Un second séisme majeur (7,1) secoue la Californie du Sud: Faut-il avoir peur du «Big One»?

PLANETE Non, la Californie ne va pas glisser dans l’océan Pacifique mais la probabilité qu'un séisme de magnitude 8 se produise augmente chaque jour

Philippe Berry

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Vue aérienne de la faille de San Andreas, en Californie.
Vue aérienne de la faille de San Andreas, en Californie. — USGS

Mise à jour (samedi 6h45) avec le nouveau séisme de magnitude 7,1 qui a secoué la région vendredi soir. L’interview a été réalisée avant.

Un nouveau séisme a secoué la Californie du Sud, vendredi soir, à 20h19 (5h19 heure de Paris), près de Ridgecrest, dans le désert Mojave à 200 km au nord-est de Los Angeles. Parce que la magnitude de 7,1 est plus forte que celle du tremblement de terre de jeudi (6,4), celui de vendredi est désormais considéré comme le séisme principal, avec une secousse préliminaire jeudi.

Ce regain d’activité est-il un signe annonciateur du « Big One », ce tremblement de terre d’une magnitude proche de 8 que redoute la Californie ? Jean-Philippe Avouac, professeur géologie à Institut de technologie de Californie (Caltech), ne veut « pas être alarmiste », mais avec les forces qui s’accumulent sur le réseau de failles, notamment celle de San Andreas, on « s’approche chaque jour de la rupture. » Le dernier tremblement de terre majeur – de magnitude 7,9 – en Californie du Sud date en effet de 1857. Statistiquement, ils se produisent « tous les 150 ans environ ». Il s’agit d’une moyenne, on ne sait donc pas si le prochain désastre aura lieu dans trois jours ou deux ans ou 30 ans, mais c’est uniquement une question de temps. « Il faut se préparer », insiste l’expert.

Un tremblement de terre ne fait pas « retomber la pression » et baisser le risque sismique ?

« C’est même l’inverse », répond le Jean-Philippe Avouac : le « taux de sismicité augmente ». La secousse de jeudi a été suivie de centaines de répliques plus faibles, notamment une de magnitude 5 vendredi matin qui a réveillé certains Californiens. Il y avait 9 % de chances d’avoir une réplique plus forte [qui a donc eu lieu vendredi]. Il faudrait, selon le chercheur, « une dizaine de séismes de magnitude 6 » pour faire retomber la pression. C’est parce que l’échelle de Richter est logarithmique : avec un point de plus, l’amplitude des ondes sismiques est 10 fois plus élevée, et il y a 30 fois plus d’énergie libérée. Et « si les répliques s’étendent vers des zones de failles qui se sont chargées pendant longtemps, le risque d’avoir un fort séisme augmente. »

Pourquoi y a-t-il autant de séismes en Californie ?

Cartographie des principales failles géologiques en Californie.
Cartographie des principales failles géologiques en Californie. - USGS

La faille de San Andreas, qui s’étend sur plus de 1.000 kilomètres et passe par Los Angeles et San Francisco, est la frontière entre les plaques tectoniques pacifique et nord-américaine. La plaque pacifique glisse vers le nord d’environ 5 cm par an en moyenne, pendant que la plaque américaine reste immobile. Mais le glissement ne se fait pas de manière régulière à cause des frottements. C’est « un peu comme d’avoir un patin sur une table. Si on tire dessus, il se déforme jusqu’au point de rupture et avance d’un coup. » De l’énergie est libérée sous forme d’ondes sismiques : c’est le tremblement de terre.

Quelques exemples historiques

Lors du séisme de 1906, qui a détruit une partie de San Francisco et fait entre 700 et 3.000 morts – surtout à cause des incendies – il y a eu un déplacement des plaques compris entre 5 et 10 m au point de rupture. Celui de Ridgecrest, à 200 km au nord-est de Los Angeles, n’a pas été causé par la faille de San Andreas mais par une plus petite perpendiculaire, avec un déplacement beaucoup plus faible. S’il s’était produit en zone habitée, il aurait cependant fait beaucoup plus de dégâts : celui de Northridge, en 1994, d’une magnitude voisine, avait fait plus de 50 morts et plusieurs milliers de blessés, provoquant l’effondrement de plusieurs rampes et ponts d’autoroutes.

