Mort de Simon Gautier: Qu’est-ce que l’AML, le nouveau service de géolocalisation de secours hyperperformant?

DISPARITION Selon les secours, l’utilisation de l’AML aurait permis de sauver Simon Gautier

J.-L. D. avec AFP

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Un GPS, image d'illustration
Un GPS, image d'illustration — Pixabay
  • Le corps de Simon Gautier a été retrouvé dimanche, après neuf jours de recherches.
  • Un délai qui interroge sur les moyens de localisation des disparus.
  • « 20 Minutes » fait le point sur l’AML, nouveau système de localisation qui, selon les secours aurait permis de sauver le randonneur.

Dimanche, le corps du randonneur français Simon Gautier a été retrouvé sans vie, après neuf jours de recherches. Un délai énorme qui relance la question de la géolocalisation d’urgence, et notamment l’AML (Advanced Mobile Localisation, ou localisation mobile avancée), système de super localisation téléphonique dont n’est pas équipée l’Italie… ni la France.

Lundi, la levée du corps révélait que Simon Gautier serait mort environ une heure après son appel au secours. Un délai court mais suffisant si l’AML avait été installé, selon Girolamo Galasso, chef des secours alpins de la région : « Dans une situation pareille, si la victime est géolocalisée, un hélicoptère peut arriver dans les 10-15 minutes avec un médecin. Avec l’AML, on aurait localisé Simon avec 20 ou 50 mètres de précision, c’est suffisant dans cette zone découverte. Mais ce système n’est pas encore disponible. »

20 Minutes s’est donc penché un peu plus sur ce système miracle et sur les raisons de son absence dans certains pays.

Qu’est-ce que l’AML ?

L’AML (pour Advanced Mobile Localisation ou localisation mobile avancée) a été lancée en 2014 au Royaume-Uni. Co-développé par les quatre opérateurs télécoms britanniques et les constructeurs de smartphones taïwanais HTC et japonais Sony, ce système vise à donner directement la localisation de l’appelant lorsque ce dernier compose un numéro d’urgence sur son smartphone.

Concrètement, le système, implanté sur les appareils, envoie automatiquement un SMS aux services de secours avec le positionnement précis de l’appareil, sans même avoir besoin d’une connexion Internet.

« Ce que le cas de Simon Gautier révèle tristement, c’est la nécessité d’avoir des données précises de géolocalisation », pointe Benoît Vivier, membre de l’association European Emergency Number Association (EENA), qui lutte pour améliorer le fonctionnement et la coordination des services de secours d’urgence en Europe. Interviewé par 20 Minutes, il ajoute : « Aujourd’hui, 95 % des appels d’urgence se font avec un téléphone portable, donc la question du lieu de l’appel se pose forcément. De plus, dans le cas d’un appel de secours sur dix, la personne a des difficultés à exprimer où elle se trouve. »

Comment cela fonctionne-t-il ?

Lors d’un appel d’urgence, l’AML recourt automatiquement aux meilleures données de localisation disponibles -système GPS, connexion Wifi…- pour les envoyer aux services de secours.

« L’avantage de l’AML, c’est qu’il ne nécessite rien de la part de l’utilisateur, tout se fait automatiquement. Il n’y a même pas d’application à installer. On sait que lorsqu’il s’agit d’appeler les secours, les conditions sont rarement bonnes, du coup on voulait le service le plus autonome possible. La victime n’a rien à faire », estime Benoît Vivier.

En Autriche, pays où ces données sont disponibles, plus de 92 % des messages AML envoyés fournissent une position avec une précision de 100 mètres, 85 % allant même jusqu’à une précision de 50 mètres, selon un rapport publié en juin par l’EENA. En Finlande, ces taux de précision montent respectivement à 88 % et 78 % des messages. Pour rappel, la zone de recherche terrestre pour Simon Gautier s’étendait sur 140 kilomètres carrés. Selon Benoît Vivier, des tas de drames comme celui-ci sont évités chaque année dans ces pays grâce à ce dispositif.

Pourquoi certains pays n’utilisent-ils pas l’AML ?

L’AML exige une adaptation des équipements des services de secours, afin que ces derniers puissent recevoir les données de géolocalisation -ce qui n’est pas encore le cas en France ou en Italie.

L’une des raisons est le fait que les secours y sont gérés de manière décentralisée, au niveau des départements en France et des régions en Italie, avec des systèmes informatiques qui ne sont pas nécessairement construits sur une plateforme commune - un obstacle pour y rendre le système AML opérationnel à l’échelle du pays.

Pour Benoît Vivier, ce n’est qu’une part du problème : « La France et l’Italie ont adopté une position attentiste au sujet de l’AML. Il s’agissait de voir d’abord sur d’autres pays comment et si cela marchait, avant de l’installer. Il y a eu une réticente sur les nouvelles technologies. En France, le ministère penche dessus depuis un an, un an et demi, mais fait face à la lenteur administrative… »

Les choses vont devoir s’accélérer, puisque fin 2020, tous les pays européens devront avoir installé le procédé. Selon l’EENA, cette mise à jour permettra à l’Union Européenne de sauver 7.500 vies et d’économiser 95 milliards d’euros en dix ans.