IVG: Des manifestants demandent l'assouplissement de la loi au Maroc

LUTTE Selon les associations, 600 à 800 avortements clandestins seraient pratiqués chaque jour dans le pays, dans des conditions sanitaires déplorables

20 Minutes avec agences

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Des poupées alignées devant le Parlement lors d'une manifestation pour le droit à l'avortement, à Rabat (Maroc) le 24 juin 2019.
Des poupées alignées devant le Parlement lors d'une manifestation pour le droit à l'avortement, à Rabat (Maroc) le 24 juin 2019. — Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Une petite foule a manifesté ce mardi devant le Parlement à Rabat (Maroc) pour demander une refonte de la loi sur l’avortement. Les manifestants ont déposé des poupées portant l’inscription « Article 453 », en référence à l’article de loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

Cette loi punit l’avortement de six mois à cinq ans de prison, sauf quand la santé de la mère est en danger. Pour les manifestants, elle favorise les avortements clandestins et les abandons d’enfants.

Des avortements clandestins parfois mortels

« 200.000 avortements clandestins par an », « 26 bébés abandonnés par jour », proclamaient les banderoles et affiches déployées dans la rue. L’action avait été lancée par l’Association marocaine de lutte contre les IVG clandestins (Amlac), dirigée par le professeur Chafik Chraïbi. « Ça fait une dizaine d’années que nous militons pour une légalisation ne serait-ce que partielle de l’avortement », a déclaré le médecin.

Les associations estiment que 600 à 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour, dans des conditions sanitaires parfois désastreuses. Certaines femmes ont recours à des médicaments ou à des plantes présumées abortives. De plus, la mortalité des mères reste très élevée au Maroc (228 pour 100.000 naissances). 13 % des cas sont imputés à des avortements, selon l’OMS.

Un dossier qui traîne

Les grossesses non désirées favorisent aussi les abandons d’enfants – jusqu’à 150 par jour, selon des estimations. Les mères célibataires sont rejetées et les enfants nés hors mariage considérés comme « illégitimes » par la loi.

En 2015, le Maroc s’était engagé dans un débat sur « l’urgence » d’un assouplissement de la loi. Le roi Mohammed VI lui-même s’était emparé du dossier, nommant une commission officielle pour lui soumettre des propositions. Cette instance avait recommandé d’autoriser l’avortement dans « quelques cas de force majeure », notamment en cas de viol ou de graves malformations. Mais depuis, rien n’a été fait.