Débat: Sarah Palin redore son image, Joe Biden très costaud

USA 2008 Le débat entre les candidats à la vice-présidence, jeudi soir, a...

Philippe Berry, à Los Angeles

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Sarah Palin et Joe Biden
Sarah Palin et Joe Biden — DR (montage)
De notre correspondant à Los Angeles usa2008

Sarah Palin a fait mieux que prévu. Lors de son grand oral, jeudi soir, face au démocrate Joe Biden, la colistière de John McCain a livré une performance solide. Plus proche de son discours à la convention républicaine que des interviews embarrassantes avec Katie Kouric. En clair, pas de gaffe majeure. Pas de moments de flottement ni de regard d’animal figé face aux phares de la voiture.

 

Non, pendant toute la première moitié du débat, elle a retrouvé son costume de hockey mom, s’adressant «aux parents qui vont au match de foot le dimanche et qui se demandent comment ils vont envoyer leur enfant à la fac», parlant à «l’average Joe six packs» qui n’en peut plus «d’un Washington déconnecté». Le message: «Je suis une des vôtres, et avec mon expérience de l’exécutif comme maire et gouverneur», allié au «maverick (franc-tireur) John McCain, on va secouer tout ça». Et Sarah, elle a balancé tout ça en souriant, avec un ton enjoué, sur un registre populo un peu caricatural (donnant du «betcha, gotcha, kinda» à tout va) mais qui a dû connecter sans trop de problème avec une partie de l’électorat.

 

Biden le diesel

 

Sans compter que pendant tout ce temps là, Biden a pris son ton professoral typique du Washington insider, noyant tout le monde sous une avalanche de chiffres pour souligner «la gravité de la crise» et s’adressant plus à la modératrice, Gwen Ifill, qu’aux téléspectateurs. Le contraste était assez saisissant. Le blogueur Andrew Sullivan, pro-Obama trouvait même que Sarah Palin «le laminait».

 

Mais à plusieurs reprises, Sarah Palin a esquivé, voire refusé de répondre à certaines questions (notamment sur McCain et les dérégulations), revenant sans cesse à ses talking points, principalement sur le dossier énergétique, accusant Biden d’avoir retourné sa veste sur le charbon propre –il s’en est tiré avec un pauvre «mes propos ont été sortis de leur contexte».

 

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Et puis est venue la politique étrangère. Et ça, c’est son truc à Joe, lui, le président du comité des affaires étrangères au Sénat. Sans trop en faire, sans jamais être condescendant, s’attaquant toujours à McCain, il a montré qu’il en connaissait un rayon. Il a parlé de «la complexité centenaire des relations entre chiites et sunnites», de l’Afghanistan et du Darfour. Parlin, de son coté, s’est cantonnée au classique «l’opération surge est un succès en Irak», «Obama est naïf de vouloir rencontrer Ahmadinejad». Jetant des coups d’œil en bas, elle donnait parfois l’impression de lire des fiches.

 

Moment d’émotion pour Biden

 

Alors qu’il avait plutôt laissé le registre  du personnel à Palin, Joe Biden a insisté sur la fin sur ses origines modestes. «Je sais ce que c’est d’élever des enfants seuls, de se demander s’ils vont s’en sortir». Mentionnant l’accident qui a coûté la vie à sa femme et sa fille, (il s’est remarié 5 ans plus tard), Biden a connu un vrai moment d’émotion, qui semblait sincère. Il a terminé à pleine puissance, avec une tirade percutante sur un «McCain qui n’est pas un maverick quand ça compte vraiment».

 

Qui a gagné? Ca dépend à qui vous demandez. Un panel d’électeurs non décidés de CBS donne Biden, à 51% contre 36. Les lecteurs d’un blog de Fox News répondent Palin à plus de 90%. Ce qui est sûr, c’est qu’elle a sûrement rassuré la base, et les voix des conservateurs questionnant sa qualification devraient se faire discrètes. Mais la tendance générale, elle, n’a sans doute pas été bouleversée.