Irak: Une violoniste cheveux au vent lors d'une cérémonie fait polémique

SOCIETE L’ancien Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a réclamé « une enquête urgente » sur « une violation choquante de la sainteté de Kerbala », la ville où avait lieu le match

20 Minutes avec agences

— 

La violoniste a joué la tête et les bras découverts au milieu du stade de Kerbala, en Irak (illustration).
La violoniste a joué la tête et les bras découverts au milieu du stade de Kerbala, en Irak (illustration). — Pixabay / niekverlaan

Joëlle Saade, une violoniste libanaise, a déclenché la polémique en jouant ce mardi l’hymne national irakien la tête et les bras découverts sur la pelouse du stade de Kerbala, une ville sainte chiite du sud de l'Irak.

L’organe étatique en charge des biens religieux chiites (Waqf) a annoncé ce jeudi avoir « porté plainte contre la Fédération irakienne de football », tandis que politiciens et internautes s’opposaient violemment au sujet de cette prestation. La musicienne était accompagnée de trois danseuses, vêtues de leur côté de longues robes couvrant tout leur corps.

L'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki a réclamé « une enquête urgente » sur « une violation choquante de la sainteté de Kerbala », située à 100 km au sud de Bagdad.

Des arrêtés préfectoraux contre l'« indécence »

Pour ouvrir le match Liban-Irak qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de supporters, le ministère de la Jeunesse et des Sports avait demandé à une entreprise libanaise spécialisée dans l’événementiel d’organiser une introduction musicale. A Kerbala, les femmes sont quasiment toutes voilées et plusieurs arrêtés préfectoraux contre l'« indécence » ont déjà été pris.

Le gouverneur Nassif al-Khattabi a ainsi publié un communiqué dénonçant une « erreur ». Il affirme avoir reçu « des critiques sur certains passages de la cérémonie d’ouverture » et en avoir référé au ministère de la Jeunesse et des Sports et à la Fédération irakienne de football.

Cette dernière a assuré à l’AFP n’avoir aucun lien avec l’organisation de cet interlude musical dans la ville où des chiites du monde entier viennent se recueillir par millions au mausolée de l’imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet.

« Merci d’avoir fait trembler les islamistes et les hypocrites »

Sur Twitter, les avis étaient partagés. Un internaute disait « avoir honte face à l’imam Hussein pour ce qui est arrivé au stade de Kerbala », tandis qu’une autre remerciait la musicienne : « merci d’avoir fait trembler les islamistes et les hypocrites ».

« Des années de corruption en Irak et la plupart des religieux sont silencieux. Trois femmes qui dansent au stade de Kerbala et ils se couvrent la tête de honte », renchérissait un autre, alors que des montages photo recouvraient l’artiste d’un niqab, ce long voile imposé un temps en Irak par le groupe djihadiste Etat islamique (EI).

Depuis 1990 et la guerre du Golfe, la Fifa interdisait à l’Irak d’organiser des compétitions internationales sur son sol. Elle a levé cette interdiction il y a un an et Kerbala accueille actuellement, avec Erbil, des matchs de la Coupe d’Asie de l’Ouest.

Cette compétition regroupe les équipes de Palestine, du Yémen, du Liban, de la Syrie, de l’Arabie saoudite, de la Jordanie, de Bahreïn et du Koweït.