Libye: Au moins une centaine de migrants portés disparus après le naufrage de leur embarcation

MEDITERRANEE Une centaine de rescapés ont été secourus

C.C. avec AFP

— 

Illustration de migrants sécourus dans le Méditerranée. Un naufrage au large de la Libye a fait au moins une centaine de disparus le 25 juillet 2019.
Illustration de migrants sécourus dans le Méditerranée. Un naufrage au large de la Libye a fait au moins une centaine de disparus le 25 juillet 2019. — Darko Bandic/AP/SIPA
  • Au moins une centaine de migrants sont portés disparus après le naufrage de leur embarcation au large de la Libye.
  • Le bilan diverge selon les sources : une centaine de victimes ont déjà été secourues, mais 250 personnes se trouvaient à bord, selon la marine libyenne, près de 400, selon MSF.
  • Les migrants qui ont été secourus sont des Erythréens pour la plupart, mais il y a également des Palestiniens et des Soudanais.

Plus de 100 migrants sont portés disparus après le naufrage ce jeudi de leur bateau au large de la Libye, un nouveau drame qualifié par l’ONU de la « pire » tragédie en mer Méditerranée cette année. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), une centaine d’autres migrants à bord du bateau qui a coulé au large de la ville libyenne de Khoms (ouest), ont été secourus. Ils doivent être placés, d’après la marine libyenne, dans des centres de détention dont les conditions sont souvent dénoncées par les ONG.

L’OIM et la marine libyenne ont fourni des chiffres différents sur le nombre de migrants disparus et secourus par les gardes-côtes libyens. Safa Msehli, chargée de la communication au bureau de l’OIM en Libye, a déclaré que 145 migrants avaient été secourus et ramenés vers Khoms, à 120 km à l’est de la capitale libyenne Tripoli. Certains survivants ont raconté que leur bateau avait coulé et qu’il y avait encore à bord quelque 150 migrants, a-t-elle ajouté.

Le général Ayoub Kacem, porte-parole de la marine libyenne, a lui affirmé que « 134 migrants ont été secourus et un corps repêché, alors que 115 migrants sont portés disparus ». « Une embarcation en bois transportant environ 250 migrants clandestins, dont des femmes et des enfants, […] a fait naufrage à moins de cinq milles marins de la côte selon les témoignages de rescapés », a-t-il précisé dans un communiqué.

400 personnes à bord, selon MSF

L’équipe de Médecins sans frontières en Libye, qui a prodigué des soins à 135 migrants rescapés du naufrage, estime, selon les récits recueillis auprès des survivants, que près de 400 personnes se trouvaient à bord. « Manifestement il y a encore des gens en mer », a indiqué Julien Raickman, chef de mission MSF pour la Libye basé à Tunis.

Selon lui, les naufragés « sont partis hier [mercredi] vers 19h, au coucher du soleil, possiblement à bord de trois bateaux arrimés les uns aux autres, ce qui expliquerait leur désintégration, d’après le récit des témoins et des survivants ». « Un bateau faisait la navette pour remplir deux embarcations avec 300 personnes et, au dernier voyage, celui qui faisait la navette en a embarqué une centaine à son tour, soit 400 passagers au total » insiste-t-il.

« Un homme a vu disparaître toute sa famille »

« Les gens étaient extrêmement choqués, un homme tiré de l’eau alors qu’il se noyait a vu disparaître toute sa famille », rapporte Julien Raickman, qui s’inquiète du faible nombre d’enfants secourus : « Apparemment, beaucoup ont disparu. » « Il y avait 400 personnes à sauver en mer, dont moins d’un tiers a été secouru », martèle-t-il.

Les migrants secourus, des Erythréens pour la plupart, mais également des Palestiniens et des Soudanais, « se trouvent toujours au poste des garde-côtes » de Khoms et « n’ont pu être remis à des centres d’hébergement », selon Ayoub Kacem. « Nous attendons du ministère de l’Intérieur, et précisément de l’Organe de lutte contre l’immigration clandestine, qu’ils les prennent en charge. »

« La pire tragédie en Méditerranée cette année »

« La pire tragédie en Méditerranée cette année vient de se produire », a déploré le haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés (HCR), Filippo Grandi, sur Twitter. « La reprise des opérations de sauvetage en mer, la fin de la détention des réfugiés et des migrants en Libye, la multiplication des voies de sortie sûres hors de la Libye sont nécessaires maintenant », a-t-il dit.

Généralement, les migrants secourus en mer et ramenés en Libye sont d’abord accueillis par le Croissant rouge libyen, les personnels de l’OIM et d’organisations locales qui leur offrent soins et nourriture. Ensuite, ils sont placés dans des centres de détention.

Ces derniers mois, des ONG ont dénoncé les conditions de détention des migrants, conséquence selon elles de la politique migratoire des pays européens conclue avec les autorités libyennes. Selon des chiffres de l’OIM, au moins 5.200 personnes sont actuellement dans des centres de détention en Libye.