Etats-Unis: «A l'aide. Ici depuis 40 jours»... De nouvelles photos de migrants créent l'indignation

CRISE Surpopulation, manque d'hygiène... Un rapport cinglant décrit des conditions de détention catastrophiques

P.B. avec AFP

— 

Des migrants détenus dans le centre de McAllen, au Texas.
Des migrants détenus dans le centre de McAllen, au Texas. — ministère de la Sécurité intérieure/DSH

Ce sont quatre mots griffonnés sur un bout de carton : « HELP 40 days here » (A l’aide, ici depuis 40 jours). La pancarte est tenue par un migrant détenu dans un centre du Texas pour alerter les inspecteurs du ministère de la Sécurité intérieure (DHS). C’est l’une des photos publiées mardi dans un rapport cinglant de l’Inspection générale du ministère, alors que la crise à la frontière continue.

Sur ces images, on voit des migrants entassés derrière des grillages, qui dorment parfois à même le sol sous une couverture de survie. « Nous sommes inquiets de la surpopulation et la détention prolongée qui représentent un risque immédiat pour la santé et la sécurité des agents et officiers du DHS ainsi que des détenus », écrivent les inspecteurs.

Pas de douche depuis un mois

Selon le rapport, certaines cellules prévues pour 41 migrants en comptent 88. Les adultes « portent toujours les mêmes habits » ou « n’ont pas pu se doucher », certains depuis un mois. Il n’y a pas de repas chauds, et plusieurs personnes « ont dû être traitées pour constipation » après avoir mangé les mêmes sandwiches pendant 13 jours.

Entre octobre 2018 et mai 2019, 223.263 migrants ont été arrêtés par la police des frontières sur le secteur de la vallée du Rio Grande, soit augmentation de 124 % sur un an. Le nombre de familles a explosé, multiplié par quatre. Face à cet afflux, les places manquent dans ces structures ainsi que dans les centres d’accueil où les mineurs et les familles sont normalement transférés. Plus d’un tiers des enfants du centre texan de McAllen étaient là depuis plus de 3 jours, alors que c’est interdit par la loi. 20 % étaient là depuis plus d’une semaine.

« Une bombe à retardement »

Pour un responsable de centre, cité dans le rapport, la situation est une « bombe à retardement » alors que plusieurs incidents ont déjà eu lieu entre les détenus.

La publication de ce rapport intervient au lendemain d’une visite au Texas de parlementaires démocrates dans des centres de rétention de la police aux frontières à El Paso et Clint, deux villes frontalières du Mexique. Le chef de la délégation parlementaire, Joaquin Castro, a notamment évoqué devant la presse des cellules pour femmes « sans eau courante » où les détenues devaient « boire l’eau des toilettes ».

Dans une vidéo filmée en cachette dans une cellule commune sans lit, le parlementaire montre aussi ces femmes dans des sacs de couchage lui expliquer qu’elles sont privées de douches et n’ont pas accès aux médicaments.

Une autre élue, Judy Chu, a dénoncé des conditions de détention « effroyables et dégoûtantes » tandis que sa collègue Madeleine Dean évoquait « l’hostilité des gardiens » à l’égard de la délégation.

« Tolérance zéro »

Donald Trump a décrété au printemps 2018 la « tolérance zéro » contre l’immigration, notamment en séparant les familles de migrants. Les adultes étaient placés en rétention tandis que les enfants étaient hébergés dans des centres d’accueil, rapidement saturés. Le président américain avait finalement annoncé mettre fin à cette mesure face au tollé qu’elle avait provoqué.

Le flot de demandeurs d’asile venus d’Amérique centrale s’est depuis poursuivi. Ces centres de rétention « n’ont jamais été faits pour gérer le volume de migrants qui nous arrivent », a expliqué mardi sur CNN Robert Perez, chef-adjoint de l’agence de surveillance des frontières.

Pour faire face à la crise migratoire, le Congrès a approuvé la semaine dernière en urgence une enveloppe de 4,6 milliards de dollars. Elle prévoit des financements pour l’accueil des mineurs mais aussi pour le contrôle de la frontière.