Jacques Chirac rencontre le Premier ministre Ryutaro Hashimoto lors de sa visite d'Etat au Japon, le 18 novembre 1996.
Jacques Chirac rencontre le Premier ministre Ryutaro Hashimoto lors de sa visite d'Etat au Japon, le 18 novembre 1996. — MICHEL GANGNE / AFP

JAPON

VIDEO. Japon: De Mitterrand à Macron, retour sur les visites des présidents français dans l'Archipel

«20 Minutes» retrace trente-sept années de visites nipponnes des locataires de l’Elysée, au gré des relations entre les deux pays

  • Emmanuel Macron est attendu à partir de mercredi au Japon, où il va notamment rencontrer le Premier ministre et l’Empereur.
  • De Mitterrand à Hollande, ses prédécesseurs avaient eux aussi fait le déplacement au Pays du soleil levant.
  • Si Jacques Chirac avait su charmer les Japonais, Nicolas Sarkozy n’a, pour sa part, pas laissé un souvenir impérissable.

De notre correspondant à Tokyo (Japon),

Ce voyage était en discussion depuis plus d’un an. Emmanuel Macron se rendra à partir de mercredi au Japon, où il rencontrera le Premier ministre Shinzo Abe et l’empereur Naruhito à Tokyo, avant de se diriger vers Osaka pour le sommet du G20. L’avenir de l’alliance Renault-Nissan, ébranlée par l’affaire Carlos Ghosn, sera au menu des discussions de cette visite d’Etat, ainsi que la signature de plusieurs accords dans les domaines de l’énergie, des technologies et de la défense. Au gré des relations franco-japonaises et des personnalités des dirigeants, 20 Minutes remonte le temps et retrace trente-sept années de visites de présidents français au Japon.

 

Avril 1982 : François Mitterrand, un poète à la Diète

Un an après son élection, François Mitterrand est le premier président français à se rendre au Japon pour une visite d’Etat. Il y rencontre l’empereur Hirohito et le Premier ministre nippon de l’époque, Zenko Suzuki. Les préoccupations principales de ce voyage portent sur les relations économiques et la balance commerciale française déficitaire. Des industriels français des domaines de l’automobile et de l’électronique, qui subissent la féroce concurrence nipponne, craignent que le président ne fasse trop de concessions ou « n’ait pas une attitude assez ferme », rapporte alors Le Monde. L’idée est de profiter de ce voyage pour vendre la France comme un pays de technologie, et pas seulement de vin.

Face aux grands patrons japonais, François Mitterrand appelle à « résister à la tentation du chacun pour soi ». Tout en assurant devant la Diète – le Parlement nippon – que l’Europe « n’accuse pas le Japon de quoi que ce soit », il appelle le pays à « comprendre que les pays d’Europe ont à défendre leur propre existence économique ». Avant de terminer par une citation en japonais tirée du Nihon Shoki, l'un des plus anciens écrits japonais connus, dont il donne lui-même la traduction : « Il convient de faire de la paix et de l’harmonie un objet de vénération ».

François Mitterrand rencontre l'empereur Hirohito à Tokyo, le 17 avril 1982.
François Mitterrand rencontre l'empereur Hirohito à Tokyo, le 17 avril 1982. - GABRIEL DUVAL / AFP


Novembre 1996 : Jacques Chirac, le « séducteur » passionné d’histoire asiatique

La visite d’Etat de Jacques Chirac, dont la fine connaissance des arts et de l’histoire de l’Archipel est bien connue, et qui en use également à des fins diplomatiques, arrive après une période de froid dans les relations entre les deux pays. Le quotidien Yomiuri Shimbun rappelle les propos d’Edith Cresson tenus en 1991 sur les « fourmis jaunes japonaises », à la suite desquels Tokyo avait convoqué l’ambassadeur français, un fait quasiment exceptionnel. Si la visite de l’empereur et de l’impératrice en France en 1994 a contribué à aplanir les relations, celles-ci ont été de nouveau mises à mal par la reprise des essais nucléaires décidée par Jacques Chirac en 1995.

Pour le gouvernement japonais, cette visite d’Etat est cependant l’occasion de tirer un trait sur le passé. Jacques Chirac joue de son charme pour encourager le développement de la relation entre les deux pays, face à la puissance américaine. La presse nipponne souligne les vastes connaissances du chef de l’Etat français – dont ce serait la 42e visite au Japon – en matière de culture du pays et sa passion pour la collection d’objets japonais. Jacques Chirac s’entretient avec le Premier ministre Ryutaro Hashimoto et l’empereur, qu’il rencontre pour la septième fois, selon la presse nipponne. Le président français reviendra plusieurs fois au Japon pendant sa présidence.

