Colombie : Des «bébés robots» pour inciter les jeunes à ne pas faire d’enfants trop tôt

WEIRD Une ville colombienne près de Medellin pense pouvoir réduire le nombre de grossesses chez les moins de 20 ans grâce à ces «exercices pratiques»

R.G.-V. avec AFP

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Les bébés robots : une solution de contraception étonnante..
Les bébés robots : une solution de contraception étonnante.. — JOAQUIN SARMIENTO / AFP

« Anthony » pleurait si fort la nuit qu’il a empêché Susana de dormir. Et la fillette de 13 ans s’est sentie soulagée quand elle a rendu son « bébé robot », outil utilisé par une municipalité de Colombie pour freiner les grossesses adolescentes. Le week-end où elle a dû prendre soin du « nourrisson » lui a semblé durer une éternité. Les cris dérangeaient même ses parents, avec lesquels elle partage une chambre dans la localité de Caldas, à une demi-heure de Medellin (nord-ouest).

Le simulateur de bébé – un baigneur de caoutchouc équipé d’un dispositif électronique – est arrivé dans ses bras à la suite du programme mis en œuvre par la mairie de Caldas dans les collèges de cette ville de 78.000 habitants. Reprenant une initiative développée dans au moins 89 pays, les autorités l’ont intégré dans leur projet socio-éducatif. Elles proposent aussi des ateliers, un travail en famille et des cours d’éducation sexuelle.

20 % des bébés naissent d’une mère de moins de 19 ans

« Grâce à cette stratégie, nous avons réussi à diminuer fortement le nombre de grossesses adolescentes », précise le secrétaire municipal de la Santé, Juan Carlos Sanchez. En 2017, quand le programme a été lancé, la municipalité enregistrait 168 grossesses de jeunes filles de 13 à 19 ans, puis 141 l’an dernier, selon le responsable. En Colombie, 19,8 % des bébés nés en 2018 étaient de mères âgées de 10 à 19 ans, selon le service national des statistiques.

Pour Miguel Angel Suarez, autre adolescent, l’expérience a également été synonyme de sacrifices. Il a dû rester chez lui le samedi et le dimanche pour prendre soin de « Sofia », tandis que ses copains jouaient au foot. « La grossesse n’est pas de la seule responsabilité des femmes », estime ce garçon de 17 ans, alors que son « bébé » commence à pleurer. « Cela nous donne une leçon. »

Pas forcément une bonne solution

Mais cela ne fonctionne pas toujours aussi « bien ». Selon une étude publiée par la revue scientifique The Lancet en août 2016, les adolescentes qui participent au programme des « bébés robots » peuvent en fait tomber plus fréquemment enceintes que les autres. Les chercheurs ont divisé en deux groupes près de 3.000 filles âgées de 13 à 15 ans, qu’ils ont suivies en Australie jusqu’à leur 20e anniversaire : 1.267 ont reçu des simulateurs tandis que 1.567 ont suivi des cours traditionnels sur la santé.

« Comparées aux filles du groupe de contrôle, celles impliquées dans le programme Education infantile virtuelle («bébés robots ») ont présenté des taux de grossesse et d’avortement plus élevés », selon cette étude.