Hong Kong: des entreprises pro-démocratie menacées de boycott

MANIFESTATIONS Parmi les cibles privilégiées de cette campagne orchestrée par Pékin contre des entreprises pro-démocratie figurent une compagnie aérienne hongkongaise et une maison de thé taïwanaise 

20 Minutes avec AFP

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Un manifestant à l'aéroport de Hong Kong, le 10 août.
Un manifestant à l'aéroport de Hong Kong, le 10 août. — Kin Cheung/AP/SIPA
  • Hong Kong connaît sa plus grave crise politique depuis 1997, avec des manifestations parfois violentes depuis deux mois.
  • Les médias d’Etat chinois ont multiplié les appels à boycotter des entreprises pro-démocratie.
  • Parmi ces entreprises, la compagnie aérienne hongkongaise Cathay Pacific, une maison de thé taïwanaise et le fabricant japonais de Pocari Sweat, une boisson énergétique très populaire.

Les médias d’Etat chinois, relayés par des réseaux sociaux étroitement contrôlés, ont multiplié les appels à boycotter des entreprises soupçonnées de soutenir les manifestants pro-démocratie qui envahissent quotidiennement les rues de Hong Kong. Parmi les cibles privilégiées de cette campagne orchestrée par Pékin figurent la compagnie aérienne hongkongaise Cathay Pacific, une maison de thé taïwanaise et le fabricant japonais de Pocari Sweat, une boisson énergétique très populaire. « Les quatre péchés de Cathay Pacific Airlines », titrait la semaine dernière le Quotidien du peuple, l’organe de presse du Parti communiste au pouvoir, en énumérant des actions des personnels du groupe considérées comme favorables au mouvement de contestation.

Hong Kong connaît sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession à Pékin par Londres en 1997, avec une vague de manifestations parfois violentes en cours depuis deux mois. Après avoir obtenu la suspension d’un projet décrié d’extraditions vers la Chine, les manifestants ont élargi leurs revendications, réclamant désormais davantage de démocratie et d’autonomie vis-à-vis de Pékin. Faisant écho aux critiques du pouvoir pékinois, les médias d’Etat chinois ne cessent de dénoncer des manifestations « radicales » organisées par des « criminels violents ». Les réseaux sociaux chinois, contrôlés par la « Grande muraille informatique » érigée par les censeurs du régime, ont pris le relais. Le site de microblogs chinois Weibo diffuse ainsi la campagne #BoycottCathayPacific (boycottez Cathay Pacific), qui a généré plus de 17 millions de vues et 8.000 commentaires.

« Liberté de pensée »

Une partie des personnels de Cathay Pacific s’est jointe au mouvement de contestation et selon les médias locaux, un de ses pilotes a été inculpé pour participation à des émeutes. Le syndicat des personnels de bord de Cathay Pacific a apporté son soutien aux manifestants : « ces 50 derniers jours, le gouvernement a ignoré les revendications du peuple et a eu recours aux forces de police pour tenter d’étouffer des voix, poussant de nombreux Hongkongais au désespoir », a-t-il protesté sur sa page Facebook. La réaction du pouvoir de Pékin ne s’est pas fait attendre.

« Cathay Pacific Airlines a figuré à plusieurs reprises dans les troubles à Hong Kong, jouant un rôle honteux », s’est insurgée la Ligue de la jeunesse communiste sur son réseau social. Et la direction générale de l'aviation civile chinoise a exigé vendredi que la compagnie empêche que les personnels soutenant le mouvement pro-démocratie soient affectés à des vols reliant la Chine continentale ou traversant son espace aérien. Le président de Cathay Pacific John Slosar a pris mercredi la défense des employés du groupe, mettant en avant leur liberté de pensée. « Nous employons 27.000 personnes à Hong Kong (…) nous n’imaginons évidemment pas leur dire ce qu’ils ont à penser sur certains sujets », a-t-il dit devant la presse.

Haro sur le bubble tea

Autre entreprise dans la ligne de mire de Pékin, Yifang, la franchise taïwanaise de « bubble tea » (mélange de thé froid ou chaud parfumé de perles de tapioca). Un de ses magasins à Hong Kong aurait exhibé une pancarte encourageant les manifestants pro-démocratie, avant d’être vandalisé, selon la presse locale. Une campagne appelant au boycott de cette marque, #bubbleteaboycott, a enregistré 230 millions de vues sur Weibo, a rapporté le Global Times, un quotidien anglophone considéré comme proche du pouvoir chinois.

« Je n’achèterai pas de bubble tea, même si je devais mourir de soif », s’est emporté un des utilisateurs de Weibo. Le fabricant japonais de la boisson Pocari Sweat, Otsuka, s’est également retrouvé mêlé au mouvement de contestation. Des manifestants pro-démocratie ont salué la décision du groupe de retirer une de ses publicités de la station de télévision hongkongaise TVB, à laquelle les protestataires reprochent une couverture favorable à Pékin. Face à des appels au boycott, la filiale de l’entreprise en Chine continentale s’est fendue d’un communiqué assurant qu’elle fonctionnait de manière séparée de sa branche à Hong Kong, en vertu du principe « un pays, deux systèmes ».