Russie: Plus de 1.000 personnes arrêtées pendant une manifestation de l'opposition à Moscou

REPRESSION Ils étaient mobilisés pour la seconde semaine consécutive afin de réclamer des élections libres

C.C. avec AFP
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Un manifestant arrêté le 27 juillet 2019 lors d'une mobilisation de l'opposition russe à Moscou
Un manifestant arrêté le 27 juillet 2019 lors d'une mobilisation de l'opposition russe à Moscou — AP Photo/ Pavel Golovkin
  • Au cours d'une manifestation non autorisée à Moscou, « 1.074 personnes ont été arrêtées pour des infractions diverses », selon la police russe.
  • Quelque 3.500 personnes, parmi lesquelles environ 700 journalistes professionnels et blogueurs, étaient présentes durant l'acte de l'opposition.
  • L'opposition dénonce le rejet des candidatures indépendantes pour les élections locales du 8 septembre.

Plus de mille de personnes ont été arrêtées ce samedi à Moscou pendant une manifestation de l'opposition pour réclamer des élections libres, a annoncé la police.

Au total, « 1.074 personnes ont été arrêtées pour des infractions diverses au cours d'une manifestation non autorisée dans le centre de la capitale », a déclaré la police de Moscou, citée par les agences de presse russes.

Selon les chiffres officiels de la police de Moscou, quelque 3.500 personnes, parmi lesquelles environ 700 journalistes professionnels et blogueurs, étaient présentes samedi à la manifestation. L'ONG OVD-Info, spécialisée dans le suivi des manifestations, a également dit avoir recensé vers 19h GMT plus de mille arrestations.

Des arrestations en masse

Moins d'une semaine après un rassemblement sans précédent depuis le mouvement de contestation qui avait accompagné le retour de Vladimir Poutine au Kremlin en 2012, les forces de l'ordre n'ont cette fois laissé aucune chance aux protestataires de participer à cette nouvelle manifestation, non autorisée, devant la mairie de la capitale russe.

Mobilisées en grand nombre, elles ont arrêté en masse les manifestants qui affluaient dans l'après-midi sur la principale artère de Moscou, la rue Tverskaïa, criant « Honte ! » ou « Nous voulons des élections libres ! », et les ont repoussés manu militari vers les ruelles alentour.

Plusieurs arrestations violentes

L'opposition dénonce le rejet des candidatures indépendantes pour les élections locales du 8 septembre, qui s'annoncent difficiles pour les candidats soutenant le pouvoir dans un contexte de grogne sociale.

Avec des interpellations, des interrogatoires et des perquisitions qui ont visé toute la semaine les figures de l'opposition russe, les autorités avaient clairement montré qu'elles répondraient fermement à la montée de la contestation. Plusieurs arrestations ont été violentes, de nombreux manifestants ayant notamment été blessés à la tête, selon des journalistes de l'AFP.

Plusieurs figures de l’opposition arrêtées en amont

« Les autorités ont complètement perdu la raison : elles se comportent de manière presque sadique », a estimé sur Twitter l'opposant Ilia Iachine qui a annoncé une « nouvelle manifestation d'ampleur » à Moscou pour le 3 août. « Nous manifestions pacifiquement, nous n'avions pas d'armes (...). Nous ne leur avons donné aucun prétexte à des arrestations aussi violentes », témoignait Anastassia Zabalioueva, 27 ans, qui enseigne le français et l'anglais.

Avant même le rassemblement, plusieurs figures de l'opposition, parmi lesquelles Ilia Iachine, ainsi que Lioubov Sobol et Dmitri Goudkov, avaient été arrêtées ce samedi matin. Tous trois ont été relâchés plus tard dans la journée. Ilia Iachine et Dmitri Goudkov devront comparaître devant un tribunal fin juillet, tandis que Lioubov Sobol s'est vu infliger une amende de 30.000 roubles (426 euros). Elle a cependant été de nouveau arrêtée dans la soirée, pendant le rassemblement sur la place Troubnaïa.

Des permanences d’opposants perquisitionnées

Les domiciles et les permanences de plusieurs candidats exclus avaient été perquisitionnés par avance et, mercredi, l'opposant numéro un au Kremlin Alexeï Navalny avait été renvoyé en prison pour 30 jours pour des infractions aux « règles des manifestations ».

Ces procédures font suite à l'ouverture d'une enquête pour « entrave au travail de la Commission électorale » de Moscou au cours de manifestations mi-juillet. Elles peuvent aboutir à des peines atteignant cinq ans de prison, rappelant les importantes condamnations prononcées au moment du mouvement de 2011-2012 contre le retour à la présidence de Vladimir Poutine.

Dénonciation d’Amnesty International

L'ONG Amnesty International a dénoncé ce samedi soir un « recours à la force excessif » de la police russe, appelant à une « libération immédiate des protestataires pacifiques ».

En amont du rassemblement de ce samedi, la police de Moscou a diffusé une mise en garde aux citoyens et, fait inédit, proposé aux journalistes couvrant l'événement de transmettre leur identité. Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, un proche de Vladimir Poutine, a averti que se préparaient de « sérieuses provocations ».