VIDEO. Primaire démocrate : « Cette petite fille, c’était moi »… Kamala Harris met Joe Biden K.-O. lors du débat

COMPTE RENDU La sénatrice de Californie a dominé les échanges et devrait en profiter pour décoller dans les sondages

Philippe Berry

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Joe Biden face à Kamala Harris lors du premier débat télévisé de la primaire démocrate, le 27 juin 2019.
Joe Biden face à Kamala Harris lors du premier débat télévisé de la primaire démocrate, le 27 juin 2019. — MSNBC
  • Le second volet du premier débat entre les candidats à l’investiture démocrate avait lieu la nuit dernière aux Etats-Unis.
  • La sénatrice de Californie, Kamala Harris, s’est montrée offensive face au favori Joe Biden, notamment sur les questions raciales.
  • L’ancien vice-président est apparu en difficulté, tandis que la candidate pourrait voir sa cote grimper.

Joe Biden était prévenu, et Joe Biden n’était pas prêt. Jeudi soir, lors de la seconde partie du premier débat télévisé de la primaire démocrate, l’ancien vice-président a été attaqué de front par la sénatrice de Californie sur sa relation courtoise avec deux sénateurs ségrégationnistes, qu’il avait mise en avant la semaine dernière. Et Kamala Harris, qui a des origines jamaïcaines et indiennes, a remporté une victoire par K.-O.

« Je ne crois pas que vous soyez raciste »

On savait que l’ancienne procureure générale de Californie était une débatteuse redoutable. Elle a saisi son moment alors que les candidats étaient interrogés sur les tensions entre la police et les minorités aux Etats-Unis. « En tant que seule personne noire sur scène, je voudrais m’exprimer sur cette question raciale. » Et puis elle a visé la jugulaire de Biden, le regardant doit dans les yeux : « Je ne crois pas que vous soyez raciste. Mais c’est personnel, et ça m’a blessée, de vous entendre parler de la bonne réputation de deux sénateurs américains qui ont construit leur carrière sur la ségrégation raciale dans ce pays. »

« Je n’ai pas fait l’éloge de racistes, ce n’est pas vrai », s’est défendu Joe Biden. La semaine dernière, il avait mis en avant sa capacité à travailler avec deux sénateurs démocrates dans les années 1970, notamment James Eastland, qui considérait les Noirs comme « une race inférieure ». « Nous n’étions pas d’accord sur grand-chose mais on travaillait, il y avait une forme de courtoisie », avait alors déclaré Biden.

« Cette petite fille, c’était moi »

Kamala Harris ne s’est pas arrêtée là. Elle a rappelé que Joe Biden s’était opposé à l’époque au « busing », qui visait à promouvoir la mixité raciale en transportant des élèves noirs dans des écoles majoritairement blanches. Dans les années 1970, Biden avait soutenu au Sénat une mesure restreignant le rôle du ministère de l’Education pour faire appliquer cette loi dans chaque Etat.

Celle qui est pour l’instant en 4e position dans les sondages, à 7 % (contre 32 % à Biden), a alors raconté une histoire : « Il y avait une petite fille en Californie, qui a fait partie de la 2e classe à être intégrée dans une école publique [hors secteur], et elle a pris le bus tous les jours. Cette petite fille, c’était moi. »

L’ancien vice-président a tenté de se défendre, rentrant dans des explications techniques. Kamala Harris a eu le dernier mot : « Il y a des moments dans l’Histoire où les Etats échouent à protéger les droits civiques. Le gouvernement doit assumer son rôle. » Son équipe de campagne a tweeté au même moment cette photo. Echec et mat.

 

Les autres candidats

Kamala Harris a dominé les échanges, surtout ceux sur l'immigration, dénonçant la politique de Donald Trump «qui met des enfants [migrants] en cages». A 77 ans, Bernie Sanders a été fidèle à lui-même, promettant de s'attaquer à Wall Street et aux lobbies. Mais l'écart générationnel s'est fait sentir sur scène, notamment face au jeune jeune Pete Buttigieg, qui a eu l'occasion de faire entendre sa voix mesurée et réfléchie.

Les autres candidats se sont battus pour exister, notamment Andrew Yang, l'entrepreneur qui milite pour un revenu universel de 1.000 dollars par mois face à la menace de l'automation et de l'intelligence artificielle. La conseillère spirituelle d'Oprah Marianne Williamson a, elle, livré un message «d'amour contre la haine» de Donald Trump. On ne devrait pas la revoir sur un plateau télé lors des prochains débats fin juillet.