Le séisme de Northridge, en 1994, avait causé des dégâts majeurs et fait plus de 50 morts.
Le séisme de Northridge, en 1994, avait causé des dégâts majeurs et fait plus de 50 morts. - E.DRAPER/Sipa

Peut-on prévoir un tremblement de terre et son intensité ?

Difficilement pour première question, et non pour la seconde. Un tremblement de terre ne se produit pas d’un coup : la zone commence de glisser jusqu’au point de rupture. Grâce au système GPS, les scientifiques sont capables de mesurer ces glissements. « Parfois, il y a un signal assez clair qui permet de détecter [ces signes avant-coureurs], comme au Chili en 2010. Mais pour le Népal en 2015, ce n’était pas le cas », précise l’universitaire. Et le plus important n’est pas de prévoir un tremblement de terre – il y en a plusieurs dizaines chaque jour souvent très faibles – mais d’être capable de savoir s’il s’agit d’un « Big one ». « On fait des progrès mais pour l’instant on n’est pas capables de prédire avec précision leur intensité. »

Comment se préparer ?

Pour le chercheur, le séisme de jeudi est « une bonne piqûre de rappel : il faut se préparer ». Pour la population, il renvoie aux recommandations de l’USGS et de bon sens :

  • Fixer les étagères au mur, et placer les objets les plus lourds en bas
  • Sécuriser le chauffe-eau
  • Avoir de l’eau et des vivres (conserves, barres protéinées) pour une semaine
  • En cas de séisme, s’agenouiller en boule au sol en se protégeant la nuque et les organes vitaux, si possible à couvert s’il y a un abri solide à proximité.
  • Mieux vaut rester à l’intérieur en Californie car les bâtiments doivent respecter un code strict et la probabilité qu’ils s’effondrent est faible, même avec une magnitude 8, alors qu’il y a de nombreux dangers dehors (chute de cheminée, d’arbre ou de poteau électrique).

Le bilan prévisionnel d’un « Big One » : autour de 1.800 morts et 50.000 blessés

Selon un scénario de l’USGS de 2008, un tremblement de terre de magnitude 7,8 tout au sud de la faille de San Andreas – une zone qui n’a pas connu de séisme majeur depuis trois cents ans – ferait environ 1.800 morts et 50.000 blessés, et causerait 200 milliards de dollars de dégâts, avec des secousses pouvant durer jusqu’à 1 minute dans le bassin sédimentaire de Los Angeles.

Plus les oscillations durent longtemps, plus le risque d’effondrement des immeubles est élevé. Mais le risque principal concerne les infrastructures (canalisations de gaz et d’eau, électricité, routes et ponts), et plus de la moitié des victimes périraient sans doute dans l’un des 1.600 incendies provoqués par le séisme.

La réalité vs Hollywood

« Si la Californie se sépare du continent et devient une île, je change de métier. » Jean-Philippe Avouac est catégorique, c’est impossible parce que la Californie est fermement installée sur la croûte terrestre, et que San Andreas est une faille avec un mouvement de coulissement horizontal. Pour la même raison, un « Big One » ne provoquerait pas de tsunami capable de détruire le Golden Gate comme dans le film San Andreas car il n’y a pas de déplacement vertical du fond océanique (comme lors du séisme de Sumatra en 2004, qui avait provoqué un gigantesque tsunami en Thaïlande). En revanche, parce que Los Angeles est à l’ouest de la faille et San Francisco à l’est, les deux villes pourraient un jour se trouver face à face. « Il faudra plusieurs dizaines de millions d’années. On a d’autres problèmes plus urgents pour la planète », conclut le chercheur.