Naufrage en Libye: Les corps de 62 migrants repêchés au large de Khoms

MEDITERRANEE Une centaine de personnes ont été secourues, mais le bilan total du nombre de disparus reste incertain

20 Minutes avec AFP

— 

Des membres du Croissant Rouge Libyen près du corps d'un migrant ayant péri dans un naufrage, le 26 juillet 2019 près de Khoms, en Libye
Des membres du Croissant Rouge Libyen près du corps d'un migrant ayant péri dans un naufrage, le 26 juillet 2019 près de Khoms, en Libye — Hazem Ahmed/AP/SIPA
  • Au moins une centaine de migrants sont portés disparus depuis jeudi après le naufrage de leur embarcation au large de la Libye. 62 corps ont été repêchés ce vendredi.
  • Le bilan diverge selon les sources : une centaine de victimes ont été secourues, mais 250 personnes se trouvaient à bord, selon la marine libyenne, mais près de 400 pour MSF.
  • Les migrants qui ont été secourus sont des Erythréens pour la plupart, mais il y a également des Palestiniens et des Soudanais.

Les corps de 62 migrants ont été repêchés ce vendredi en Libyeaprès le naufrage la veille de leur embarcation au large de la ville de Khoms, « pire » tragédie en mer Méditerranée cette année, selon l’ONU.

Le nombre de migrants présents à bord de l’embarcation ayant coulé dans la nuit de mercredi à jeudi demeure incertain, les chiffres fluctuant selon les sources. Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), quelque 145 personnes ont été secourues, tandis que 110 restent portées disparues au large de la Libye, pays plongé depuis 2011 dans le chaos avec des luttes de pouvoir et des milices qui font la loi. De son côté, la marine libyenne évoque 134 rescapés et 115 disparus. L’ONG Médecins sans Frontières (MSF) en Libye estime pour sa part que près de 400 personnes se trouvaient à bord du bateau.

« Nous allons poursuivre les opérations pour récupérer les corps rejetés par la mer cette nuit et demain », a déclaré Abdel Moneim Abou Sbeih, un responsable du Croissant Rouge libyen, confirmant qu’il n’était pas possible de donner un chiffre total des victimes du naufrage.

Difficulté à enterrer les corps

Les autorités de Khoms, ville située à 120 km à l’ouest de Tripoli et d’où est partie l’embarcation, font face à des difficultés pour enterrer les corps récupérés, a confié une source dans la municipalité de cette ville. Outre les « problèmes concernant les procédures juridiques », elles peinent à « trouver un endroit pour l’enterrement des victimes » de ce nouveau drame, qualifié par l’ONU de « pire » tragédie en mer Méditerranée cette année.

« Nous avons besoin de routes sûres et légales pour les migrants et les réfugiés. Tout migrant cherchant une vie meilleure mérite sécurité et dignité », a appelé sur Twitter le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, se disant « horrifié ».

Le naufrage est un « terrible rappel » des risques pris par les migrants voulant quitter la Libye pour l’Europe, a affirmé vendredi la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini. « Chaque vie perdue est une de trop », a-t-elle insisté.

426 morts depuis le début de l’année avant ce naufrage

Avant ce naufrage, le Haut-Commissariat aux réfugiés et l’OIM avaient fait état d’au moins 426 personnes mortes depuis le début de l’année en tentant de traverser la Méditerranée, devenue la voie maritime la plus meurtrière au monde.

D’après le porte-parole de la marine libyenne, le général Ayoub Kacem, l’embarcation était « en bois » et « a fait naufrage à moins de cinq milles marins de la côte, selon les témoignages de rescapés ». Les migrants secourus sont pour la plupart des Erythréens, mais il y a parmi eux des Palestiniens et des Soudanais aussi, a-t-il dit dans un communiqué.

Naufrage moins de deux heures après le départ

Non loin de Khoms, une trentaine de personnes sauvées des eaux attendent en silence, sous un abri ouvert aux quatre vents au sol bétonné. Pour la majorité Erythréens, ils ont raconté le déroulé du drame.

Moins de deux heures après leur départ mercredi soir, l’embarcation s’est remplie d’eau et le moteur s’est arrêté. « Nous sommes restés dans l’eau six à sept heures », a confié l’un des survivants, disant avoir vu près de 200 personnes périr, « des hommes, des femmes et des enfants ».

Dernière étape d’un « voyage horrible »

« Un homme originaire du Soudan nous a dit avoir vu sa femme et ses enfants se noyer. Il était totalement désorienté et restait assis là, en état de choc », raconte de son côté Anne-Cecilia Kjaer, infirmière pour MSF, qui s’est rendue auprès des survivants du naufrage. « Beaucoup d’enfants ne savaient pas nager et même ceux qui savaient ont succombé à l’épuisement », dit-elle.

Ce naufrage a été pour les victimes la dernière étape d’un « voyage horrible » : avant de prendre la mer, « ils ont traversé le désert, ils ont été capturés par des trafiquants », a rappelé l’infirmière. Selon des chiffres de l’OIM, au moins 5.200 personnes sont actuellement dans des centres de détention en Libye.