Chine: Les diplomates à l'assaut de Twitter pour défendre Pékin

TACTIQUE Si des médias officiels chinois sont très présents sur Twitter ou YouTube, les diplomates n’avaient jusqu’à présent pas suivi la tendance

20 Minutes avec AFP

— 

Le président chinois Xi Jinping à Belgrade, le 18 juin 2016
Le président chinois Xi Jinping à Belgrade, le 18 juin 2016 — OLIVER BUNIC AFP

Changement de stratégie pour la Chine. Jusqu’ici très discrets sur Twitter, bloqué dans le pays, les diplomates chinois renforcent de plus en plus leur présence sur le réseau social pour défendre la politique internationale de Pékin.

Habituellement, les diplomates du gouvernement chinois sont peu à divulguer leur point de vue, au risque de se faire rappeler à l’ordre par Pékin.

Une relative discrétion

Parmi les exceptions : Zhao Lijian, numéro deux de l’ambassade de Chine au Pakistan. Dénonçant la discrimination raciale aux Etats-Unis, il a provoqué un début de controverse cette semaine en tweetant que « les Blancs ne vont jamais » dans certains quartiers de Washington car ils sont peuplés « de Noirs et de Latinos ». Son message a suscité l’indignation de l’ex-ambassadrice des États-Unis auprès de l’ONU, Susan Rice, qui a écrit lundi : « Vous êtes un raciste éhonté. Et d’une ignorance choquante aussi. » L’intéressé a aussitôt répliqué sur Twitter en qualifiant ces accusations de « honteuses et répugnantes ».

Beaucoup de responsables politiques étrangers partagent leurs opinions ou font des annonces importantes sur Twitter - le président américain Donald Trump en tête. Mais si des médias officiels chinois (les journaux Global Times et Le Quotidien du peuple, la télévision CGTN) sont très présents sur Twitter ou YouTube, les diplomates n’avaient jusqu’à présent pas suivi la tendance. Tout message « ouvre la porte à davantage de commentaires - et de problèmes potentiels », déclare Elizabeth Economy, spécialiste de l’Asie au centre de réflexion américain Council on Foreign Relations.

Un feu vert de leur hiérarchie avant de tweeter ?

Cela étant dit, le président chinois Xi Jinping « souligne régulièrement que l’Occident monopolise depuis trop longtemps le discours sur la Chine à l’étranger », selon Elizabeth Economy. « Donc aujourd’hui, la Chine veut tenter de façonner l’image et les propos tenus à l’étranger sur elle-même, et aussi plus globalement sur les affaires internationales. » Pékin bloque l’accès des citoyens chinois aux réseaux sociaux étrangers comme Facebook, Twitter et Instagram. Mais ces restrictions ne s’appliquent pas aux diplomates et aux médias d’Etat.

La semaine dernière, l’ambassadeur chinois aux Etats-Unis, Cui Tiankai, a ainsi ouvert son compte Twitter. Il n’a pas tardé à réagir à la vente programmée par les Etats-Unis de 2,2 milliards de dollars d’armes à Taïwan - une île que Pékin considère comme chinoise. « Jamais aucune tentative de diviser la Chine ne réussira. Ceux qui jouent avec le feu ne feront que se brûler eux-mêmes. Point barre », a-t-il tweeté vendredi. Ces diplomates doivent-ils obtenir le feu vert de leur hiérarchie avant de tweeter ? Interrogé, le ministère chinois des Affaires étrangères n’a pas répondu à l’AFP.

Dans la ligne du gouvernement

Il est vrai que jusqu’à présent, le contenu de leurs messages ne s’éloigne guère de la ligne officielle de Pékin. L’ambassadeur Cui Tiankai n’a fait que reprendre les mots de son ministre Wang Yi. Et le chef de la mission diplomatique chinoise en Inde… retweete principalement des articles de médias d’Etat.

Plus offensif, Zhao Lijian, le diplomate basé au Pakistan, monte souvent au créneau pour défendre la politique sécuritaire de la Chine au Xinjiang - une région où jusqu’à un million de membres de minorités musulmanes seraient internés au nom de la lutte contre la radicalisation religieuse et le terrorisme. Les Etats-Unis, très critiques sur le sujet, devraient « déjà regarder ce qui se passe chez eux avant de vilipender les autres », a écrit Zhao Lijian, qui dénonce régulièrement la discrimination raciale, les fusillades ou le harcèlement sexuel en Amérique.