Malgré l'ampleur de la manifestation, le Premier ministre tchèque refuse de démissionner
Malgré l'ampleur de la manifestation, le Premier ministre tchèque refuse de démissionner — Petr David Josek/AP/SIPA

CONTESTATION

Imposante manifestation à Prague contre le Premier ministre, sans précédent depuis 1989

Environ 250.000 manifestants ont appelé à la démission du Premier ministre tchèque Andrej Babis soupçonné de fraude aux subventions européennes

Une manifestation d’une ampleur sans précédent depuis la Révolution de velours qui a fait tomber le communisme en 1989. Environ 250.000 personnes selon les organisateurs ont défilé, dimanche à Prague (République tchèque), appelant à la démission du Premier ministre Andrej Babis. Cer dernier est soupçonné de fraude aux subventions européennes.

« A en juger d’après les photos aériennes, il semble que nous sommes environ 250.000 ici », a annoncé au début de la manifestation Mikulas Minar, le chef de l’ONG organisatrice « Million de moments pour la démocratie ». D’autres protestataires ont continué à envahir encore après l’esplanade de Letna, lieu mémorable des manifestations géantes contre l’ex-régime totalitaire en 1989 lors desquelles le dramaturge-dissident Vaclav Havel, futur président, s’adressait à la foule enthousiasmée.

« Nous ne faisons pas une révolution, mais nous voulons renouer avec le legs et les valeurs de 1989 », a déclaré le vice-président de cette ONG, Benjamin Roll. Cette ONG a aussi annoncé qu’une nouvelle manifestation contre Andrej Babis aurait lieu à Prague le 16 novembre, la veille du 30e anniversaire de la Révolution de velours. « Mais les protestations pourront avoir lieu aussi plus tôt, si les règles de la démocratie sont violées », a indiqué Mikulas Minar.

Refus de démissionner

En dépit de la contestation, le mouvement populiste ANO dirigé par le Premier ministre et soutenu par environ 30 % des électeurs, avait remporté les élections européennes de la fin mai. Andrej Babis, lui, refuse de démissionner. « Babis, démission ! », « J’ai honte de mon Premier ministre ! », « Nous en avons assez ! », pouvait-on lire sur les banderoles des manifestants.

« Nous avons assez de ce que fait M. Babis, de la façon dont il gère le pays. Nous ne voulons pas qu’il empoche de l’argent et dupe les gens qui lui font confiance », a déclaré à l’AFP Mila Stiburkova, 39 ans, venue à Prague depuis Sazava (centre). « (Andrej Babis) abuse de tous les systèmes de subventions, d’incitation et ceux d’allégements fiscaux », a de son côté insisté Martin Peroutka, un homme d’affaires d’Usti-nad-Labem (nord-est).

Andrej Babis, 64 ans, fondateur du géant de l’agro-alimentaire Agrofert, a été mis l’an dernier en examen dans une affaire de détournement présumé de deux millions d’euros de fonds européens.

Conflit d’intérêts

Il se trouverait également en situation de conflit d’intérêts entre ses activités politiques et ses affaires, selon des projets de rapports d’audit de la Commission européenne dont des extraits ont été publiés par la presse de Prague. Selon ces textes, Andrej Babis continue à tirer des bénéfices d’Agrofert dont il s’était formellement séparé en 2017 par le biais de fonds fiduciaires contrôlés entre autres par son épouse.

Le Premier ministre nie avec véhémence se trouver dans une situation de conflit d’intérêts, qualifiant ces audits d'« attaque » contre son pays et épinglant des « erreurs » qui s’y trouvant selon lui. Les adversaires de Andrej Babis lui reprochent aussi le fait d’avoir appartenu au Parti communiste avant 1989 et sa collaboration présumée avec la police secrète de l’ex-régime totalitaire.

En même temps, ils réclament la démission de sa ministre de la Justice, Marie Benesova, qu’ils soupçonnent de vouloir freiner, voire stopper, les poursuites judiciaires à l’encontre du Premier ministre. « Je rejette énergiquement l’affirmation que je m’ingère dans l’indépendance de la justice », a réagi dimanche Andrej Babis, avant de qualifier d'« incroyables » certains discours prononcés, selon l’agence CTK.

L’action de Andrej Babis est contestée surtout par les habitants des grandes villes alors que son discours populiste trouve un écho favorable dans les régions frontalières du pays, les plus touchées par la restructuration économique. Vainqueur des législatives de 2017, son mouvement ANO détient 78 des 200 sièges à la chambre basse du Parlement. Composé d’ANO et du parti social-démocrate CSSD, le gouvernement minoritaire est soutenu par les communistes, une situation sans précédent depuis 1989.