Des femmes et des enfants de djihadistes au campement de Tanak, près de Baghouz (Syrie), le 1er mars 2019.
Des femmes et des enfants de djihadistes au campement de Tanak, près de Baghouz (Syrie), le 1er mars 2019. — CHAUVEL PATRICK/SIPA

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L'ONU demande aux pays de rapatrier les familles de djihadistes de Daesh

Près de 29.000 enfants étrangers, la plupart âgés de moins de 12 ans, sont bloqués en Syrie, selon les estimations du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef)

Si la communauté internationale s’interroge depuis plusieurs mois sur la question du rapatriement des familles des djihadistes, Michelle Bachelet, la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, a demandé, ce lundi, que ces derniers soient « rapatriés, à moins qu’ils ne soient poursuivis pour des crimes ».

Ce lundi, l’Australie a indiqué avoir secouru d’un camp en Syrie huit enfants et petits-enfants de combattants australiens de l’organisation de l'Etat islamique (EI), tous orphelins. Depuis la chute en mars du « califat » de l’EI, la communauté internationale est confrontée au casse-tête du rapatriement des familles des djihadistes capturés ou tués en Syrie et en Irak.

Des rapatriements « au cas par cas » en France et en Belgique

Près de 29.000 enfants étrangers, la plupart âgés de moins de 12 ans, sont bloqués en Syrie, selon les estimations du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Parmi eux, 20.000 viendraient d’Irak et plus de 9.000 seraient originaires de 60 autres pays. Quelque 1.200 enfants de combattants étrangers se trouvent également en Irak, selon l’Unicef.

Certains pays, comme l’Allemagne, les rapatrient s’ils ont des proches pour les recueillir, d’autres, comme la France et la Belgique, les rapatrient « au cas par cas ». A la mi-juin, les autorités françaises avaient rapatrié 15 orphelins de djihadistes français et deux enfants que la mère avait accepté de laisser partir, qui étaient eux aussi retenus dans des camps de déplacés du nord-est de la Syrie. Washington, qui pousse les autres pays au rapatriement, a de son côté récemment commencé à rapatrier ses propres ressortissants, tandis que le Danemark entend les priver de la nationalité danoise.

Attribuer le statut d’apatride à ces enfants est un « acte de cruauté »

Pour Michelle Bachelet, « les membres des familles (…) doivent être rapatriés, à moins qu’ils ne soient poursuivis pour des crimes », a-t-elle déclaré devant le Conseil des droits de l’Homme à Genève. Au total, plus de 11.000 membres présumés de familles étrangères de combattants de Daech sont détenus au camp d’Al-Hol (Syrie), administré par les autorités kurdes, selon la Haut-Commissaire, pour qui le maintien en détention de ceux « qui ne sont pas soupçonnées de crimes (…) n’est pas acceptable ».

Quant aux combattants, Michelle Bachelet a appelé les Etats à se soucier du sort de leurs ressortissants qui sont poursuivis, relevant que plus de 150 hommes et femmes ont été condamnés à mort en Irak après des procès qui « n’ont pas été accompagnés des garanties d’une procédure régulière ». La Haut-Commissaire a appelé les Etats à accorder la nationalité « aux enfants nés de leurs ressortissants » dans les zones de conflit, arguant qu’infliger le statut d’apatride à ces enfants est un « acte de cruauté ». « Les enfants apatrides sont souvent privés d’éducation, d’accès aux soins de santé et d’autres éléments fondamentaux de la dignité », a-t-elle fait valoir.

Près de 200 enfants de Français toujours détenus en Syrie

Michelle Bachelet a relevé que « quelques pays ont fait des efforts pour rapatrier certains ressortissants, notamment des enfants », sans toutefois citer ces pays. Elle a également souligné que « quatre cas ont été portés à l’attention du Comité des droits de l’enfant et du Comité contre la torture par les grands-parents français d’enfants actuellement détenus en Syrie ou en Irak ». En France, l’oncle de deux enfants français âgés de 2 et 3 ans, détenus avec leur mère dans un camp de prisonniers de l’EI en Syrie, a par exemple récemment annoncé avoir porté plainte devant l’UE contre la France « qui refuse de les rapatrier » alors qu’ils sont « en danger ».

Plus de 200 enfants de Français partis rejoindre la Syrie ou l’Irak à partir de 2012 sont détenus dans le nord syrien, la plupart avec leurs mères (une centaine) par les Kurdes dans les camps d’Al-Hol, Roj et Aïn Issa. Plus d’une centaine d’hommes français sont eux détenus dans des prisons kurdes. Paris refuse de rapatrier les adultes, y compris les mères, dont la quasi-totalité refuse de laisser partir seuls leurs enfants, parfois encore nourrissons et dont les trois-quarts ont moins de six ans.