Espagne: Pour la justice, «La Meute» s'est bien rendue coupable d'un viol collectif

AGRESSION SEXUELLE Cinq hommes étaient accusés d’avoir violé une femme aux fêtes de la San Fermin à Pampelune en 2016. La justice espagnole n’y a vu, à deux reprises, qu’un abus sexuel

R.G.-V. avec AFP

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De nombreuses manifestations ont eu lieu en Espagne contre les précédents jugements.
De nombreuses manifestations ont eu lieu en Espagne contre les précédents jugements. — ANDER GILLENEA / AFP

La plus haute instance judiciaire espagnole se penchait vendredi sur l’affaire de « La Meute » – cinq hommes ayant abusé d’une jeune fille et filmé leurs actes – qui a été le détonateur l’an dernier de manifestations féministes massives dans le pays. La Cour suprême a tranché définitivement la question : il a bien eu viol collectif. Ils ont écopé de quinze ans de prison chacun, moins que les réquisitions.

La condamnation des cinq hommes pour abus sexuel – et non pour viol –, considérée comme trop clémente par une bonne partie de l’opinion, puis leur remise en liberté provisoire en juin 2018 avait entraîné d’énormes manifestations en Espagne. Depuis, le gouvernement socialiste a annoncé sa volonté de réformer le Code pénal pour introduire la notion de consentement sexuel explicite, sur le modèle de la Suède, où tout acte sexuel sans accord clair est considéré comme un viol.

La décision pourrait être connue dès vendredi

Cinq magistrats de la Cour suprême, dont deux femmes, ont examiné les recours en cassation présentés par l’accusation et la défense lors d’une audience publique. La victime n’a jamais souhaité apparaître en public. Les cinq accusés, dont deux anciens militaires, ne sont pas cités à comparaître.

Ces cinq hommes, qui se surnommaient « La Meute », se sont rendus coupables d’un viol collectif en juillet 2016 à Pampelune (nord), en pleines fêtes de la San Firmin. Moins d’un quart d’heure après avoir rencontré la jeune femme, ivre, ils lui avaient fait enchaîner fellations et rapports sans préservatifs dans l’entrée d’un immeuble, avant de voler son téléphone et de la laisser à moitié nue.

La victime a dû se justifier

S’en vantant sur un groupe WhatsApp, ils avaient diffusé des images de leurs agissements : une preuve utilisée contre eux durant les procès mais aussi contre la victime, qui dut justifier sa passivité apparente.

En avril 2018, ces cinq hommes ont été condamnés à neuf ans de prison pour abus sexuel – aggravé d’abus de faiblesse – mais non pour viol. Une décision confirmée en appel en décembre. Tout en relevant « la disproportion des forces » entre ces hommes âgés de 24 à 27 ans et leur jeune victime, soumise à « l’humiliation qu’ils lui imposaient », la juridiction d’appel n’a pas non plus retenu le viol.

Nombreuses manifestations

D’innombrables adolescentes avaient participé au printemps 2018 à une série de manifestations, criant « moi, oui je te crois » à l’attention de la victime. « S’il y a cinq hommes autour de toi et que tu résistes, tu peux en mourir », s’indignait ainsi Laura Hincapié, Madrilène de 18 ans. Le parquet général semble du même avis.

« Il est inadmissible de forcer le droit à l’extrême en exigeant des victimes des attitudes héroïques qui les conduiraient à endurer un plus grand mal », a-t-il écrit. Evoquant « une intimidation suffisante pour annuler la volonté de la victime », le parquet demandait la reconnaissance du viol et un doublement de la peine initiale : dix-huit ans de prison contre chacun des accusés ; deux de plus pour le voleur du portable.

Pour les accusés, l’avocat Agustin Martinez a sollicité « un acquittement », ayant toujours affirmé qu’il s’agissait de relations sexuelles consenties entre adultes. Les plaintes pour viol sont en nette hausse en Espagne : 1.702 ont été enregistrées en 2018, 22,7 % de plus qu’en 2017, selon le gouvernement.