Selon les organisateurs, environ 80.000 personnes ont participé à la Parade pour l'Egalité le 8 juin à Varsovie, en Pologne.
Selon les organisateurs, environ 80.000 personnes ont participé à la Parade pour l'Egalité le 8 juin à Varsovie, en Pologne. — Jaap Arriens/Sipa USA/SIPA

FAKE OFF

Non, en Pologne, il «n'est pas devenu légal de refuser l'entrée d'un magasin» à des clients LGBT+, mais leurs droits sont restreints

Lundi, Manon Aubry a expliqué qu’il « est devenu légal de refuser l’entrée d’un magasin à une personne LGBTI » en Pologne. L’affirmation est trop rapide, mais un jugement récent restreint bien les droits de ces personnes dans le pays

  • Lundi, Manon Aubry, députée européenne LFI, a expliqué qu’il « est devenu légal de refuser l’entrée d’un magasin à une personne LGBTI » en Pologne.
  • Les commerçants n’ont pas ce pouvoir dans le pays.
  • Toutefois, un jugement récent est venu appuyer un commerçant qui avait refusé de vendre un service à une fondation LGBT.

Des participants à une marche des fiertés agressés dimanche. Des soutiens du pouvoir qui déclarent des villes ou des villages « zones libres de l’idéologie LGBT. » En Pologne, les droits des personnes LGBT + font l’objet d’attaques. Dans un tel contexte, le pays a-t-il légiféré pour qu’un commerçant puisse refuser l’entrée de sa boutique à une personne LGBT + ? Lundi, Manon Aubry, députée européenne LFI, a écrit sur Twitter : « En Pologne, où il est devenu légal de refuser l’entrée d’un magasin à une personne LGBTI, certains distribuent désormais des stickers " zone réservée aux hétéros ". Le silence de l’UE sur les violations des droits fondamentaux en Europe est impardonnable. »

Manon Aubry réagissait à l’initiative d’un journal conservateur polonais, qui a distribué des autocollants « zone sans LGBT » dans son numéro publié ce mercredi.

FAKE OFF

« Le tweet fait référence à une décision de justice récente qui reconnaît la liberté de conscience comme un motif valable pour que des commerçants refusent de servir des clients LGBTI (au nom de leurs convictions religieuses) », explique l’entourage de Manon Aubry à 20 Minutes.

Toutefois, l’affirmation de la députée européenne est un peu rapide : les personnes LGBT + peuvent toujours entrer dans un magasin en Pologne. Cependant, des « propriétaires d’entreprises peuvent refuser de servir une personne LGBT +, ou n’importe qui, si cela limite leur " liberté religieuse " », précise à 20 Minutes Hubert Sobecki, vice-président de l’association  L'amour n'exclut pas, qui milite en faveur du mariage pour tous en Pologne.

Bataille devant les tribunaux

Cela fait suite à une décision du tribunal constitutionnel du 26 juin. L’instance était amenée à se prononcer sur le cas d’un imprimeur polonais qui avait refusé de fabriquer des posters pour une fondation LGBT + en raison de ses croyances religieuses, rappelle Reuters.

Dans un premier temps, un tribunal local, puis la cour suprême du pays, avaient estimé qu’en raison du principe d’égalité devant la loi, l’imprimeur ne pouvait pas refuser de travailler pour la fondation LGBT.

La décision avait suscité la colère de Zbigniew Ziobro, le ministre de la Justice. C’est lui qui avait ensuite porté l’affaire devant le tribunal constitutionnel. Ce dernier avait renversé les deux précédents jugements et jugé que l’imprimeur n’était pas tenu d’accepter la demande de la fondation LGBT +, en raison du droit de celui-ci d’agir selon sa conscience. Le ministre s’est réjoui de la décision de ce tribunal.

L’article 32 de la Constitution polonaise prévoit pourtant que « tous sont égaux devant la loi » et que « nul ne peut être discriminé dans la vie politique, sociale ou économique pour une raison quelconque », rappelle l’ambassade de Pologne auprès de 20 Minutes. « Cependant, la Constitution est rarement appliquée directement en Pologne », nuance Piotr Godzisz, de l’association Lambda Warsawa.

Des autocollants « zone sans haine »

Quant aux « stickers » évoqués par Manon Aubry, ils sont authentiques. Ils ont été créés par le journal Gazeta Polska. En réponse, Campagne contre l’homophobie, une association de défense des droits LGBT +, a produit des autocollants « zone sans haine ». « Nous avons aussi publié une déclaration dans laquelle nous critiquons Gazeta Polska, développe Cecylia Jakubczak, porte-parole de l’association. En quelques jours, notre déclaration a été signée par plus de 150 ONG et groupes informels dans tout le pays. »

« Une importante campagne anti-LGBT qui a débuté en février »

« Ces autocollants sont un exemple récent d’une importante campagne anti-LGBT qui a débuté en février, analyse Hubert Sobecki. Le parti au pouvoir, les médias de droite et des responsables de l’Eglise catholique ont publié des dizaines de déclarations disant que les personnes LGBT sont des menaces pour les enfants, qu’ils s’en prennent à eux, qu’ils sont une menace pour l’Etat polonais, la famille, etc. » Il rappelle les condamnations qui se sont abattues sur le maire de Varsovie, qui a signé en février une déclaration en faveur des personnes LGBT +.

« La communauté LGBT + est simplement le nouvel ennemi de l’intérieur, qu’ils utilisent en vue des prochaines élections (qui doivent se tenir en octobre), ajoute le vice-président de L’amour pour tous. La dernière fois, ils ont attaqué les migrants, cette année c’est nous. »

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