Enquête russe: Le procureur Mueller redit qu'il n'a pas totalement blanchi Trump

JUSTICE Le procureur spécial Robert Mueller en charge de l'enquête russe était entendu ce mercredi devant le Congrès américain sur les interférences présumées dans la présidentielle américaine de 2016

20 Minutes avec AFP

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Donald Trump à Washington, le 9 juillet 2019.
Donald Trump à Washington, le 9 juillet 2019. — Michael Brochstein/Sipa USA/SIPA

Le procureur spécial Robert Mueller en charge de l'enquête russe a déclaré ce mercredi au Congrès que son rapport n'avait pas totalement exonéré Donald Trump, notamment des soupçons d'entrave à la justice, contrairement aux affirmations du président américain.

Juste avant son témoignage très attendu, Donald Trump avait encore assuré avoir été totalement exonéré par l'ancien chef de la police fédérale (FBI). «PAS DE COLLUSION, PAS D'OBSTRUCTION», avait-il tweeté.

«Les conclusions indiquent que le président n'a pas été disculpé des actes qu'il était accusé d'avoir commis»

Est-ce votre conclusion?, a demandé l'opposition démocrate dès le début de l'audition de Robert Mueller devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants. «Non», a répondu, laconique, le procureur spécial.

«Les conclusions indiquent que le président n'a pas été disculpé des actes qu'il était accusé d'avoir commis», a-t-il déclaré, visiblement mal à l'aise dans cet exercice périlleux. Robert Mueller, qui aurait voulu éviter ce témoignage, s'est exprimé d'une voix légèrement tremblante, faisant répéter plusieurs questions et demandant des conseils à un collaborateur.

D'emblée, il a prévenu qu'il ne répondrait pas à toutes les questions. Avant l'audition, il avait fait savoir qu'il ne souhaitait pas aller au-delà du contenu de son rapport d'enquête remis en mars, dont les ambiguïtés ont laissé la porte ouverte à des interprétations divergentes.

Un président en exercice ne peut pas être inculpé pendant son mandat.

Dans ce pavé de plus de 400 pages, le procureur spécial décrit les efforts russes pour aider Donald Trump en 2016, mais ajoute ne pas avoir rassemblé de preuves d'une collusion entre Moscou et son équipe de campagne, malgré des contacts répétés.

Il détaille par ailleurs une série de pressions troublantes exercées ensuite par le locataire de la Maison Blanche sur son enquête et se dit, cette fois, incapable de le blanchir des soupçons d'entrave à la justice.

Mais le prudent Robert Mueller, 74 ans, ne se prononce pas sur les suites à donner sur ce point, se contentant de souligner qu'un président en exercice ne peut pas être inculpé pendant son mandat. Ce mercredi, il a dit qu'il n'irait pas plus loin: «Dans nos conclusions, nous avons décidé que nous ne nous dirions pas si le président avait commis un délit. C'était notre décision et ça le reste».

Un «jeu politique» pour Trump

Juste avant son audition, la Russie a une nouvelle fois démenti toute ingérence électorale aux Etats-Unis. «Evidemment, nous lirons, regarderons ce qui sera dit», a indiqué le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov.

A l'inverse, Donald Trump a affirmé qu'il ne suivrait pas l'audition de Robert Mueller, dénonçant «une perte de temps», un «jeu politique». Déjà tourné vers sa campagne de réélection, le milliardaire républicain souhaite tourner la page de cette enquête qui a empoisonné les deux premières années de son mandat.

Mais les démocrates estiment que le rapport d'enquête de Robert Mueller contient une «série de faits accablants pour le président Trump» et qu'il pourrait appuyer l'ouverture d'une procédure de destitution au Congrès.

Ils se divisent toutefois sur l'opportunité politique de lancer un «impeachment» (procédure de destitution) voué à l'échec compte-tenu de la majorité républicaine au Sénat, et susceptible d'occulter les débats de fond de la campagne présidentielle de 2020. En attendant, ils espèrent que le témoignage de Robert Mueller, retransmis en direct, marque les esprits des électeurs.