Emmanuel Macron
Emmanuel Macron — Miho Ikeya/AP/SIPA

GEOPOLITIQUE

G7 à Biarritz : Emmanuel Macron a-t-il réellement pris la main sur le dossier iranien ?

Alors que la visite surprise du ministre des affaires étrangères iranien a eu son petit effet, Emmanuel Macron a-t-il pris la main sur ce dossier international ?

  • Dimanche, le ministre des affaires étrangères iranien a fait une visite surprise au G7.
  • Un rendez-vous organisé par Emmanuel Macron, qui n’a prévenu les autres dirigeants que quelques heures auparavant.
  • Emmanuel Macron est-il désormais le patron de la géopolitique internationale ?

Dimanche, le G7 a reçu un invité surprise : le ministre des affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif. Un coup de poker géopolitique d’ Emmanuel Macron, alors que le dossier iranien était l’un des plus brûlants du G7 (avec la forêt amazonienne qui, elle, brûle vraiment). Alors que les Etats-Unis et la République islamique refusaient tout dialogue, Donald Trump a indiqué qu’il avait accepté cette venue surprise. Emmanuel Macron qui se rêvait en maître des horloges, est-il devenu le maître de la géopolitique mondial ?

Sans aller jusque-là, Benjamin Morel, docteur en Science politique à l’ENS, note qu’Emmanuel Macron démontre dans ce G7 « une vraie capacité d’initiative et une indépendance de la France sur les dossiers internationaux, marquant une capacité qu’on n’avait pas vue depuis Jacques Chirac. » En bref, le retour d’une « politique Gaullo-Mitterrandienne » comme il l’appelle où la France joue un rôle d’équilibre entre les puissants. Un arbitrage international dont il s’était déjà essayé en invitant Vladimir Poutine à quelques jours du G7, alors que la Russie en est exclue depuis l’annexion de la Crimée.

Solitaire oui, mais salutaire ?

Une prise d’initiative solitaire loin du début de son quinquennat très centré sur l’Europe, l’Allemagne et les partenaires du continent, ce que note Benjamin Morel : « A l’époque, il avançait sur le plan international toujours avec un drapeau européen. Il y a un vrai changement dans sa diplomatie avec des prises de position nettes et isolées, comme la décision de remettre en question le dossier UE-Mercosur. »

Une prise d’initiative solitaire, d’accord, mais salutaire pour sortir de la crise ? « Cela fait longtemps que la crise Iran-Etats Unis a besoin d’un arbitrage international, tant elle est plongée dans l’impasse. La France peut profiter d’une bonne image de pays relativement indépendant des Etats-Unis », plaide Thierry Coville, chercheur de l’IRIS spécialisé de l’Iran, regrettant même qu’Emmanuel Macron n’ait pas pris le dossier plus tôt. Au-delà de son indépendance, la France « possède de bonnes relations avec l’Iran, propice à un cadre de négociations. »

Un échec quand même

Malgré toute cette bonne volonté et cette prise d’initiative, l’objectif de renouer les liens entre l’Iran et les USA n’a pas vraiment été réalisé, Donald Trump repoussant gentiment l'offre. Difficile donc de dire qu’Emmanuel Macron a pris la main sur ce dossier où il n’y a pas de réelles avancées majeures, ce que notent bien les deux experts. « On ne peut pas dire qu’Emmanuel Macron est l’arbitre de ce dossier, ni même qu’il l’a fait avancer », tranche Thierry Coville.

De là à n’y voir qu’un habile coup de communication, il n’y a qu’un pas que Benjamin Morel se refuse de franchir : « C’est un coup de com' mais on ne peut pas le résumer à cela. C’est un coup qui devait être tenté et joué, il n’aura peut-être pas les conséquences espérées. Mais cela aurait pu fonctionner. » Même clémence chez son confrère : « Il y a eu de vrais efforts de médiation qui ont été faits. Là où un Shinzo Abe avait totalement échoué par exemple, Emmanuel Macron a fait un gros travail en amont pour l’Iran. »

Un échec pas imputable à Emmanuel Macron

Comment expliquer cet échec alors ? Benjamin Morel se veut réaliste : « Dans un monde idéal, l’arbitrage de la France serait le chaînon manquant à la crise Etats Unis-Iran. Mais l’arbitrage Donald Trump-Iran ne dépend que d’eux : Il est assez peu probable que la diplomatie américaine se plie à la diplomatie française, et Donald Trump, sans vouloir une guerre ouverte, n’a aucun intérêt à un règlement de conflit à court terme. »

Y a-t-il alors un risque à ce qu’Emmanuel Macron se voit reprocher cet échec après avoir pris l’initiative ? Cela dépendra de la sensibilité de chacun : « Ce type de décision unilatérale peut en effet déplaire à ces partenaires européens, alors que les échanges sont déjà tendus. Donald Trump est plutôt friand de ce type d’action un peu coup de poing. Cela peut également s’avérer profitable à la place de la France dans le monde. En France cela ne peut que profiter à Emmanuel Macron : quand vous montrez que vous êtes capable de prendre des décisions, de forcer le calendrier international, vous ressortez en image d’un homme politique incarnant l’indépendance et la grandeur nationale. C’est ce qui a bénéficié à De Gaulle, Mitterrand, Chirac, et ce qu’on a reproché notamment à Hollande par exemple.. »