la communauté internationale dans la lutte contre la déforestation dans les années 2000. Pour Gaspard Estrada, «le Brésil est en train aujourd'hui de détruire sa politique étrangère», et «il est largement isolé».

Jair Bolsonaro, outre sa proximité avec Israël, a mis tous ses oeufs dans le panier américain, un virage à 360 degrés pour la diplomatie brésilienne qui ne lui a pas rapporté de contreparties.

Si le président Donald Trump lui a exprimé mardi via un tweet son «soutien sans réserves» contre les incendies, «les Etats-unis n'ont pas soutenu le Brésil à la hauteur des espérances de Bolsonaro au G7», explique Gaspard Estrada, qui évoque «la naïveté» du président brésilien.

«Bolsonaro s'est mis tout le monde à dos» et «l'effet sur le plan de l'image et la réputation internationale du Brésil sera durable», prévoit-il. «Il a oublié qu'il ne siège pas à la Maison Blanche mais au palais du Planalto» de Brasilia.

La crise de l'Amazonie survient dans un climat diplomatique déjà dégradé depuis l'arrivée au pouvoir en janvier de Jair Bolsonaro: l'ex-militaire a heurté de grands partenaires du Brésil en donnant des coups de barre intempestifs.