Du glyphosate pulvérisé sur le blé au Canada? La pratique est légale, mais controversée

FAKE OFF La pratique, dont l’ampleur est difficile à évaluer, est autorisée. L’herbicide est pulvérisé au moins sept jours avant la récolte, pour éliminer les « mauvaises herbes » présentes dans les champs

Mathilde Cousin

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Un champ de blé dans l'Alberta, au Canada.
Un champ de blé dans l'Alberta, au Canada. — Global Warming Images //REX/SIPA
  • Du blé pulvérisé avec du glyphosate avant la récolte ? La méthode se pratique au Canada.
  • Le but : éliminer les « mauvaises herbes ». Le blé, qui est également touché, va ainsi être récoltable plus rapidement.
  • D’après une étude menée par l’Agence canadienne d’inspection des aliments et révélée par Radio-Canada, des traces de glyphosate ont été relevées dans 80 % des échantillons de blé analysés.

Du glyphosate pulvérisé sur le blé  canadien ? La pratique a été récemment mise en lumière par un article de 60 millions de consommateurs. Le magazine explique que le pays « autorise la pulvérisation de glyphosate sur le blé cinq jours avant récolte : il meurt comme les mauvaises herbes, donc plus besoin de le faucher et d’attendre qu’il sèche… »

L’article, qui date de mai, a été de nouveau mis en lumière cette semaine sur les réseaux sociaux. Des internautes l’ont partagé, en pointant du doigt la marque Panzani. 60 millions de consommateurs indiquait dans cet article que la marque « achète son blé dur au Canada ».

Panzani a démenti ces informations, en expliquant ne pas acheter de blé dur dans ce pays. « Nous nous sommes engagés pour créer la filière Blé Responsable Français, qui assure 95 % d’approvisionnement en blé français en 2019 et vise à atteindre 0 résidu de pesticides d’ici à 2025 (les 5 % restant provenant d’autres pays de l’UE) », précise le fabricant de pâtes. En 2014, Xavier Riescher, directeur général France de la marque, expliquait que Panzani « s’approvisionne majoritairement en France, en Espagne et au Canada. » Les zones d’approvisionnement avant la mise en place de la filière française « dépendaient des années et des récoltes », détaille Xavier Riescher auprès de 20 Minutes. « Sur les deux dernières années, nous n’avons pas acheté de blé canadien », ajoute-t-il.

FAKE OFF

La pulvérisation de glyphosate sur le blé est une pratique légale au Canada. Il est difficile, toutefois, d’évaluer l’ampleur de cette pratique. Une représentante du gouvernement du Saskatchewan, la principale province productrice de blé, explique à 20 Minutes ne pas conserver de statistiques sur le pourcentage de blé traité avec cet herbicide. Selon Radio-Canada, jusqu’à 70 % du blé de cette province est traité avant la récolte, selon les années. Au Québec, environ un quart des champs avait des traces de passage pré-récolte l’an dernier, a constaté André Comeau, un généticien, ancien du ministère de l’Agriculture du Canada, dont les travaux portent sur la création de blés qui n’ont besoin d’aucun pesticide.

L’année dernière, le Saskatchewan a exporté 3 % de son blé dans l’Union européenne, soit un peu plus de 310.000 tonnes, et seulement 0.00029 %, soit 29 tonnes, en France. Quant au blé dur, aucune tonne n’a été exportée en France en 2018.

Eviter d’obstruer la moissonneuse

Pourquoi utiliser du glyphosate sur le blé avant la récolte ? « Le glyphosate en pré-récolte peut fournir des bénéfices pour la récolte en éliminant toute matière verte à graines qui reste dans le champ, détaille la représentante du Saskatchewan. Autrement, la matière pourrait obstruer la moissonneuse. » Autrement dit, le but est d’éliminer les « mauvaises herbes », pour éviter que celles-ci ne gênent la récolte. Les organisations de céréaliers recommandent de procéder à la récolte au plus tôt sept jours après l’application.

Ces organisations préconisent de pulvériser le produit sur un blé déjà mûr : le glyphosate ne doit pas servir de desséchant qui accélérerait la récolte. Les céréaliers détaillent même la marche à suivre dans une campagne de communication. Le but ? Sensibiliser les agriculteurs aux demandes des différents marchés. Un enjeu vital :  85 % du blé canadien est exporté. Toutefois, le blé traité au glyphosate ne peut pas être exporté partout. Récemment, les Italiens se sont en grande partie détournés du blé canadien.

Des traces de glyphosate relevées dans des échantillons de blé

L’autre avantage de ce traitement en pré-récolte, c’est de « rendre les dates de récolte plus flexibles et de ne pas obliger les producteurs à revenir une semaine après pour terminer les zones à maturité tardive », souligne André Comeau, qui s’oppose à cette pratique. Il met en avant un « paradoxe » : « les blés OGM sont toujours aussi mauvais, mais bien des espèces de grains sont pires ». En effet, certains blés OGM sont résistants au glyphosate, au contraire des blés non-OGM.

D’après une étude menée par l’Agence canadienne d’inspection des aliments et révélée par Radio-Canada, des traces de glyphosate ont été relevées dans 80 % des échantillons de blé analysés. « Aucun échantillon ne dépassait les limites permises », détaillent nos confrères.

En France, cette application avant la récolte est « rarement pratiquée », développe la Coordination rurale, un syndicat agricole. Un rapport de l’Inra, qui analyse les pratiques de fermes engagées dans une démarche de réduction de l’usage des pesticides, souligne également que la pratique est peu répandue.

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