Affaire Jamal Khashoggi: Une experte de l’ONU charge le prince héritier saoudien MBS

ENQUETE Selon elle, « il existe des éléments de preuve crédibles, justifiant une enquête supplémentaire sur la responsabilité individuelle de hauts responsables saoudiens, y compris celle du prince héritier »

20 Minutes avec AFP

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Salah Khashoggi, le fils du journaliste tué, reçoit les condoléances du prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, le 23 octobre 2018.
Salah Khashoggi, le fils du journaliste tué, reçoit les condoléances du prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, le 23 octobre 2018. — AP/SIPA/AGENCE DE PRESSE SAOUDIENNE

Après six mois d’investigations, une experte des droits de l’Homme de l’ONU a réclamé, ce mercredi, l’ouverture d’une enquête sur la responsabilité du prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, dans le meurtre de Jamal Khashoggi, estimant que les preuves étaient suffisantes.

Pour Agnès Callamard, la rapporteure spéciale des Nations unies, l’Arabie saoudite est « responsable » de l'« exécution extrajudiciaire » du journaliste et critique du pouvoir saoudien Jamal Khashoggi, mort brutalement en octobre à l’intérieur du consulat de son pays à Istanbul.

« Des éléments de preuve crédibles » impliquant MBS

« Cette enquête (…) a démontré qu’il y a suffisamment de preuves crédibles concernant la responsabilité du prince héritier qui exige une enquête supplémentaire », a-t-elle expliqué dans son rapport final transmis mercredi aux médias. Selon le rapport, « il existe des éléments de preuve crédibles, justifiant une enquête supplémentaire sur la responsabilité individuelle de hauts responsables saoudiens, y compris celle du prince héritier » Mohammed ben Salmane, surnommé MBS.

L’experte a également appelé à la poursuite des sanctions imposées par plusieurs pays, dont les Etats-Unis, contre 17 individus pour leur rôle dans ce meurtre, mais elle a estimé qu’elles ne sont pas suffisantes car elles ne prennent pas en compte la question de la responsabilité de « la chaîne de commandement ». « Compte tenu des preuves crédibles concernant les responsabilités du prince héritier dans son assassinat, de telles sanctions devraient également inclure le prince héritier et ses biens personnels à l’étranger », a-t-elle fait valoir. La Turquie a immédiatement « appuyé avec force » les recommandations du rapport d’Agnès Callamard pour « élucider le meurtre de Khashoggi et demander des comptes à ceux qui en sont responsables ».

L’assassinat commandité par le prince héritier, selon la CIA

Jamal Khashoggi était un journaliste, mais également un critique de MBS. Il « était lui-même pleinement conscient des pouvoirs du prince héritier et il le craignait », selon Agnès Callamard. Après avoir dans un premier temps nié le meurtre, Ryad avait avancé plusieurs versions contradictoires et soutient désormais que Khashoggi a été tué lors d’une opération non autorisée par le pouvoir. Mais selon des informations de presse, la CIA estime que l’assassinat a probablement été commandité par le prince héritier, dirigeant de fait du royaume saoudien.

Agnès Callamard a appelé le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, à « ouvrir une enquête pénale de suivi sur l’assassinat de M. Khashoggi afin de constituer des dossiers solides sur chacun des auteurs présumés ». Elle l’a aussi invité à trouver des mécanismes, tels qu’un tribunal ad-hoc, qui puissent établir les responsabilités dans cette affaire. Le chef de l’ONU « devrait lui-même être en mesure d’ouvrir une enquête pénale internationale de suivi sans qu’un Etat n’ait à intervenir », relève-t-elle.

Vers une enquête du FBI ?

Elle met garde contre « l’importance disproportionnée accordée à l’identification de l’auteur du crime », soulignant que la justice ne doit pas uniquement établir la responsabilité de l’auteur physique du crime. Une enquête judiciaire « vise également, sinon principalement, à identifier les personnes qui, dans le contexte de la perpétration d’une violation, ont abusé des responsabilités de leur poste d’autorité ou ne les ont pas remplies », fait-elle valoir dans son rapport.

Dans la procédure lancée devant la justice saoudienne, l’accusation a innocenté le prince héritier et mis en cause plus de 20 personnes, réclamant la peine de mort pour cinq hommes. Agnès Callamard réclame la suspension de ce procès, estimant que la procédure judiciaire n’a pas respecté les normes internationales. Elle demande également au FBI d’ouvrir une enquête sur le meurtre du journaliste qui était résident américain.