Pétrolier britannique arraisonné: Téhéran prévient Londres que l'Iran compte protéger le Golfe

DETROIT D'ORMUZ Le Royaume-Uni avait affirmé lundi vouloir monter une « mission de protection maritime dirigée par les Européens » dans la région

20 Minutes avec AFP

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Iran et Etats-Unis ont renforcé leur déploiement militaire dans la région du Golfe et du détroit d’Ormuz.
Iran et Etats-Unis ont renforcé leur déploiement militaire dans la région du Golfe et du détroit d’Ormuz. — /AP/SIPA
  • L’Iran a saisi vendredi le tanker britannique « Stena Impero », dont le propriétaire est suédois, pour « non-respect du code maritime international » dans le détroit d’Ormuz.
  • Lundi, le ministre britannique des Affaires étrangères a annoncé vouloir mettre en place « aussi vite que possible » une « mission de protection maritime dirigée par les Européens » dans la région du Golfe.
  • Les Etats-Unis ont de leur côté dit qu’ils pensaient avoir abattu un second drone iranien le 18 juillet au-dessus du détroit d’Ormuz.

Cadeau de bienvenue. Téhéran a adressé mardi un avertissement à Boris Johnson, tout juste désigné pour devenir le nouveau Premier ministre britannique, en affirmant que l’Iran comptait bien protéger le Golfe, en pleine crise des tankers entre la République islamique et le Royaume-Uni.

« Nous avons 1.500 miles (plus de 2.400 km) de côte sur le golfe Persique. Ce sont nos eaux et nous les protégerons », a écrit le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, sur Twitter.

Disant féliciter Boris Johnson pour son accession au 10, Downing Street, Javad Zarif rappelle la position de Téhéran selon laquelle les Iraniens sont « responsables de la sécurité et de la liberté de navigation dans le golfe Persique ».

Le site Internet du gouvernement avait cité plus tôt des propos similaires tenus par le président iranien Hassan Rohani lors d’une rencontre avec le Premier ministre irakien, Adel Abdel Mahdi.

Une nouvelle période de turbulences

Région stratégique pour l’approvisionnement mondial en pétrole, le Golfe traverse une nouvelle période de turbulences. Celles-ci sont liées à l’exacerbation des tensions entre Téhéran et Washington depuis le retrait unilatéral américain, en mai 2018, de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015.

Depuis mai, des sabotages et attaques de navires dans le Golfe – imputées par les Etats-Unis à Téhéran, qui dément – ainsi que la destruction d’un drone américain par l’Iran ont encore fait monter la pression.

Une nouvelle « réunion extraordinaire » le 28 juillet

Avec la saisie vendredi par l'Iran du Stena Impero, pétrolier suédois battant pavillon britannique, 15 jours après l’arraisonnement d’un navire-citerne iranien par les autorités britanniques au large de Gibraltar, la crise s’est compliquée.

Le Royaume-Uni est en effet un des trois Etats européens encore parties à l’accord de Vienne. Selon Téhéran, une nouvelle « réunion extraordinaire » pour tenter de sauver ce pacte aura lieu à Vienne le 28 juillet entre les Etats parties (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni, Russie et Iran). L’Union européenne, qui doit présider la réunion, a indiqué que celle-ci se tiendrait à la demande de Paris, Berlin, Londres et Téhéran.

Londres veut lancer une « mission de protection maritime » dans le Golfe

Lundi, le ministre britannique des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, a annoncé vouloir mettre en place « aussi vite que possible » une « mission de protection maritime dirigée par les Européens » dans la région du Golfe. Son homologue français, Jean-Yves Le Drian, a dit soutenir l’initiative et indiqué que Paris travaillait sur le projet en collaboration « avec les Britanniques et les Allemands ».

Dans un entretien publié mardi, le contre-amiral Hossein Khazandi, commandant de la Marine iranienne, affirme que l’Iran observe de près à l’aide de drones « tous les navires ennemis » dès lors qu’ils entrent dans le Golfe.

Rencontre Le Drian-Araghchi

En visite à Paris, le vice-ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, a rencontré Jean-Yves Le Drian et a également « pu remettre au Président de la République [Emmanuel Macron] un message de la part du président Rohani », a indiqué le ministère français des Affaires étrangères.

« Ces échanges se sont inscrits dans le cadre des efforts en cours pour éviter une augmentation supplémentaire des tensions », a ajouté le ministère dans une déclaration. « Nous attendons de l’Iran qu’il revienne rapidement en conformité avec ses engagements au titre de l’accord de Vienne et qu’il fasse les gestes nécessaires pour engager l’indispensable désescalade », poursuit le texte.

Un second drone abattu le 18 juillet ?

Les Etats-Unis ont de leur côté dit qu’ils pensaient avoir abattu un second drone iranien le 18 juillet au-dessus du détroit d'Ormuz. « Nous sommes sûrs d’avoir détruit un drone, il est possible que nous en ayons détruit un second », a indiqué le général Kenneth McKenzie, commandant des forces américaines au Moyen-Orient, dans un entretien à la chaîne CBS.

Le président Donald Trump avait annoncé jeudi qu’un navire américain, l’USS Boxer, avait détruit au-dessus du détroit d’Ormuz un drone iranien qui s’approchait dangereusement, ce que Téhéran a qualifié d'« allégations délirantes et sans fondement ».

Le gouvernement américain a par ailleurs menacé mardi de sanctions financières tout le secteur du transport aérien international s’il soutenait ou avait des relations commerciales avec l’Iran ou ses compagnies aériennes.