Mauritanie: Une centaine «d'étrangers» arrêtés lors des manifestations post-électorales, internet coupé

MAURITANIE Les quatre opposants en lice ont rejeté les résultats provisoires donnant la victoire au premier tour à l’ancien chef d’état-major Mohamed Cheikh El-Ghazouani, dauphin du président sortant

20 Minutes avec AFP

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Un bulletin de vote à l'élection présidentielle en Mauritanie, le 22 juin 2019.
Un bulletin de vote à l'élection présidentielle en Mauritanie, le 22 juin 2019. — Elhady Ould Mohamedou/AP/SIPA

Une centaine « d’étrangers » ont été arrêtés en Mauritanie lors des manifestations qui ont éclaté après l’annonce de la victoire du candidat du pouvoir à la présidentielle de samedi, a annoncé mardi le ministre de l’Intérieur, alors qu’Internet était entièrement coupé depuis le milieu de l’après-midi.

Les ambassadeurs du Sénégal, du Mali et de la Gambie ont été convoqués dans l’après-midi par le ministre des Affaires étrangères, Ismael Ould Cheikh Ahmed, qui les a enjoints de demander à leurs ressortissants de « s’abstenir de participer aux manifestations et à tout ce qui perturbe l’ordre public en Mauritanie, a expliqué le chef de la diplomatie sur la télévision nationale.

Les quatre opposants en lice ont rejeté les résultats provisoires donnant la victoire au premier tour à l’ancien chef d’état-major Mohamed Cheikh El-Ghazouani, dauphin du président sortant Mohamed Ould Abdel Aziz.

Trois des opposants ont déposé un recours en annulation

Selon la Commission électorale nationale indépendante (Céni), Mohamed Cheikh El-Ghazouani a obtenu 52,01 % des suffrages, devant le militant anti-esclavagiste Biram Ould Dah Ould Abeid (18,58 %), l’ex-Premier ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar (17,87 %), le journaliste Baba Hamidou Kane (8,71 %) et le professeur d’université Mohamed Ould Moloud (2,44 %).

Trois des opposants ont introduit mardi un recours en annulation devant le Conseil constitutionnel, tandis que le quatrième, Baba Hamidou Kane, a affirmé n’avoir pas encore pris de décision, disant à l’AFP « douter de l’intérêt d’une telle procédure devant une institution inféodée au pouvoir ».

Le siège de campagne de Baba Hamidou Kane a été fermé par la police lundi et celui des trois autres candidats de l’opposition mardi, « sur ordre du gouvernement », a indiqué leur entourage à l’AFP. « On ne peut comprendre cette décision des autorités alors que des recours sont en cours et que l’élection n’est pas terminée », a réagi Mohamed Ould Mouloud.

Le pouvoir dénonce « une main étrangère derrière ces événements »

L’opposition a dénoncé l’arrestation de dizaines de personnes à la suite d’incidents dimanche entre manifestants et policiers dans la capitale et à Nouadhibou (nord-ouest). Lundi soir, des heurts ont éclaté entre policiers et militants de l’opposition aux abords du siège des partis de MM. Ould Abeid et Kane, où la police a effectué une descente musclée, selon l’opposition.

« Il y a une main étrangère qui est derrière ces événements », a affirmé le ministre de l’Intérieur, Ahmedou Ould Abdallah, à propos de ces contestations, évoquant un « plan de déstabilisation » du pays. « Nous avons arrêté une centaine d’étrangers dont on ne peut expliquer la présence dans la contestation d’une élection dans un pays qui n’est pas le leur », a ajouté le ministre. Il a affirmé que cette présence étrangère était « en relation avec certains candidats ».

Impossible de se connecter à Internet

La société mauritanienne est marquée par des disparités entre communautés arabo-berbère, haratine (descendants d’esclaves de maîtres arabo-berbères, dont ils partagent la culture) et afro-mauritanienne, généralement de langue maternelle d’ethnies subsahariennes. Biram Ould Dah Ould Abeid avait demandé lundi aux Mauritaniens de se « méfier des provocations des autorités », jugeant que le pouvoir avait l’habitude d’invoquer les risques de sédition « à chaque fois qu’il est en difficulté ».

Depuis 15h environ, il était impossible de se connecter à Internet, d’accéder à ses emails ou d’utiliser les réseaux sociaux comme WhatsApp et Facebook, alors que l’internet mobile était inaccessible depuis dimanche après-midi. Interrogé par des journalistes sur ces coupures, le ministre de l’Intérieur a semblé ironiser. « Vous n’avez pas d’autres moyens qu’internet pour travailler ? » a-t-il répondu, sourire aux lèvres. La France a salué mardi « le bon déroulement de l’élection présidentielle », intervenue « dans un climat pacifique », et « félicité » Mohamed Cheikh El-Ghazouani.