RDC: L'acquittement de cinq prévenus après le viol collectif d'une collégienne suscite une vague d'indignation

JUSTICE La majorité des sept prévenus comprend les fils de hauts fonctionnaires

Naomi Mackako

— 

Lille, le 21 janvier 2015. L'allegorie de la justice a ete restauree ei installe dans une salle speciale du musee de l'hospice Comtesse. La restauration a ete possible grace au mecenat du barreau de Lille.
Lille, le 21 janvier 2015. L'allegorie de la justice a ete restauree ei installe dans une salle speciale du musee de l'hospice Comtesse. La restauration a ete possible grace au mecenat du barreau de Lille. — M.Libert/20 Minutes

« C’est la loi du plus friqué qui est toujours la meilleure », « personne ne mérite d’être violée sous aucun prétexte »… En République Démocratique du Congo (RDC), les messages d’indignation pleuvent sur les réseaux sociaux depuis lundi 17 juin. En cause : le verdict du tribunal pour enfants de Kinshasa-Gombe dans une affaire de viol collectif qui a ému l’opinion, après la diffusion de la vidéo sur Internet.

Deux mineurs accusés d’avoir participé au viol d’une adolescente de 13 ans en mai ont été condamnés et cinq autres prévenus acquittés. Une décision qui a suscité la colère de la population au vu du profil des accusés, qui seraient majoritairement issus de familles privilégiées du monde politique, selon nos informations.

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »

« L’un des prévenus – tous sont mineurs - a été condamné à la servitude pénale jusqu’à sa majorité et un autre a uniquement été réprimandé par les juges », s’indigne auprès de 20 Minutes Me Fidèle Kanyinda, l’avocate de la victime. Et d’ajouter : « Nous ne comprenons pas comment un tel [crime] peut être jugé ainsi. D’autant plus qu’il y a eu des aveux de la part des agresseurs ». Les parents des deux condamnés doivent respectivement verser 10.000 dollars américains de dommages et intérêts mais la défense compte faire appel. « Cette affaire a un retentissement particulier car il s’agit d’enfants issus de familles nanties », nous explique Eric Lukoki, journaliste pour le média local Top Congo. Originaire d’une famille modeste, la jeune victime ne supportant plus les insultes de ses camarades a dû être déscolarisée. D’après son avocate, elle aurait tenté de mettre fin à ses jours et nécessite un suivi psychologique.

Depuis, un élan de solidarité, une forte mobilisation s’organise à Kinshasa. Des activistes et des collectifs de protection des femmes tel que l’Ucofem mettent en place des actions pacifiques pour afficher leur soutien à la victime. Plusieurs figures politiques se sont exprimées. « Incroyable ! Je n’ose pas imaginer la douleur de la victime, a ainsi tweeté le député Adam Bombole. Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». Face à l’émoi général, le chef d’Etat, Félix Tshisekedi, a demandé à son cabinet de se pencher sur l’affaire, rapporte RFI.

Déchirures vaginales, drogue et vidéo-lynchage

Sur Internet, de nombreuses rumeurs et intox circulent depuis les faits qui remontent au 17 mai. Ce jour-là, férié en RDC, des élèves du complexe scolaire Révérend Kim organisent une fête dans un appartement privé de la commune de Gombe​. La victime âgée de 13 ans y aurait été droguée avant d’être violée et les images de son calvaire sont largement partagées sur les réseaux sociaux. Le rapport du médecin légiste fait état de déchirures au niveau vaginal, selon son avocate. En outre, la jeune fille et sa mère font rapidement l’objet de menaces : on les somme de retirer leur plainte sous peine de représailles. On aurait même tenté de soudoyer la mère, sans succès.

Une pétition a été lancée pour réclamer la condamnation de tous les agresseurs impliqués dans l’affaire. A ce jour, près de 40.000 signatures ont été récoltées sur les 50.000 visées. « Mobilisons-nous afin que la justice fasse son travail et que ces enfants aient une sentence exemplaire. Un viol est un viol, tolérance zéro », conclut cet appel.