A gauche, l'actuel président du Kirghizstan , Sooronbai Jeenbekov. A droite, son prédécesseur, inculpé pour corruption, Almazbek Atambaïev, le 24 novembre 2017.
A gauche, l'actuel président du Kirghizstan , Sooronbai Jeenbekov. A droite, son prédécesseur, inculpé pour corruption, Almazbek Atambaïev, le 24 novembre 2017. — Vyacheslav Oseledko/AP/SIPA

ASIE CENTRALE

Kirghizistan: Un membre des forces spéciales tué lors de l'opération pour interpeller l'ex-président Atambaïev

L’ancien président Almazbek Atambaïev a été inculpé pour corruption

Les forces spéciales kirghizes ont lancé ce mercredi une opération pour interpeller l’ex-président Almazbek Atambaïev, inculpé pour corruption et en conflit avec son successeur, au risque d’aggraver la crise politique et de provoquer des troubles dans ce pays d’Asie centrale. Un membre des forces spéciales a été tué lors de l’assaut, selon le ministère de la Santé.

Alors qu’un premier assaut de la résidence de l’ancien chef de l’Etat, où se sont réunis plus d’un millier de ses partisans, semble avoir échoué dans la soirée, le ministère de l’Intérieur a annoncé avoir envoyé des renforts sur place. Le président actuel Sooronbaï Jeenbekov, rival de M. Atambaïev, a pour sa part écourté ses vacances pour revenir à Bichkek, la capitale, où il prévoit de réunir son Conseil de sécurité jeudi.

35 blessés à « divers degrés »

Un membre des forces spéciales a été tué par une balle ayant perforé son gilet pare-balles, tandis qu’au moins 35 autres personnes, dont 14 membres des forces de l’ordre, ont été blessées à « divers degrés », selon le ministère de la Santé.

Des photos diffusées par les médias locaux ont montré des hommes masqués en uniforme et armés devant la résidence d’Almazbek Atambaïev près de la capitale, Bichkek, ainsi que des personnes blessées à terre ou portées par d’autres.

Dix blessés selon l’entourage de l’ex-président

Une vidéo diffusée par Radio Free Europe montre l’ex-président en jean et chemise devant sa résidence en compagnie d’un groupe de personnes avant qu’un mouvement de panique ne disperse le groupe, tandis que des tirs nourris étaient audibles pendant plusieurs minutes.

« Les forces spéciales ont attaqué les partisans d’Atambaïev lorsque celui-ci est sorti pour les saluer. Tout le monde a été passé à tabac et il y a eu des tirs. Environ dix personnes sont blessées », a affirmé à l’AFP Gouliza Tchodoubaïeva, porte-parole de l’ex-président.

Abandon de l’assaut

Confirmant l’opération, les forces spéciales ont assuré n’utiliser « que des balles en caoutchouc, tandis que » des tirs à balles réelles proviennent de la résidence » de M. Atambaïev, a déclaré un porte-parole dans un communiqué.

Selon un témoin contacté par l’AFP, Mirbek Aïtikeïev, un premier assaut de la résidence de Almazbek Atambaïev par les forces spéciales a échoué et près d’un millier de partisans de l’ex-président rassemblés sur place se préparent à une deuxième vague. Les forces spéciales ont diffusé en fin de soirée un communiqué dans lequel elles nient avoir abandonné l’assaut.

L’ancien président refuse son arrestation

Almazbek Atambaïev, président de 2011 jusqu’en novembre 2017, a été inculpé fin juin dernier pour corruption. Son immunité en tant qu’ex-président avait été levée dans la foulée par les députés.​

L’ancien chef de l’Etat est entre autres soupçonné d'« acquisition illégale de terres » et d’avoir fait libérer un membre d’un clan mafieux, accusations qu’il dénonce comme une manœuvre politique du nouveau chef de l’Etat, son ancien poulain, et désormais rival, Sooronbaï Jeenbekov​.

Jugeant les accusations « absurdes », Almazbek Atambaïev avait annoncé son intention de ne pas se laisser faire, disant être prêt à « rester debout jusqu’à la fin » et à s’opposer à une arrestation.

Des partisans qui menacent de manifester

Ses partisans ont pour leur part menacé début juillet d’organiser des « manifestations massives » d’ici deux mois si le gouvernement n’est pas limogé et le Parlement dissous.

Une arrestation de l’ex-président pourrait provoquer de graves troubles dans cette ex-république soviétique d’Asie centrale, secouée par deux révolutions en 2005 et 2010 et victime de fréquentes tensions ethniques.

Almazbek Atambaïev s’était rendu en juin en Russie, pays allié du Kirghizistan, pour un entretien avec Vladimir Poutine. Le président russe s’était alors inquiété de possibles troubles, prônant la « stabilité politique » dans un pays théâtre de crises récurrentes.