Ethel Rosenberg n'était pas une espionne soviétique

HISTOIRE Un nouveau témoignage vient par contre conforter la culpabilité de son mari Julius...

Catherine Fournier (avec agence)
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Ethel (g.) et Julius Rosenberg (d.) dans un fourgon de police à New York peu avant leur exécution en 1953
Ethel (g.) et Julius Rosenberg (d.) dans un fourgon de police à New York peu avant leur exécution en 1953 — AFP

A la question «Julius et Ethel Rosenberg étaient-ils vraiment coupable d'espionnage pour l'Union soviétique?», les historiens pourront désormais répondre: «oui»... et «non». Le témoignage d'un co-accusé de Julius Rosenberg d'un côté et la publication de documents officiels de l'autre ont permis d'apporter de nouveaux éclairages la semaine dernière au sujet du plus grand procès d'espionnage de la Guerre froide.

Ethel et Julius Rosenberg, juifs new-yorkais communistes, avaient été arrêtés en juillet 1950 par le FBI et accusés d'avoir espionné au profit de l'URSS. Reconnus coupables le 5 avril 1951, ils avaient été exécutés sur la chaise électrique le 19 juin 1953 dans la prison de Sing Sing (New York, est).

L'innocence d'Ethel confirmée

Dans une interview publiée vendredi dernier par le «New York Times», Morton Sobell, ancien co-accusé des époux Rosenberg et aujourd'hui âgé 91 ans, a reconnu avoir espionné pour le compte de l'Union soviétique et confirmé que Julius Rosenberg faisait de même. Cet ex-ingénieur-électricien a toutefois précisé qu'il n'avait volé que des équipements de radar et d'artillerie alors que Rosenberg était accusé d'avoir fourni des secrets de fabrication de la bombe atomique. «Les plans et les détails qu'il a pu donner aux Soviétiques n'avaient pas beaucoup de valeur pour ces derniers», déjà très bien informés, a-t-il toutefois relativisé.

Par ailleurs, Morton Sobell a confirmé l'innocence d'Ethel Rosenberg. Selon lui, Ethel Rosenberg était probablement au courant des activités d'espionnage de son mari, mais elle n'y participait pas, ce que les historiens se sont toujours accordés à penser. «Elle a surtout été coupable d'être la femme de Julius», affirme-t-il.

Les enfants des Rosenberg résignés

La transcription des déclarations de 41 des 45 témoins entendus par la chambre de mise en accusation entre août 1950 et mars 1951, ouverte au public jeudi 11 septembre à la demande d'un groupe d'historiens, conforte cette thèse. Ces dernière années, l'un des deux témoins clés, le frère d'Ethel, était déjà revenu sur ses déclarations. Désormais, le second témoin à charge, sa belle-soeur Ruth, paraît avoir aussi menti, selon ces documents (lire encadré).

A la suite de ces révélations, les enfants du couple Rosenberg, aujourd'hui âgés de 65 et 61 ans, ont admis à leur tour l'idée que leur père avait été un espion pour le compte de l'URSS. «Je n'ai aucune raison de douter des déclarations de Morty (Morton Sobell)», a déclaré Michael Meeropol au «New York Times» cette semaine après avoir passé le week-end à discuter avec l'ancien ami de fac de son père. Michael et Robert, âgés de 6 et 10 ans le jour de l'exécution de leurs parents, avaient toujours défendu l'innocence de ces derniers.

Faux témoignages Selon les documents publiés jeudi dernier, la belle-sœur d'Ethel, Ruth, indique avoir écrit de sa propre main les informations que son mari David Greenglass obtenait au centre de recherche nucléaire de Los Alamos (Nouveau-Mexique, sud-ouest) afin de les transmettre à Julius Rosenberg qui les passait ensuite à l'Union soviétique. Or, dix jours avant que ne commence le procès, Ruth et David avaient mentionné pour la première fois qu'Ethel Rosenberg avait tapé ces notes elle-même. Des accusations qu'ils ont réitérées au cours du procès et qui a constitué un témoignage accablant utilisé par le procureur dans son réquisitoire. Il y disait notamment qu'Ethel Rosenberg «assise devant cette machine à écrire, tapait sur les touches du clavier, infligeant chaque fois un mauvais coup à son propre pays dans les intérêts des Soviets.»