VIDEO. Donald Trump vs Robert Mueller, place au dernier acte

ETATS-UNIS L'ex-procureur spécial chargé d'enquêter sur la Russie témoigne devant le Congrès ce mercredi

Philippe Berry

— 

Le procureur spécial en charge de l'enquête sur la campagne de Donald Trump et la Russie, Robert Mueller.
Le procureur spécial en charge de l'enquête sur la campagne de Donald Trump et la Russie, Robert Mueller. — B. SMIALOWSKI/AFP
  • L’ex-procureur spécial Robert Mueller a été convoqué pour témoigner devant le Congrès à 14h30 (heure de Paris).
  • Les démocrates vont lui demander de clarifier son rapport, qui restait ambigu sur la question de l’obstruction à la justice.
  • Avec des démocrates divisés sur l’impeachment, c’est sans doute le dernier moment qui pourrait encore changer l’opinion avant l’élection de 2020.

Robert Mueller déteste la lumière des projecteurs. Son adjoint au FBI, John Pistole, l’expliquait à 20 Minutes : tout au long de sa carrière, il a fui les caméras, préférant « laisser son travail parler pour lui. » Mercredi, l’ex-procureur spécial chargé d’enquêter sur la Russie et la campagne de Donald Trump va pourtant être la star au centre d’un cirque politico-médiatique. Il va témoigner, devant le Congrès et les caméras de télévision, ce mercredi à partir de 8h30 (14h30 heure de Paris). Une audition qui était prévue la semaine dernière, mais qui a finalement été décalée à aujourd’hui. Et si les démocrates espèrent muscler leur dossier contre Donald Trump sur une éventuelle obstruction à la Justice, Robert Mueller a prévenu : il s’en tiendra strictement à ce qu’il a écrit dans son rapport.

L’enjeu central : la question de l’obstruction à la justice

Dans son rapport, Robert Mueller a conclu qu’il n’y avait « pas assez de preuves » pour inculper Donald Trump de « conspiration avec la Russie » – notant toutefois qu’il y avait eu plus de 100 contacts entre Moscou et des cadres de sa campagne, qui avaient parfois été « réceptifs » à l’offre russe, notamment pour obtenir des informations compromettantes sur Hillary Clinton.

Sur la question de l’obstruction à la justice, le rapport est beaucoup plus ambigu : il liste une dizaine d’épisodes lors desquels Donald Trump a plus que flirté avec la ligne jaune (en limogeant le patron du FBI James Comey, et en demandant la tête de Mueller à un avocat de la Maison Blanche, qui a refusé de s’exécuter). Et si le procureur n’a pas recommandé d’inculpation, c’est surtout parce que le département de la Justice – dont il dépendait – considère qu’un président en exercice bénéficie d’une immunité. Mais le rapport ne l’a pas blanchi non plus, concluant : « Si nous avions eu la conviction que le président n’avait clairement pas commis de délit, nous l’aurions dit ».

Ce que vont lui demander les élus démocrates

Le représentant démocrate David Cicilline a prévenu : interroger Mueller ne « sera pas facile ». Les élus ne peuvent pas lui demander d’emblée « Pensez-vous que Donald Trump a entravé la Justice ? », ou l’ancien procureur leur dira d’aller lire son rapport. Mais ils devraient le pousser à expliquer ses raisons, notamment sur la question de l’immunité.

S’ils arrivent à lui faire dire que Donald Trump a agi avec des « intentions corrompues » dans le but d’influencer une procédure judiciaire en sa faveur, mais qu’il n’a pas été inculpé car il est le président, les élus démocrates pourraient estimer qu’une procédure d’impeachment est justifiée. Mais cette dernière n’a aucune chance d’aboutir à une destitution car les républicains ont la majorité au Sénat, et les démocrates sont divisés sur la marche à suivre. Certains, comme leur patronne Nancy Pelosi, estiment qu’un combat perdu d’avance sur l’impeachment pourrait être perçu comme de l’acharnement et fragiliser le candidat démocrate en 2020.

Son témoignage peut-il changer la donne ?

« C’est difficile à dire en amont », répond Chris Edelson, professeur de sciences politiques à l’université de Washington. Même si Mueller ne fait que répéter ce qu’il a dit dans son rapport, « la majorité des Américains ne l’ont pas lu. Cela sera nouveau pour eux, et il y a eu beaucoup de désinformation » de la part de l’Attorney general William Barr (qui avait publié un résumé très critiqué).

Lors du Watergate, l’opinion publique avait commencé à bouger après les audiences devant le Congrès, et la puissance pourrait être décuplée à l’ère de Facebook et Twitter. Mais Chris Edelson ne s’attend pas à ce que les élus conservateurs lâchent Donald Trump. Peu importe ce que Robert Mueller dira, selon lui, « le parti républicain semble avoir lié son destin à celui du président américain. »