L’offensive de charme culmine avec une étape non-officielle du voyage : une fois ses rendez-vous terminés à Tokyo, Jacques Chirac s’envole pour Fukuoka, dans le sud du Japon, pour assister au tournoi de sumo qui s’y déroule. En serrant la main aux champions venus l’accueillir, vêtus de leur mawashi, il leur glisse : « Je regarde souvent à la télévision ».

Jacques Chirac accueilli par les champions de sumo à Fukuoka, le 21 novembre 1996.
Jacques Chirac accueilli par les champions de sumo à Fukuoka, le 21 novembre 1996. - JIJI PRESS / AFP

 

Mars 2011 : fraîcheur et nucléaire avec Nicolas Sarkozy après Fukushima

Moins de trois semaines se sont écoulées depuis la triple catastrophe – tremblement de terre, tsunami et accident nucléaire de Fukushima – quand Nicolas Sarkozy s’y rend, le 31 mars 2011. Il ne s’agit pas d’une visite d’Etat mais d’un crochet de quelques heures par Tokyo depuis la Chine, où Nicolas Sarkozy se trouvait pour une rencontre du G20, devenant ainsi le premier chef d’Etat à se rendre au Japon après la tragédie, pour transmettre un message de soutien et de solidarité au Premier ministre Naoto Kan.

Connu au Japon dès 2004 pour ses propos sur les « combats de types obèses aux chignons gominés », tacle à peine dissimulé à la passion pour le sumo de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy n’a guère amélioré son image après son élection. « Beaucoup de diplomates japonais étaient très critiques de l’attitude de Nicolas Sarkozy, qui a vraiment donné l’impression qu’il délaissait la relation avec le Japon alors qu’il s’était rendu cinq fois en Chine », se souvient Hiroaki Miyagawa, ancien correspondant à Paris du Mainichi Shimbun. Aucune visite, aucun voyage dans l’Archipel hormis une étape en 2008 au sommet du G8 à Toyako, sur l’île septentrionale d’Hokkaido. Sans passer par Tokyo.

Ce déplacement post-Fukushima a été mal vu au Japon, se souvient Hiroaki Miyagawa, donnant l’impression qu’il « profitait de l’occasion ». L’agence japonaise Kyodo rapporte à l’époque que le gouvernement nippon, occupé à gérer les conséquences de l’accident, était réservé sur cette visite, mais a finalement cédé devant l’insistance de Paris. A Tokyo, Nicolas Sarkozy réaffirme le choix français du nucléaire et promet l’aide de la France, mettant notamment en avant les robots d’Areva, dont la présidente Anne Lauvergeon était également de passage au Japon. Diplomatiquement, Naoto Kan se réjouit de pouvoir « bénéficier de l’expertise et du matériel de la France ».

Nicolas Sarkozy et le Premier ministre japonais Naoto Kan, à Tokyo le 31 mars 2011.
Nicolas Sarkozy et le Premier ministre japonais Naoto Kan, à Tokyo le 31 mars 2011. - TORU YAMANAKA / AFP

 

Juin 2013 : François Hollande et la « first lady non mariée »

Très vite après son élection en 2012, François Hollande a fait savoir son intention de se tourner davantage vers le Japon, pays « qui n’a pas reçu toute l’attention qu’il méritait ces dernières années ». Avant sa visite d’Etat, la presse nipponne mentionne une relation franco-japonaise ayant « stagné » sous la présidence de Nicolas Sarkozy, qui a privilégié la relation économique avec la Chine (avec laquelle les relations se sont aussi tendues). « Négliger le Japon était une impolitesse », glisse au journal Mainichi Shimbun Louis Schweitzer, représentant spécial du ministère des Affaires étrangères pour le Japon (et ancien patron de Renault-Nissan). « L’avis général était que n’importe qui était mieux que Nicolas Sarkozy », note Hiroaki Miyagawa. La visite de François Hollande, accompagné d’une quarantaine de patrons, est avant tout consacrée à l’économie.

Les journaux japonais annoncent l’arrivée pour une visite officielle du président de la République et de sa compagne Valérie Trierweiler, qui rencontrent notamment le Premier ministre Shinzo Abe et l’empereur Akihito. La diplomatie japonaise se penche sur une délicate question de protocole : cette « première dame non mariée » doit-elle être considérée comme une épouse de chef d’Etat ? Tokyo conclut finalement par l’affirmative, après avoir scruté le protocole des précédentes visites à l’étranger de François Hollande. Au palais impérial, note la presse, c’est la première fois qu’on accueille une première dame non mariée.

François Hollande et sa compagne Valérie Trierweiler avec l'empereur du Japon Akihito et l'impératrice Michiko, à Tokyo le 7 juin 2013.
François Hollande et sa compagne Valérie Trierweiler avec l'empereur du Japon Akihito et l'impératrice Michiko, à Tokyo le 7 juin 2013. - Pool for Yomiuri/AP/SIPA