Les forces armées sont en lutte contre Daesh près de Mossoul, en Irak
Les forces armées sont en lutte contre Daesh près de Mossoul, en Irak — ARIS MESSINIS / AFP

DJIHADISME

Syrie: Trois mois après la chute de son «califat», Daesh continue de sévir

Le 23 mars, les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par la coalition internationale dirigée par Washington, avaient annoncé la fin de Daesh en Syrie

Trois mois après la fin de son califat, l’organisation de l'Etat islamique (EI) continue de perpétrer des attaques meurtrières dans plusieurs régions de Syrie, ont souligné des experts, ce lundi. Le 23 mars, au terme d’une offensive de plusieurs mois, les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par la coalition internationale dirigée par Washington, avaient pourtant annoncé avoir éradiqué Daesh en Syrie.

La reconquête par les FDS du village de Baghouz a marqué la fin du « califat » autoproclamé par l’organisation ultraradicale sur de vastes territoires à cheval entre la Syrie et l’Irak voisin. Mais, tandis que les forces kurdes traquent les cellules dormantes du groupe dans le nord-est syrien, l’EI continue de lancer des attaques dans le pays en guerre. L’EI « n’a jamais cessé de constituer une menace dans le nord et l’est de la Syrie », a déclaré Nicolas Heras, chercheur du Center for New American Security.

Ces trois derniers mois, Daesh a revendiqué plusieurs opérations dans les zones reconquises par les FDS, notamment des assassinats ciblés ainsi que des incendies dévastateurs dans des champs de blé. Le 1er juin, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), un attentat à la voiture piégée a coûté la vie à dix civils et sept combattants des FDS à Raqqa, qui fut la capitale de facto du « califat ».

Le califat physique de Daesh « est vaincu », mais « l’organisation ne l’est pas »

Sur Internet, la machine de propagande de l’EI est toujours active, relayant notamment les actes perpétrés à l’étranger. « Ce qui compte le plus, maintenant, c’est de convaincre les gens qu’ils sont là » pour longtemps, a souligné l’analyste Hassan Hassan. Ils veulent persuader « les recrues potentielles qu’ils ont un projet à long terme qui dépasse le simple territoire ». Les attentats au Sri Lanka, qui ont fait 258 morts le 21 avril, suivis de la réapparition pour la première fois en cinq ans du chef de l’EI Abou Bakr al-Baghdadi dans une vidéo le 29 avril, s’inscrivent dans le cadre de cette stratégie, d’après Nicolas Hassan.

La coalition anti-EI reconnaît la persistance du danger. « Le soi-disant califat physique est vaincu, mais Daesh en tant qu’organisation ne l’est pas », a déclaré le porte-parole de la coalition, Scott Rawlinson. La semaine dernière, les FDS ont annoncé avoir arrêté plusieurs membres de l’organisation dans le cadre de deux opérations conjointes, à Deir Ezzor et Hassaké (nord-est). La coalition internationale contribue aussi aux travaux de déminage et à la création de conseils militaires dans les villes reprises aux djihadistes.

« La crainte, c’est qu’avec le temps, l’EI soit capable de se réorganiser »

Après Tal Abyad, Kobané et Tabqa, dans le nord syrien, c’était au tour de Raqqa de se doter la semaine dernière de son conseil militaire. Objectif : « assurer la stabilité et renouer avec la normalité », a expliqué Scott Rawlinson. « Ces initiatives (…) sont importantes pour garantir la défaite durable de Daech », a-t-il relevé. Selon Hassan Hassan, la coalition et ses alliés vont toutefois redoubler d’efforts.

« La crainte, c’est qu’avec le temps, l’EI soit capable de se réorganiser et que la coalition perde l’opportunité de changer profondément les choses, notamment en matière de gouvernance », a-t-il ajouté. Selon l’expert, il est capital d’inclure dans la gestion des affaires courantes des membres des communautés arabes locales dotés d’une réelle influence. La population « doit être associée au processus, dans la sécurité et la politique, et gérer ses propres zones sans avoir le sentiment d’être gouvernée » de l’extérieur.