Tensions entre Iran et Etats-Unis: Comment en est-on arrivé là?

GEOPOLITIQUE « 20 Minutes » vous explique pourquoi la tension monte depuis un mois entre les deux pays

Jean-Loup Delmas

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Mike Pompeo devant les images
Mike Pompeo devant les images — Alex Brandon/AP/SIPA
  • Cette nuit, Donald Trump a failli bombarder l’Iran, avant de se rétracter au dernier moment.
  • Le paroxysme d’une tension qui ne cesse de grimper entre les deux pays.
  • « 20 Minutes » fait le point sur la situation entre les deux nations rivales.

Ce vendredi matin, le monde s'est réveillé avec l'impression d'avoir échappé de peu à une nouvelle guerre… pour le moment. Cette nuit, Donald Trump a pris la décision de bombarder l’Iran, avant de se rétracter au dernier moment. Quelques heures avant, un drone américain a été abattu par la République islamique, paroxysme d’une tension qui monte depuis des semaines. 20 Minutes fait le point sur ce conflit entre Iran et Etats-Unis​.

Pourquoi tant de haine entre l’Iran et les Etats-Unis ?

Les relations entre les Etats-Unis et l’Iran « sont tendues depuis 1979 et la révolution islamique, lorsque des militants avaient retenu 52 otages à l’ambassade américaine », explique Jean-Eric Branaa, maître de conférences à la Sorbonne sur la politique américaine. Un affront toujours pas digéré par l’Oncle Sam, comme le raconte l’expert : « L’Iran est devenu le Satan mondial, et les Etats-Unis remettent en cause ce pays pour tout et n’importe quoi. » En 2002, George Bush avait même placé Téhéran comme faisant partie de l’axe du mal.

L’accord sur le nucléaire de 2016 d’Obama avait d’ailleurs été vivement critiqué, tous les Républicains s’y opposant et même une partie des Démocrates. « Il n’avait été validé qu’à deux voix près », rappelle Jean-Eric Branaa.

De son côté, l’Iran n’a pas une image bien meilleure des Etats-Unis, surnommé dans la politique extérieure iranienne « le Grand Satan » depuis la révolution islamiste, représentant l’occidentalisation du monde mais également l’alliance avec Israël. Donald Trump « ne mérite pas qu’on échange des messages avec lui », a même déclaré l’ayatollah Ali Khamenei à Shinzo Abe, Premier ministre japonais en visite à Téhéran. Autre pays source de tension, l’Arabie Saoudite, grande rivale de l’Iran et grand allié des Américains.

Comment on en est arrivé à cet état de tension ?

Cet accord est l’une des obsessions à l’international de Donald Trump. Dès sa campagne présidentielle, il avait annoncé vouloir le renégocier, le qualifiant de « pire accord de l’histoire des Etats-Unis ». Une renégociation à la Donald Trump, basée sur la stratégie de la « pression maximale », comme l’expliquait Thierry Coville, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), dans notre article sur une potentielle nouvelle guerre du Golfe. L’idée est simple : mettre une pression économique et diplomatique sans précédent sur l’Iran afin de le forcer à renégocier l’accord sur le nucléaire.

Mais problème pour Donald Trump, malgré cet étranglement, « jamais une telle pression économique n’a été exercée sur un pays », selon Thierry Coville, l’Iran reste fixé sur ses positions, refusant de négocier l’accord et ne parlant plus aux Etats-Unis. La stratégie de la pression maximale trouve alors sa limite : que faire si le pays ne rompt pas ? Jean-Eric Branaa nous métaphorise ça : « L’Iran est en train de se faire étrangler par les Etats-Unis, et en plus il se fait hurler dessus. Dans ce cas-là, que peut-il faire ? Soit il accepte de négocier, soit il va jusqu’au bout. » C’est cette impasse stratégique, pour l’Iran comme pour les Etats-Unis, qui explique la tension actuelle.

Quels éléments pourraient mettre le feu aux poudres ?

Dans le golfe d’Oman, deux pétroliers ont été attaqués le 13 juin. La zone est ultra-stratégique pour le commerce mondial puisqu’un tiers du trafic pétrolier de la planète passe dans ce détroit de 40 kilomètres de large et longeant les côtes iraniennes. Il n’en fallait pas plus pour que les Etats-Unis accusent l’Iran d’être responsable de ces attaques, ce que la République islamique nie en bloc.

Malgré les apparences, l’Iran est loin d’avoir le statut de coupable idéal pour les Etats-Unis, puisqu’une attaque de sa part « montrerait aussi l’échec de la stratégie américaine sur ce pays », comme l’analyse Thierry Coville.

En attendant de savoir qui a fait quoi, l’Iran a abattu un drone américain il y a quelques heures. Mais là aussi il y a débat. Les Etats-Unis estiment que le drone était dans une zone non-territoriale, tandis que pour l’Iran, il est clair que le drone se situait dans son espace aérien.

Comment pouvoir sortir de cette crise ?

Le revirement de Donald Trump et la décision de ne pas bombarder l’Iran permettent encore d’espérer une sortie de crise. Surtout que Thierry Coville en est persuadé, malgré l’état de tension actuel, « aucun pays ne veut la guerre, et aucun n’en serait gagnant. »

La sortie de la crise ne viendra peut-être pas des deux belligérants, qui risquent fort de rester fixes sur leurs positions, mais de l’international. Thierry Covile estime que c’est notamment à l’Europe, et plus globalement aux autres acteurs de l’accord sur le nucléaire, d’intervenir pour calmer les tensions.

De toute manière, le reste du monde va bien finir par devoir agir, « vu l’importance du golfe d’Oman pour l’ensemble du commerce planétaire. Tous les pays développés en dépendent », rappelle Jean-Eric Branaa. Reste une grande inconnue : « La grande force de Trump, c’est d’être imprévisible à l’international. On ne sait pas comment il va agir. Plusieurs fois, la tension était très tendue, que ce soit avec l’Iran ou avec la Corée du Nord par exemple, et les choses se sont déminées soudainement. Donald Trump est un électron libre, il faut voir ce qu’il fera. »