Au Japon, Macron et Abe affichent leur complicité

JAPON Le président français est arrivé dans l'Archipel ce mercredi pour une visite d'Etat

Mathias Cena

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Emmanuel Macron et le Premier ministre japonais Shinzo Abe à Tokyo, le 26 juin 2019.
Emmanuel Macron et le Premier ministre japonais Shinzo Abe à Tokyo, le 26 juin 2019. — Koji Sasahara/AP/SIPA
  • Emmanuel Macron est au Japon pour une visite d’Etat de quatre jours.
  • Après avoir rencontré le Premier ministre et l’empereur, il doit participer au G20 à Osaka.
  • Ce déplacement est l’occasion pour les dirigeants des deux pays de renforcer la relation franco-japonaise, marquée par l’affaire Ghosn.
  • Ils ont prôné le multilatéralisme « face à ceux qui croient dans l’isolationnisme ».

De notre correspondant à Tokyo,

Longue accolade, sourires appuyés et tutoiement. Emmanuel Macron et le Premier ministre nippon Shinzo Abe ont déroulé la partition d’un duo sans fausse note ce mercredi, au premier jour de la visite d’Etat du président français au Japon.

Tout l’après-midi, les deux dirigeants n’ont pas économisé leurs efforts pour vanter la force de la relation franco-japonaise alors que « l’affaire » Carlos Ghosn continue de peser sur l’alliance entre Renault et Nissan.

« Ames en résonance »

Devant la communauté française réunie à l’ambassade, Emmanuel Macron a commencé par rappeler le « lien profond qui unit nos deux pays », citant les mots de Paul Claudel, écrivain et ambassadeur de France au Japon, qui décrivait les « âmes en résonance » des artistes des deux pays.

Les deux chefs d’Etat ont aussi accordé leurs diapasons pour annoncer un partenariat dans l’axe indo-pacifique, une zone d’action « totalement légitime » pour la France, a insisté le président de la République, rappelant qu’un million d’habitants et 8.000 soldats vivaient à la Réunion, Mayotte, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie. Ce partenariat franco-japonais, qui vise notamment à « s’assurer qu’il n’y a pas d’hégémonie » dans la région, allusion aux ambitions chinoises, concernera la sécurité maritime, l’environnement et la biodiversité et la construction d’infrastructures.

L’alliance Renault-Nissan appelée à « devenir plus forte »

« Comme ils se voient souvent, on entre maintenant dans le fond des discussions », commentait-on à l’Elysée la semaine dernière. De fait, la rencontre de ce mercredi était la cinquième en moins d’un an entre Emmanuel Macron et Shinzo Abe. Ils ont établi une feuille de route pour les partenariats franco-japonais dans les cinq prochaines années, dans les domaines de l’industrie, de l’innovation, de la défense, du développement durable ou de l’enseignement.

Concernant l’alliance entre Renault et Nissan, qui semblait en situation bien précaire il y a encore deux semaines, le président français a appelé ce « fleuron auquel nous tenons beaucoup » à devenir « plus fort » malgré les tensions. Interrogé sur le cas de Carlos Ghosn, assigné à résidence en attendant son procès, Emmanuel Macron a jugé qu’il « n’appartenait pas au président français de s’immiscer dans le cadre judiciaire » japonais.

Le protocole du Palais impérial

Après ces annonces, le couple Macron devait dîner avec Shinzo Abe et son épouse Akie dans un restaurant de cuisine fusion du quartier chic d’Omotesando, avenue parfois surnommée « les Champs-Elysées japonais ». Ces agapes seront suivies jeudi d’un déjeuner avec l’empereur Naruhito, monté sur le trône il y a moins de deux mois, en même temps que le Japon entrait dans l’ère Reiwa.

Pour éviter les faux-pas dans l’univers codifié et millimétré du souverain japonais, les services du protocole des deux palais – impérial et de l’Elysée – sont en contact depuis plusieurs semaines. « Le président sera accompagné par une sorte de grand chambellan qui le guidera dans toutes les étapes », précise une source élyséenne. Cette visite d’Etat, la deuxième seulement de l’ère, après celle de Donald Trump le mois dernier, « montre la force et la vitalité de nos liens, et le caractère stratégique de ceux-ci », s’est félicité Emmanuel Macron.

Ne pas être « otage de l’isolationnisme »

Après cette séquence tokyoïte et une étape culturelle à Kyoto, le dirigeant français mettra le cap sur Osaka (ouest du Japon) pour le G20, vendredi et samedi. Le sommet est un motif supplémentaire de rapprochement entre les deux chefs d’Etat, qui soulignent la continuité avec le prochain G7 de Biarritz, en août, dans les domaines du développement, de la réduction des inégalités, du climat ou du commerce international.

« Dans la communauté internationale, on met l’accent sur les oppositions, a noté Shinzo Abe lors de leur conférence de presse commune, mais au G20 notre objectif est plutôt de persévérer ensemble pour trouver des points d’accord et de convergence. » Le Premier ministre nippon, qui a échappé lundi à une motion de censure à la Diète (le parlement japonais), mise beaucoup sur un succès diplomatique lors du sommet avant des élections à la chambre haute prévues cet été. Et les sujets épineux ne manqueront pas à Osaka, de la guerre commerciale sino-américaine aux tensions entre Etats-Unis et Iran, sans oublier la difficulté de rassembler autour d’engagements forts pour le climat.

A ce propos, Emmanuel Macron a fixé une « ligne rouge », avertissant que la France ne signerait pas une déclaration du G20 qui n’irait pas « plus loin sur notre ambition climatique ». « Si on ne parle pas de l’Accord de Paris et si pour se mettre d’accord dans une salle à 20 on n’est plus capable de défendre l’ambition climatique ce sera sans la France », a lancé le président. Dans une interview à la NHK enregistrée à son arrivée à Tokyo, il a aussi prôné le multilatéralisme, appelant à ne pas être « l’otage des plus timides ou de ceux qui croient dans l’isolationnisme ou dans la politique tout seul », allusion notamment au président des Etats-Unis. « Donald Trump a été élu démocratiquement, il faut le respecter », a nuancé le dirigeant français, notant malgré tout : « le rôle historique des Etats-Unis n’est pas d’être dans le scepticisme climatique mais d’être l’un des grands leaders du changement climatique et de la transition ».