G7 à Biarritz : « Pour la première fois, Trump a vraiment besoin de ses partenaires pour avancer »

INTERVIEW Emmanuel Macron tente une nouvelle fois de ramener Donald Trump à la table des négociations, mais pour Sylvie Matelly, il n’a de toute façon pas le choix

Propos recueillis par Rachel Garrat-Valcarcel

— 

Emmanuel Macron et Donald Trump lors de l'ouverture des travaux du G7 à Biarritz.
Emmanuel Macron et Donald Trump lors de l'ouverture des travaux du G7 à Biarritz. — Andrew Harnik/AP/SIPA
  • Alors que cette stratégie a connu de gros ratés, Emmanuel Macron tente une nouvelle fois de faire jouer le jeu du multilatéralisme à Donald Trump.
  • Interrogée par 20 Minutes, la directrice adjointe de l’Iris, Sylvie Mattely, estime que le président français n’a de toute façon pas le choix : le positionnement des Etats-Unis est déterminant dans la plupart des dossiers.
  • Elle juge néanmoins que, cette fois, une fenêtre s’ouvre : l’apport des Européens pourrait aider Donald Trump dans certains dossiers bloqués.

Emmanuel Macron est président du G7 cette année, il a la main sur la scène internationale et, comme à chaque fois qu’il l’a eu depuis son élection, il la tend à Donald Trump. Voulant éviter le fiasco de 2018 au Canada, avec le retrait in extremis de la signature de Donald Trump du communiqué final commun des « sept grands », le président français a revu les ambitions à la baisse : il a déjà annoncé qu’il n’y aurait pas de communiqué commun. Mais Emmanuel Macron veut tout de même éviter un « G6 + 1 » et tente de ramener Donald Trump à la table de relations internationales plus multilatérales. Même si le président français n’a pas vraiment le choix, l’économiste et directrice adjointe de l’Iris, Sylvie Matelly, estime que, cette fois, il y a une marge de négociation avec Donald Trump.

Doit-on, coûte que coûte, essayer d’inclure les Etats-Unis de Donald Trump dans les négociations ?

Les Etats-Unis sont la première puissance économique au monde, il s’agit de l’équivalent économique de l’Union européenne, ce n’est pas rien. C’est une puissance hégémonique – militaire, commerciale, politique – qui a la capacité de faire plier un certain nombre de pays à ses décisions. Emmanuel Macron l’a compris dès le début et il sait que rien ne se fera sans les Etats-Unis, avec ou sans Donald Trump. Sa première stratégie a été, à un moment où tout le monde tournait le dos à Trump, d’être « son copain » ou de le respecter, de l’écouter et d’essayer de discuter et de le valoriser. Ça a relativement bien fonctionné, dans la forme, et le président Trump a accepté de discuter, est venu plusieurs fois à Paris. Evidemment, Donald Trump a son propre agenda et il n’accepte de discuter et d’avancer que quand ça va dans le sens de ses intérêts.

La situation aujourd’hui est différente ?

Le président Macron se dit peut-être qu’on est à la croisée des chemins, que la stratégie de Donald Trump, très unilatérale, arrive à sa limite : tout le monde a compris qu’il fonctionnait comme ça, il n’y a plus d’effet de surprise. L’effet pervers de cette politique c’est que sur plusieurs dossiers, Donald Trump est dans l’impasse et va devoir assouplir sa position. Surtout, les élections américaines sont dans un an et si l’économie américaine – qui lui permet actuellement de dire qu’il est le plus fort – s’affaiblit, il va se retrouver en porte à faux. Pour la première fois dans l’histoire de sa présidence, Trump a vraiment besoin de ses partenaires pour avancer. Et, au fond, parmi les pays du G7, le seul pays qui peut discuter avec Donald Trump car il est moins affaibli que les autres, c’est la France, et ce malgré la crise des gilets jaunes.

Un agenda français ou un hypothétique agenda européen ne fait pas le poids ?

Même dans un agenda européen, on a besoin des Etats-Unis, l’économie américaine est un moteur de l’économie mondiale. Si elle s’affaiblit ou si le président Trump entre en guerre commerciale avec l’Union européenne, ça aurait des conséquences relativement dramatiques sur notre économie. C’est la même chose pour le Brexit : le positionnement des Etats-Unis est fondamental. Deux positions étaient possibles : soit, comme Barack Obama, on fait tout pour éviter un Brexit sans accord car on considère que ça serait une catastrophe pour l’économie européenne et donc mondiale. Soit, comme Donald Trump, on s’engage vers un accord commercial avec le Royaume-Uni. Je n’exclus pas l’idée qu’un Brexit dur avec un accord commercial avec les Etats-Unis qui stimule l’économie britannique pourrait avoir des effets désastreux sur l’économie européenne : un certain nombre de partis dans tous les pays de l’UE attendent de voir ce qui va se passer, si le Brexit est un succès, on peut imaginer d’autres sorties de l’Union. Les Etats-Unis sont donc un arbitre : sur tous les dossiers, leur positionnement est fondamental.

Quelle fenêtre de négociation s’ouvre avec Donald Trump ?

Dans le dossier iranien, Donald Trump est dans une impasse : on a assisté à une escalade verbale avec un risque militaire mais au fond rien n’est résolu. Il est sorti de l’accord, mais après ? Lors de la prochaine présidentielle, on va lui demander « quels sont vos succès ? ». C’est la même chose sur la Corée du Nord : il a réussi à discuter et après ? Il a pu afficher un certain nombre de succès car il a ouvert des dossiers et adopté un positionnement original. Mais il ne suffit pas d’ouvrir des dossiers, il faut arriver à les conclure. Donald Trump a bien compris qu’il n’arrivera à des résultats probants que s’il s’accorde avec ses partenaires. Et la stratégie du président Macron est d’essayer de trouver des intérêts communs et de s’y accrocher pour faire avancer tout le monde dans la même direction.

Y a-t-il d’autres dossiers sur lesquels Donald Trump a « besoin » des Européens ou des autres membres du G7 ?

Sur la guerre commerciale avec la Chine. Il affirme que l’économie américaine est très forte, qu’elle va tenir, etc. Ça ressemble à la méthode Coué : on sent bien que ça commence à bouger et les risques de ralentissement deviennent plus importants. Cet affaiblissement de l’économie américaine est lié à des choix politiques. L’économie américaine est extrêmement dépendante de son commerce avec le reste du monde, en particulier des échanges avec la Chine. Donc, ça ne peut pas durer. Arrêter la guerre commerciale, c’est un aveu d’échec, il ne peut pas. Une main tendue sur ce sujet par les Européens peut offrir à Donald Trump une issue favorable au niveau national : donner l’impression qu’il a gagné alors qu’il est obligé de ralentir sa guerre commerciale.