Arabie saoudite: Une nouvelle loi fait craindre le retour à un strict ordre moral

CHANGEMENT Depuis plusieurs années, de nouvelles normes sociales relativement décontractées avaient été installées dans le royaume ultraconservateur

20 Minutes avec AFP

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Scène de pique-nique en Arabie saoudite.
Scène de pique-nique en Arabie saoudite. — Eric DESSONS/JDD/SIPA

Alors que l’Arabie saoudite tente depuis quelques années de se débarrasser de son image de pays ultraconservateur, une nouvelle loi sur la « décence dans l’espace public » fait craindre un retour à un strict ordre moral.

Salles de cinéma, concerts mixtes, spectacles… Des nouvelles normes sociales relativement décontractées dans un pays où tout écart était jusque-là interdit avaient été bien accueillies par de nombreux Saoudiens, dans un pays où les deux tiers de la population ont moins de 30 ans.

Les vêtements jugés « offensants » interdits

Mais le royaume ne semble pas avoir renoncé totalement à la surveillance des comportements, une nouvelle loi sur « la décence dans l’espace public » ayant été approuvée par le cabinet en avril. La loi veut faire respecter les « valeurs et principes » saoudiens, en interdisant par exemple les vêtements jugés « offensants pour le goût général » notamment les shorts pour les hommes, selon les médias locaux. Les contrevenants risqueraient une amende pouvant aller jusqu’à 5.000 riyals (1.333 dollars).

Appelé officiellement Comité de promotion de la vertu et de prévention du vice, « le Haïa (la police religieuse) est de retour sans la barbe », a estimé sur Twitter Sultan al-Amer, un universitaire. Dans un pays régi par une vision rigoriste de l’islam, les membres de cette police veillaient, parfois brutalement, au respect de la morale islamique en vertu de laquelle par exemple, les hommes et les femmes devaient être séparés dans l’espace public.

Le rôle politique de l’establishment religieux ultraconservateur réduit

La loi, vague à dessein, peut se prêter à différentes interprétations et entraîner des sanctions arbitraires, soulignent ses détracteurs. Les médias progouvernementaux ont indiqué que la loi devait être appliquée à partir du 25 mai, le ministère de l’Intérieur et l’Autorité du tourisme étant chargés de la faire respecter. Mais le 27 mai, ces mêmes médias ont affirmé qu’elle n’était pas encore entrée en vigueur, sans préciser de nouvelle date.

Le prince Mohammed ben Salmane, qui a concentré tous les pouvoirs, a réduit le rôle politique de l’establishment religieux ultraconservateur tout en encourageant un nationalisme prononcé dans le cadre d’une réorganisation historique de l’Etat saoudien. Le dirigeant de facto du royaume s’est donné l’image d’un réformateur, tout en arrêtant des religieux, dont certains sont perçus comme modérés, et en contrôlant étroitement le discours religieux. Beaucoup d’autres religieux semblent suivre désormais la ligne officielle.

L’Arabie saoudite, bientôt en concurrence avec Dubaï ?

Ayedh al-Qarni, un salafiste, a récemment présenté à la télévision des excuses pour ses interprétations passées de l’islam et mis tout son poids derrière le jeune prince. Adil al-Kalbani, ancien imam de la Grande Mosquée de La Mecque, a remis en cause l’interdiction de la mixité dans l’espace public. Pourtant, la transformation sociale semble susciter le ressentiment dans les milieux conservateurs.

L’année dernière, une vidéo virale d’une femme saoudienne voilée et d’un homme dansant dans une rue animée a provoqué la fureur sur les réseaux sociaux. De tels appels ne pourraient que s’amplifier avec les projets destinés à créer un secteur du divertissement comparable à celui de Dubaï. Mais pour tester les réactions, des religieux autoproclamés commencent à s’opposer à la fermeture des magasins pendant les prières et soutiennent l’ouverture d’une boîte de nuit halal pendant un festival culturel dans la ville de Jeddah, dans l’ouest du pays.