Italie: Si vous avez manqué le début de la crise politique qui secoue le pays

DECRYPTAGE Après l’explosion de la coalition en place depuis plus d'un an et la démission du Premier ministre italien, le président italien a débuté des consultations pour parvenir à former un nouveau gouvernement

Manon Aublanc

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Le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, le ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini (gauche) et le ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales, Luigi Di Maio (droite), devant le Sénat à Rome, le 20 août 2019.
Le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, le ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini (gauche) et le ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales, Luigi Di Maio (droite), devant le Sénat à Rome, le 20 août 2019. — Andreas SOLARO / AFP
  • Le 8 août, Matteo Salvini, le chef de la Ligue, a mis fin à la coalition avec le Mouvement 5 Etoiles, après quatorze mois de cohabitation, réclamant la fin du gouvernement de Giuseppe Conte et l’organisation d’élections anticipées.
  • Mardi, le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, a démissionné du gouvernement, accusant le chef de la Ligue d’avoir été « irresponsable ».
  • Ce mercredi, le président italien Sergio Mattarella a entamé des consultations entre les principales formations politiques italiennes afin de parvenir à former un nouveau gouvernement.

Fin de la coalition, démission du Premier ministre, consultations des partis politiques… L’Italie traverse actuellement une crise politique sans précédent. Le point de départ ? L’explosion de la coalition, au pouvoir depuis quatorze mois​, formée par la Ligue de Matteo Salvini et le Mouvement 5 Etoiles.

Vous n’avez rien compris à la crise politique en Italie ? Pas de panique, 20 Minutes vous explique tout ce qu’il faut savoir.

Pourquoi l’Italie traverse-t-elle une crise politique ?

Le 8 août dernier, Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur et chef de la Ligue (extrême droite) a fait exploser la coalition formée avec le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème), réclamant la fin du gouvernement de Giuseppe Conte et l’organisation d’élections anticipées. En cause ? Les nombreux désaccords qui ont entaché, ces dernières semaines, les relations entre les deux partis au pouvoir depuis quatorze mois.

Pour Ludmila Acone, chercheuse à l’université Paris 1, spécialiste de l’Italie, Matteo Salvini a profité de sa popularité grandissante pour mettre fin à la coalition entre son parti et le M5S : « Il a fait ça pour capitaliser ses résultats dans les sondages et ses résultats aux élections européennes. » Les élections européennes, qui se sont traduites par un triomphe de la Ligue (34 %) et un échec cuisant pour le Mouvement (17 %), n’ont fait qu’augmenter le conflit entre les deux ex-alliés gouvernementaux. Pour la chercheuse, la rupture européenne s’est également creusée « lorsque le M5S a décidé de voter pour la candidature d’Ursula Von Der Leyen à la présidence de la Commission européenne, alors que Matteo Salvini, lui, voulait un candidat populiste-souverainiste ».

Mardi, le Premier ministre italien, Giuseppe Conte a annoncé sa démission et la fin du premier gouvernement populiste, accusant Matteo Salvini d’avoir été « irresponsable ». Au lendemain de ce coup d’éclat, le président Sergio Mattarella a débuté, ce mercredi, des consultations entre les principales formations politiques italiennes afin de parvenir à former un nouveau gouvernement.

Quels sont les scénarios politiques envisageables ?

Selon les spécialistes, trois scénarios sont désormais envisageables. D’abord, celui d’un accord de coalition. Une coalition entre le M5S et le Parti démocrate de Nicola Zingaretti, arrivé deuxième aux élections européennes, a été proposée par Matteo Renzi, l’ancien Premier ministre de centre-gauche, ce dimanche. Une seconde coalition entre le Parti démocrate, le M5S ainsi que Forza Italia, la formation de centre-droit de l’ancien Premier ministre Silvio Berlusconi, a également été proposée par Romano Prodi, l’ancien président de la Commission européenne et ancien chef du gouvernement. Cette large coalition pro-européenne est surnommée « Ursula », en référence à Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente allemande de la Commission européenne.

Une seconde option dresse l’élaboration d’un gouvernement temporaire de technocrates. Avec un endettement supérieur à 130 % de son PIB et une croissance à l’arrêt, le chef de l’Etat pourrait décider de nommer un gouvernement de courte durée, composé de technocrates, pour poursuivre l’avancée des mesures budgétaires.

En troisième lieu, si aucun accord sur une coalition n’est trouvé, le président de la République, Sergio Mattarella, peut convoquer des élections anticipées pour mi-octobre, comme le réclame Matteo Salvini. « Mais s’il y a des élections anticipées, selon les sondages, il y aura une majorité des voix pour La Ligue de Matteo Salvini et Fratelli d’Italia, le parti néofasciste de Giorgia Meloni. Matteo Salvini, lui, a donc tout intérêt à ce qu’il y ait des élections anticipées », explique Ludmila Acone.

Matteo Salvini a-t-il des chances de devenir Premier ministre ?

La dernière option, réclamée par Matteo Salvini depuis le 8 août, est la seule dont il peut espérer profiter. Selon un sondage Agi/YouTrend réalisé le 1er août, en cas d’élections, la Ligue est créditée de 36,8 % des intentions de vote, loin devant le Parti démocrate (21,7 %) et le M5S (17,6 %). « Ces derniers mois, Matteo Salvini a gagné énormément de popularité auprès de l’opinion publique, il était très présent dans les médias et sur les réseaux sociaux, il a fait de nombreuses propositions chocs », explique Ludmila Acone.

Selon la chercheuse, de nombreux partis vont militer pour la formation d’une coalition : « Je pense qu’il y a une crainte de voir Matteo Salvini triompher s’il y a des élections anticipées. C’est assez répulsif pour que bon nombre de partis politiques essayent d’éviter l’organisation de ces élections. »