Etats-Unis: Les services de sécurité américains mal armés face aux violences d'extrême droite

TERRORISME Selon le centre de réflexion New America, le nombre de personnes tuées par des membres de la droite radicale depuis 2001 a dépassé celui des morts causés par des attaques djihadistes, à 109 contre 104

20 Minutes avec AFP
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Un rassemblement à Washington, aux Etats-Unis, après la fusillade d'El Paso, le 6 août 2019.
Un rassemblement à Washington, aux Etats-Unis, après la fusillade d'El Paso, le 6 août 2019. — Alejandro Alvarez/Sipa USA/SIPA

Selon le centre de réflexion New America, le nombre de personnes tuées par des membres de la droite radicale depuis les attaques contre le World Trade Center de 2001 a dépassé celui des morts causés par des attaques djihadistes, à 109 contre 104. Et les services de sécurité américains seraient aujourd'hui mal armés pour lutter contre le retour de ces violences d’extrême droite, généralement menées par des loups solitaires qui agissent en dehors de toute structure.

Le directeur adjoint de la police fédérale, Michael McGarrity, a effectivement expliqué au Congrès qu’il était très difficile de détecter les individus qui se radicalisent en ligne. « La menace d’extrémistes racistes et violents que l’on voit aujourd’hui est extrêmement décentralisée et émane principalement de loups solitaires », a-t-il déclaré lors d’une audition en mai.

Les forces de l’ordre réclament de nouvelles lois contre « le terrorisme intérieur »

Pour preuve, un jeune homme blanc, auteur d’un manifeste anti-immigrés, a ouvert le feu samedi dans un hypermarché de la ville texane d’El Paso à la frontière mexicaine, faisant 22 morts, en grande majorité hispaniques. En novembre, un partisan des thèses de la suprématie blanche avait lui tué 11 fidèles dans une synagogue de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Aucun des deux n’avait attiré l’attention avant de passer à l’acte.

L’importance accordée aux Etats-Unis à la liberté d’expression, qui autorise tous les discours même les plus extrémistes, complique aussi la tâche des forces de l’ordre qui réclament de nouvelles lois contre « le terrorisme intérieur » comme il y en avait eu après les attentats du 11 septembre 2001.

850 dossiers de « terrorisme intérieur » suivis par le FBI

Avant de commettre leur carnage, les tireurs d’El Paso et Pittsburgh avaient exprimé leurs idées sur des forums de discussions comme 8chan, réceptacles des thèses extrémistes en tout genre. Mais la police fédérale ne pénètre pas dans ces enceintes, « parce qu’elle ne peut pas » le faire, a déclaré récemment un ancien responsable du FBI, Frank Figliuzzi sur la chaîne MSNCB. La Constitution garantit la liberté d’expression et le FBI ne peut ouvrir une enquête qu’en cas de violences, de menaces d’usage de la violence ou de violation d’une loi fédérale. Concrètement, un Américain peut être poursuivi s’il discute sur un forum de l’organisation de l'état islamique (EI), mais pas s’il échange avec un groupuscule néonazi situé aux Etats-Unis.

Malgré ces contraintes, le FBI enquête actuellement sur 850 dossiers de « terrorisme intérieur », dont 40 % impliquent des extrémistes racistes et violents. Au cours des neuf derniers mois, il y a eu 90 arrestations pour « terrorisme intérieur », mais la plupart des inculpations ne relèvent pas du « terrorisme » car il n’existe pas de lois spécifiques prévoyant ce type de poursuites.

Le FBI plaide pour une nouvelle loi fédérale

« Les violences qui ont pour but d’intimider des populations civiles ou d’influer sur les politiques gouvernementales devraient être poursuivies comme du terrorisme intérieur, quelle que soit l’idéologie qui les motive », a déclaré mardi l’Association des agents du FBI qui plaide pour un changement législatif. Une loi fédérale « doterait les agents du FBI et les procureurs de meilleurs outils pour lutter contre le terrorisme intérieur », ont-ils ajouté.

Mais les critiques du président Donald Trump l’accusent de traîner des pieds dans ce dossier. Selon eux, il ne souhaite pas affronter l’extrême droite car il surfe lui-même sur certaines de leurs idées. Et l’ancien directeur du Centre national de l’antiterrorisme, Nick Rasmussen de déclarer sur MSNBC : « Si le président ne se saisit pas du problème, il est difficile d’imaginer que nous parvenions à enregistrer des progrès. »